Timor-Leste : la révision de la stratégie de l'ONU à l'ordre du jour

30 mai 2006

Le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a indiqué aujourd'hui à New York, lors d'une rencontre avec la presse, qu'il repenserait la stratégie de l'ONU au Timor-Leste après les incidents qui ont conduit à l'instauration de l'état d'urgence.

S'exprimant devant la presse à son retour au siège de l'ONU à New York, après une tournée en Asie, Kofi Annan a confirmé avoir parlé au président et au Premier ministre du Timor (dépêche du 25.05.06).

Le Secrétaire général a précisé qu'il « repenserait » la stratégie de l'ONU au Timor, représentée par le Bureau des Nations Unies au Timor-Leste (BUNUTIL), sur la base du rapport de Ian Martin, qui a occupé le poste de Représentant spécial pour le Timor oriental en 1999, lors du référendum qui a conduit à l'indépendance vis-à-vis de l'Indonésie, et qui vient de se rendre sur place.

A la question de savoir « ce qui avait dérapé » au Timor-Leste, un pays souvent cité en exemple des opérations réussies des Nations Unies, Kofi Annan a précisé qu'il y avait eu « des malentendus sur le fait de savoir 'qui est responsable de quoi' et des ordres contradictoires donnés aux forces armées ».

« Le président Xanana Gusmao a appelé au calme et annoncé des remaniements au sein du gouvernement », a-t-il indiqué.

« Il est vraiment triste que l'on soit obligé de revivre cela au Timor », a fait observer le Secrétaire général.

Kofi Annan a aussi expliqué que certains avaient le sentiment que d'une manière générale les Nations Unies « quittaient les situations de crise trop tôt ».

« Nous sommes à Chypre et en Bosnie depuis des années. Pourquoi quitte-t-on d'autres pays après deux ans ? », s'est-il interrogé, espérant que la nouvelle Commission de consolidation de la paix pourrait remédier à ce problème.

Face à l'augmentation de l'insécurité, le BUNUTIL a annoncé le 27 mai que les familles et le personnel « non essentiel » des Nations Unies quitteraient le Timor-Leste pour Darwin, en Australie.

Une centaine de personnes devraient rester sur place.

Le BUNUTIL a déclaré par ailleurs aujourd'hui que bien que la violence se soit atténuée, des incidents de pillage se poursuivent et que des camps de personnes déplacées ont été attaqués, a indiqué le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric, lors de son point de presse quotidien, au siège de l'ONU, à New York.

« Les antennes des Nations Unies ont repris la distribution de nourriture dans les camps qui avait été temporairement interrompue, mais les conditions de vie dans les camps se sont aggravées du fait du surpeuplement et de la venue des pluies ».

« Selon une évaluation menée à terme aujourd'hui par les antennes des Nations Unies et le personnel des organisations non gouvernementales (ONG), quelques 100 000 personnes ont cherché refuge dans les camps de réfugiés, y compris quelques 65 000 personnes en provenance de la région de Dili », a dit le porte-parole qui a rappelé que la capitale Dili compte 150 000 habitants.

En outre, le Programme alimentaire mondial (PAM) a déclaré qu'il avait envoyé en urgence l'équivalent de cinq jours de vivres pour quelques 95 000 personnes, mais qu'une aide supplémentaire était indispensable, non seulement du point de vue nourriture mais également en matière d'abris, d'assainissement et de soins de santé.

Le BUNUTIL a déclaré que le nombre de personnes déplacées s'accroît du fait de manque de sécurité persistant, a dit le porte-parole qui a annoncé que le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) allait envoyer une équipe supplémentaire afin de coordonner l'aide fournie par les Nations Unies et par les ONG.

Jeudi dernier, des membres de l'armée ont ouvert le feu sur des membres non armés de la police, au commissariat central de la capitale Dili, faisant neuf morts et 27 blessés, dont deux membres de la police des Nations Unies (dépêche du 25.05.30).

Les affrontements ont été suscités après que près de 600 soldats, originaires de l'ouest du pays, ont été renvoyés de l'armée timoraise au mois de mai, après avoir lancé un mouvement de grève pour « protester contre la discrimination ».

Le Conseil de sécurité a exprimé le 26 mai, dans une déclaration présidentielle, sa « profonde préoccupation » face à la détérioration de la situation au Timor-Leste qui « revêt un caractère d'urgence », saluant l'aide militaire apportée par certains gouvernements pour mettre fin aux violences qui ont déjà fait plusieurs victimes.

Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération du Timor-Leste, José Ramos-Horta, avait plaidé le 5 mai en faveur d'une présence robuste des Nations Unies au Timor-Leste jusqu'en mai 2007, dotée des moyens de relever les défis que connaît le pays, lors d'un exposé devant le Conseil de sécurité (dépêche du 5.05.06).

 

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