Darfour : Kofi Annan déplore que tous les rebelles n'aient pas signé l'accord de paix

26 mai 2006

Dans son dernier rapport sur la situation au Darfour, le Secrétaire général s'est dit « particulièrement préoccupé de constater que certains dirigeants rebelles n'ont toujours pas signé l'accord » d'Abuja du 5 mai dernier et a appelé la communauté internationale à faire pression pour « les convaincre de préférer la paix au conflit ».

La signature de l'accord de paix, le 5 mai dernier entre le gouvernement soudanais et la faction de l'Armée de libération du Soudan (ALS) dirigée par M. Minawi représente « un accomplissement remarquable », a estimé le Secrétaire général dans son dernier rapport sur la situation au Darfour qui couvre la période de mars à avril.

Kofi Annan s'est dit cependant « particulièrement préoccupé de constater que certains dirigeants rebelles n'ont toujours pas signé l'Accord de paix », appelant la communauté internationale à « tout faire pour les convaincre de préférer la paix au conflit ».

« Alors même que les dernières séries de discussions se déroulaient à Abuja, toutes les parties ont continué de se livrer à des actes de violence inacceptables et à des attaques inqualifiables à l'encontre de civils, au mépris du droit humanitaire et des engagements pris précédemment en matière de cessez-le-feu », a dénoncé le Secrétaire général.

Des combats entre les Forces armées soudanaises et l'ALS ont eu lieu au Darfour-Nord, a indiqué Kofi Annan. « Le 8 avril, les Forces armées soudanaises ont attaqué les villages de la région de Jebel Wana avec deux hélicoptères de combat ». « Le 7 avril, un grand convoi des Forces armées soudanaises a été pris en embuscade par l'ALS à Jebel Wana entre El Fasher et Kafod », a-t-il rapporté.

« La situation est restée très tendue au Darfour-Nord entre les factions Minni Minawi et Abdul Wahid de l'ALS », a aussi expliqué le Secrétaire général. « Le 19 avril, la faction Minni Minawa a attaqué six villages dans la région de Tawilla. Selon les témoignages, les attaquants, qui étaient au nombre de 400, sont arrivés dans des camions, à dos de chameau ou à cheval. Il y aurait eu des morts parmi les civils, des dizaines de blessés et des viols. Les villages ont été pillés et des milliers de personnes ont été déplacées », a-t-il encore rapporté.

« Cette attaque montre que les troupes rebelles ont entrepris de changer de méthode en montant des attaques à grande échelle contre la population civile et en violant les droits fondamentaux de personnes qui ne participent pas aux combats », a-t-il fait remarquer.

« Par ailleurs, les milices ont poursuivi leurs attaques systématiques contre des civils », a poursuivi Kofi Annan. « Le 13 avril, au moins 15 villageois ont été tués et 19 autres blessés lorsque quelque 500 miliciens armés ont attaqué le village de Kurunje, au sud-ouest de Sheiria. Ils ont traîné les hommes et les femmes hors de leur maison, ils les ont battus, puis ils ont pillé les maisons et volé le bétail », a-t-il précisé.

« Les populations locales cherchant à se défendre contre les attaques, de nouveaux groupes armés ont continué de se former au Darfour. Ces groupes recrutent souvent des jeunes de moins de 18 ans. De plus [?] des enfants de 15 ans ou encore plus jeunes ont été arrêtés et torturés par les Forces armées soudanaises et les milices progouvernementales parce qu'on les soupçonnait d'appartenir à des groupes rebelles », a encore dénoncé le Secrétaire général.

Face à la détérioration de la situation sur le plan de la sécurité, Kofi Annan a appelé une nouvelle fois la communauté internationale à « ne ménager aucun effort pour assurer la protection de la population du Darfour et lui venir en aide » et à « s'attacher en priorité à renforcer la MUAS, afin que celle-ci puisse faire progresser l'application de l'accord de paix et protéger efficacement les civils ».

« Concrètement, pour soutenir la MUAS, il faut augmenter le nombre de militaires et apporter des moyens logistiques renforcés ainsi qu'un appui financier plus important », a répété le Secrétaire général.

« Les populations civiles au Darfour ont continué à pâtir des conséquences de la violence et de l'insécurité persistantes, caractérisées par de nouveaux déplacements de populations, de nombreux actes de violence sexuelle et sexiste et le fait que l'accès continue d'être refusé à l'aide humanitaire », dénonce le rapport.

« Le conflit étant devenu de plus en plus incohérent et fragmenté, les civils risquent davantage d'être attaqués et maltraités et leur besoin de protection est donc plus immédiat », prévient-il.

« Des personnes déplacées ont continué d'arriver de villages attaqués ou pris entre deux feux, venant grossir encore les rangs de la population des camps. Certains de ces camps, comme celui d'Al Sereif à Nyala, ont atteint les limites de leur capacité, ce qui augmente les tensions liées à la demande de nourriture et de services », a rapporté le Secrétaire général.

« Des actes de harcèlement par des éléments armés, des activités criminelles et des incidents de tirs d'armes à feu ont été signalés récemment dans les camps de Kerenek (Darfour-Ouest) et de Kalma (Darfour-Sud) et semblent devenir de plus en plus fréquents dans les autres camps », a-t-il déploré.

« En tentant de maîtriser la situation dans les camps, les autorités ont contribué à y créer un climat d'intimidation et d'instabilité et la population des camps regarde la police soudanaise avec de plus en plus de méfiance, voire d'hostilité déclarée », fait il observer.

Autre priorité cruciale : s'attaquer à la crise humanitaire qui se poursuit, exhorte Kofi Annan. « La communauté humanitaire qui travaille dans la région, forte de 14 000 membres, dispense des services de première nécessité à des millions de personnes dans le besoin, en dépit des restrictions d'accès, de l'instabilité des conditions de sécurité, des attaques ciblées menées sporadiquement, et des obstacles administratifs à surmonter », a-t-il rappelé.

« Toutefois, les opérations ont dû être limitées car les fonds ont manqué, et à compter du début du mois de mai, les rations alimentaires ont été réduites de moitié », a-t-il souligné, invitant de nouveau la communauté internationale à « continuer d'appuyer les efforts humanitaires ».

 

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