Iraq : des centaines de civils tués chaque semaine, selon le dernier rapport sur les droits de l'homme

23 mai 2006

Les droits de l'homme en Iraq continuent de faire l'objet de graves menaces liées à l'augmentation de l'insécurité, au niveau élevé de violence et à la dissolution de l'ordre public suite aux actions des milices et des gangs criminels, indique un nouveau rapport de la Mission de l'ONU en Iraq publié aujourd'hui.

« Depuis l'attaque du 22 février contre le mausolée d'Al Askari à Samarra, les meurtres interethniques, les intimidations et les menaces sont devenues l'une des formes les plus caractéristiques des violations des droits de l'homme. En conséquence, le nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays s'est considérablement accru, affectant de nombreuses communautés et causant des tensions supplémentaires liées aux conditions socio-économiques », indique la Mission d'assistance des Nations Unies pour l'Iraq (MANUI) dans son dernier rapport sur les droits de l'homme qui couvre la période du 1er mars au 30 avril 2006 (dépêche du 22.02.06).

La MANUI souligne que les femmes, les enfants sont de plus en plus visés. « Chaque jour, neuf femmes deviennent veuves du fait des tueries », précise le rapport.

Certaines professions sont particulièrement touchées, notamment les professeurs, les médecins et les juges, souligne aussi le document. « Au moins 100 professeurs ont été tués depuis 2003 », précise-t-il.

Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), plus de 70 reporters ont été tués en mission en Iraq depuis mars 2003, et de nombreux autres ont été mutilés, détenus ou menacés dans la défense du droit à la liberté d'expression, ajoute la MANUI.

Bien que le gouvernement n'ait pas de chiffres précis concernant le nombre de victimes civiles, « des centaines de civils sont tués ou blessés chaque semaine », indique le rapport qui rappelle que « des dizaines de corps portant des signes de torture et d'exécution font surface chaque jour autour de Bagdad et ailleurs en Iraq ».

« Les assassinats ciblés se poursuivent », visant notamment les politiciens, membres de l'administration et de la police et les personnes associées à la Force multinationale (FMN), affirme la MANUI, qui souligne une « tendance particulièrement troublante à viser de plus en plus en souvent des parents de politiciens ».

S'agissant des violences interethniques, le rapport réaffirme la nécessité pour « le gouvernement iraquien, les partis politiques, les leaders tribaux et religieux à combler le fossé qui divise les communautés dans le pays ».

Par ailleurs, indique la Mission de l'ONU, « les civils continuent de souffrir de perturbations graves à Bagdad et dans le centre du pays, où les opérations militaires menées par les forces iraquiennes et la FMN ».

Le rapport signale notamment qu'au mois de mars la FMN avait annoncé l'ouverture d'une enquête sur le meurtre de 15 civils après qu'un « marine » américain soit mort dans l'explosion d'une bombe en novembre 2005 dans la ville de Haditha dans l'Ouest de l'Iraq.

La MANUI a aussi salué la condamnation, le 21 mars dernier, d'un maître-chien pour les abus commis à la prison d'Abu Ghraib tandis que le numéro deux chargé des interrogations dans cette prison a été inculpé.

Le rapport met aussi en lumière des violences d'un « type nouveau », mêlant crime organisé et meurtres interethniques, qui visent des commerces.

« Depuis le mois d'avril, souligne le rapport, la perception de l'impunité s'est aussi accrue ».

La MANUI engage le gouvernement à faire en sorte que les considérations sécuritaires ne mettent pas en danger les droits de l'homme dans le pays.

Enfin, le bureau des droits de l'homme de la MANUI a attiré l'attention sur le sort des quelque 28.700 prisonniers dans le pays, qui connaissent des conditions de détention préoccupantes.

La Mission de l'ONU a réitéré sa condamnation de la peine de mort, rétablie en 2004, appelant à établir un moratoire sur les exécutions. 13 personnes ont été exécutées le 9 mars dernier.

 

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