Tchad/Soudan : Kofi Annan inquiet des tensions entre les deux pays

17 avril 2006

A l'issue d'un déjeuner de travail avec les membres du Conseil de sécurité, le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a estimé aujourd'hui que la situation à la frontière du Tchad et du Soudan était « vraiment inquiétante », souhaitant une intervention régionale pour apaiser les tensions.

« J'ai pu m'entretenir au téléphone ce week-end avec le président Idriss Déby, j'ai aussi parlé avec le président de l'Union africaine (UA) et la Secrétaire d'Etat américaine afin de voir ce qui pouvait être fait », a précisé le Secrétaire général, lors d'une rencontre avec la presse aujourd'hui au siège de l'ONU à New York.

image• Retransmission de la rencontre avec la presse [12mins]

Kofi Annan a aussi fait référence à la lettre que le ministre des affaires étrangères tchadien lui a adressée et dans laquelle il accuse le Soudan « d'agression ».

Le Soudan est accusé de réarmer les rebelles du Front Uni pour le Changement démocratique (FUC) qui veulent renverser le régime en place depuis 16 ans au Tchad.

« Il faut se rappeler que les deux pays se sont réunis récemment sous l'égide de l'UA à Tripoli où ils ont signé un accord qu'on essaie maintenant de réactiver, de faire respecter », a ajouté le Secrétaire général.

Dans une déclaration à la presse, le Conseil de sécurité a exhorté jeudi dernier les gouvernements du Soudan et du Tchad à respecter l'accord adopté le 10 mars dernier par le Conseil de paix et de sécurité de l'UA.

« Il est important que les pays de l'UA, tous les pays de la région et la communauté internationale dans son ensemble maintiennent la pression pour éviter une escalade », a affirmé Kofi Annan.

« Avec les pays de la région, nous essayons de calmer les tensions car les choses sont suffisamment mauvaises au Darfour. S'il y a une escalade au Tchad, on risque de déstabiliser la région dans son ensemble et notamment la République Centrafricaine », a-t-il prévenu.

La brutale répression de la rébellion au Darfour, région du Soudan à la frontière du tchadienne, a provoqué le déplacement de plus de 200.000 Soudanais à l'est du Tchad. Le conflit qui oppose depuis trois ans les rebelles aux milices Janjaouites, soutenues par Khartoum, a augmenté les tensions entre les deux gouvernements.

« Il faut se méfier de l'effet domino que l'on a vu notamment dans la région des Grands Lacs », a encore dit le Secrétaire général.

Kofi Annan s'est par ailleurs félicité du fait que « le Haut Commissaire pour les réfugiés avait réussi à convaincre le président Deby de ne pas expulser les réfugiés soudanais du Tchad ». « Cette question semble réglée pour l'instant », a-t-il espéré.

Dans une conversation téléphonique avec le Haut Commissaire pour les réfugiés, António Guterres, le président du Tchad s'est engagé hier soir à ne pas refouler les 200.000 réfugiés soudanais du Darfour, après avoir menacé de les expulser.

Jeudi dernier, le Secrétaire général avait condamné « toute tentative de prise du pouvoir par la force » au Tchad.

Kofi Annan s'était aussi déclaré « fortement troublé » par l'aggravation de la situation sécuritaire au Tchad, résultant des combats entre les forces gouvernementales et les combattants rebelles.

Les rebelles du FUC ainsi que d'autres mouvements, retranchés dans l'est pays, ont intensifié leurs actions en vue de l'élection présidentielle du 3 mai prochain.

Arrivé au pouvoir en 1990, le président Idriss Déby entend briguer un troisième mandat, après avoir fait adopter en juin dernier par référendum une révision de la Constitution rendant possible sa candidature.

 

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