Affaire Hariri : des progrès dans l'enquête, affirme Serge Brammertz devant le Conseil de sécurité

16 mars 2006

Le chef de la Commission d'enquête internationale (CEI) sur l'assassinat de l'ex-Premier ministre libanais, Rafic Hariri, a présenté aujourd'hui au Conseil de sécurité un nouveau rapport intérimaire des progrès accomplis, tant sur de nouvelles pistes que sur le cadre juridique de la coopération avec la Syrie.

« Grâce à une approche plus systématique, nous avons fait davantage de progrès dans l'enquête sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri et de 22 autres personnes », le 14 février 2005 à Beyrouth, a déclaré aujourd'hui Serge Brammertz, chef de la CEI, devant le Conseil de sécurité.

image• Retransmission de la séance du Conseil de sécurité [29mins]

Le magistrat belge présentait le troisième rapport intérimaire dans cette affaire - son premier rapport depuis sa nomination le 11 janvier dernier, en remplacement du magistrat allemand Detlev Mehlis.

« Nous avons approfondi notre compréhension du crime, de ses circonstances et de son mode opératoire. Nous avons ouvert de nouvelles pistes, approfondi les pistes existantes et éliminé certaines d'entre elles », a affirmé Serge Brammertz.

« Je suis optimiste sur le fait que ces progrès fourniront des liens déterminants pour identifier et traduire en justice les responsables de ce crime, à tous les niveaux de la chaîne de responsabilité », a-t-il ajouté.

« Bien que je comprenne le vif intérêt du public pour ce qui est d'apprendre des détails supplémentaires sur l'état d'avancement de certains aspects de l'enquête, nous avons convenu avec le Procureur général du Liban de ne pas discuter publiquement de ces détails à ce stade de la procédure », a souligné le chef de la CEI.

« Je suis fermement convaincu que cette politique est nécessaire pour sauvegarder l'intégrité de l'enquête et pour éviter de révéler notre stratégie », a-t-il encore dit.

« Il faut garder à l'esprit la possibilité que soit créé un tribunal à caractère international », a-t-il ajouté (dépêche du 01.03.06).

« Il est essentiel que nous respections les droits de la défense et que l'on ne mette pas en danger la sécurité des témoins ou d'autres sources sensibles », a-t-il fait remarquer.

En ce qui concerne la coopération avec la Syrie, Serge Brammertz l'a qualifiée « d'élément déterminant dans la poursuite du succès des travaux de la Commission ».

« Il était donc de la plus grande importance de clarifier avec les autorités syriennes le cadre juridique de la coopération, l'accès à l'information, aux sites et aux citoyens syriens », a-t-il souligné, indiquant qu'un accord avait été réalisé avec le ministre des Affaires étrangères de la Syrie.

« La Commission peut maintenant se concentrer sur ses efforts sur le fond de ses requêtes vis-à-vis de la Syrie ». « Nos attentes vis-à-vis de la Syrie sont extrêmement élevées à cet égard », a-t-il souligné.

« Les prochaines semaines démontreront » s'il sera répondu aux requêtes de la Commission et si « notre optimisme prudent » était justifié, a-t-il affirmé.

Sur le plan technique, le chef de la CEI a rappelé que lorsqu'il est arrivé à Beyrouth, au début de l'année, il ne restait plus que 6 enquêteurs sur 48, car de nombreux départs avaient eu lieu dans l'attente de l'expiration du mandat de la Commission en décembre.

Il a indiqué reconstituer à l'heure actuelle le personnel de la Commission, évoquant les difficultés à trouver des gens qualifiés pour des enquêtes criminelles hautement complexes dans le domaine du terrorisme, prévenant que l'on risquait de se trouver dans la même situation en juin prochain.

Serge Brammertz a aussi fait part des problèmes structurels dans l'appareil judiciaire libanais, notamment pour enquêter sur les 14 autres attentats à la bombe qui ont été commis depuis celui qui a coûté la vie à l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, ce qui pourrait être très utile dans cette enquête.

Le chef de la CEI a par ailleurs rendu hommage aux médias libanais et de la région qui ont respecté la confidentialité de l'enquête.

- Ecouter Serge Brammertz, interrogé par la presse, à l'issue des consultations du Conseil de sécurité [13mins]

« Nous sommes très satisfaits des efforts accomplis par Serge Brammertz », a déclaré aujourd'hui l'ambassadeur de la France, lors d'une rencontre avec la presse à l'issue des consultations du Conseil de sécurité qui ont suivi l'exposé en séance publique.

« Tous les membres du Conseil comprennent très bien qu'il s'agit d'un rapport interimaire et que M. Brammertz ne peut dévoiler les détails de l'enquête », a-t-il souligné.

« Ces travaux seront la base du jugement qui sera rendu par la suite, par un tribunal de caractère international et on ne peut donc pas en dire trop », a-t-il expliqué.

« Mais nous sommes encouragés, car la lecture du rapport révèle des progrès, notamment sur les faits entourant l'attentat. A partir de là, il est plus facile d'en retrouver les auteurs », a affirmé l'ambassadeur.

« Pour ce qui concerne la coopération de la Syrie, nous avons noté qu'elle s'est montrée mieux disposée à coopérer. Elle doit maintenant mettre en œuvre cette intention dans les faits », a conclu le représentant de la France.

image• Retransmission de la rencontre avec la presse de l'ambassadeur français [14mins]

Le Conseil de sécurité avait créé la CEI après qu'une enquête préliminaire des Nations Unies ait qualifié l'enquête des services de police libanais de « gravement défectueuse », concluant à la responsabilité première de la Syrie quant au « climat de tension politique précédant l'assassinat ».

 

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