Khartoum rejette catégoriquement l'idée d'une force de l'ONU ou de l'OTAN au Darfour, selon Jan Pronk

28 février 2006

A New York pour rendre compte de la situation sur le terrain, l'envoyé de l'ONU au Soudan a indiqué aujourd'hui que le gouvernement du Soudan avait pris fermement position, au mois de février, contre le déploiement d'une force des Nations Unies au Darfour et qu'il rejetait, plus encore, des troupes de l'OTAN qui seraient assimilées à une « invasion ».

« Le gouvernement du Soudan a pris fermement position, dans le courant du mois de février, contre le remplacement d'une force de l'ONU par une force de l'Union africaine (UA.). Et c'est nouveau », a rapporté Jan Pronk, Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, lors d'une conférence de presse donnée aujourd'hui au siège de l'ONU à New York, à l'issue de consultations à huis clos avec les membres du Conseil de sécurité.

« Le gouvernement craint que ce transfert ne soit un complot qui amènera le Soudan à la même situation que l'Iraq », a expliqué le Représentant.

« Le climat à Khartoum devient de plus en plus anti-ONU. Il y a des menaces, des avertissements », a-t-il mis en garde. « Ils parlent de recolonisation, d'invasion, d'impérialisme, d'un complot contre le monde arabo-musulman », a-t-il précisé.

Le Secrétaire général avait plaidé, le mois dernier, pour l'envoi d'une force plus importante, plus robuste et plus mobile que l'actuelle force de l'UA, déployée en 2004, qui compte actuellement 7000 hommes (dépêche du 23.01.06). Dans la foulée, le Conseil de sécurité avait demandé au Secrétaire général d'étudier « différentes options » dans la perspective d'une transition ( dépêche du 13.01.06).

Selon Jan Pronk, les autorités soudanaises sont aussi fermement opposées au déploiement d'une force dominée par l'OTAN récemment proposée par le président des Etats-Unis George W. Bush. « Si on parle d'une force de l'OTAN plutôt que d'une force de l'ONU, ce sera vu par les Soudanais comme le début de l'Iraq », a-t-il estimé.

Une telle force serait « un désastre assuré », a-t-il insisté. « Les gens commenceraient un Djihad contre elle », a-t-il ajouté.

Dans de nombreuses régions du Darfour, les forces armées soudanaises, appuyées par les miliciens, continuent d'attaquer les populations civiles du Darfour, de violer les femmes, de piller et de brûler les villages, a répété Jan Pronk (dépêche du 23.02.06).

« Quelque 300 personnes ont été tuées au Darfour depuis le 1e décembre », a-t-il précisé, rappelant que « selon l'UA, les milices à cheval, suivies de voitures de l'armée, attaquent les villages ».

Le conflit qui fait rage au Darfour depuis trois ans a déjà provoqué le déplacement de deux millions de personnes et, au total, trois millions de personnes, soit la moitié de la population de la région, ne survivent que grâce à l'aide internationale.

Dans son exposé à la presse, Jan Pronk a aussi rappelé que seul « un bon accord de paix » au Darfour, discuté actuellement entre les parties à Abuja, permettrait à une éventuelle force de l'ONU de « maintenir la paix » dans la région.

Il a également estimé qu'il serait nécessaire d'avoir une confirmation de la décision prise le 2 février dernier par le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine, soutenant la transition d'une force de l'UA à une force de l'ONU.

« Il semble que l'UA reconsidère sa décision », a indiqué le représentant.

« Le Soudan a envoyé des délégations dans plusieurs pays pour plaider sa cause à savoir le maintien de la force de l'UA et non son remplacement par une force de l'ONU », a-t-il fait remarquer.

Enfin, Jan Pronk a souhaité la tenue d'une conférence internationale où la communauté internationale s'engagerait à fournir des ressources pour que les troupes de l'UA puissent rester sur le terrain pour jusqu'à ce que la transition soit possible – probablement à la fin de l'année.

 

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