Maintien de la paix : Jean-Marie Guéhenno appelle à renforcer les capacités d'enquêtes sur les abus sexuels

23 février 2006

De la prévention aux mesures disciplinaires, le responsable des opérations de maintien de la paix a présenté aujourd'hui au Conseil de sécurité les progrès accomplis pour lutter contre les abus sexuels et appelé à renforcer les capacités d'enquêtes internes de l'ONU.

« L'incapacité à prévenir les abus ou à punir les casques bleus qui s'en prennent à ceux qu'ils sont sensés protéger déshonore les casques bleus dans leur ensemble », a déclaré aujourd'hui Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, lors d'une séance du Conseil de sécurité consacrée aux abus sexuels commis dans le cadre des Missions de l'ONU.

image• Retransmission de la séance du Conseil de sécurité[2h42mins]

Deux ans après les « révélations choquantes » d'abus sexuels en République démocratique du Congo (RDC) « non seulement la gravité du problème est désormais reconnue mais l'Assemblée générale a adopté une stratégie de lutte contre les abus sexuels dans le cadre des opérations de maintien de la paix qui s'articule autour de la prévention et de l'aide aux victimes », a-t-il rappelé.

« Nous avons fait des progrès importants mais il nous reste encore un long chemin à parcourir. Il faut dire que certains contingents et certaines catégories de personnel sur le terrain ne comprennent pas et n'acceptent pas la politique de tolérance zéro, en particulier lorsque cela touche à la prostitution », a-t-il expliqué.

« Il nous faudra encore travailler à cette question ». « Nous demandons à tous les État Membres, en particulier les pays contributeurs de troupes d'envoyer un message clair condamnant la prostitution au sein des missions de maintien de la paix », a-t-il affirmé.

Revenant sur les progrès enregistrés dans la lutte contre les abus sexuels du personnel de maintien de la paix, le Secrétaire général adjoint a mentionné l'uniformisation de normes définissant ce qu'est un abus sexuel.

Nous avons également appris à former notre personnel à ces questions, a-t-il précisé. « Aujourd'hui, entre 75 et 90% du personnel de maintien de la paix a reçu une formation obligatoire sur l'exploitation sexuelle et les abus. Nous avons également développé des outils de formation et avons pour objectif d'établir une couverture de 100% de notre personnel ».

Outre des campagnes de sensibilisation, le Secrétaire général a mentionné la création dans les zones de mission, qui sont la plupart du temps dangereuses et éloignées, des « espaces récréatifs et sportifs ».

« Lors de nos discussions avec l'Assemblée générale, nous encouragerons les pays contributeurs de troupes à faire usage de la prime de « bien-être » que verse l'Organisation à chaque Casque bleu à l'intérieur de la zone de mission ».

Par ailleurs, des progrès ont été réalisés en matière d'enquête, a affirmé le Secrétaire général adjoint.

« Au cours de 2005, des enquêtes impliquant 29 Casques bleus ont été achevées : 17 personnels civils, 16 membres du personnel de police et 137 militaires ont été renvoyés ou rapatriés dans leurs pays, y compris 6 commandants ».

« Nous avons également fait comprendre à la hiérarchie des gestionnaires et de commandement qu'ils seront tenus pour responsables des agissements de ceux qui sont placés sous leur autorité ».

Le Secrétaire général adjoint a également mentionné la mise en place d'équipes chargées de la conduite et de la discipline dont le travail dépend de plus en plus de la collaboration avec le Bureau des services de contrôle interne (BSCI, OIOS selon son acronyme anglais). « C'est la raison pour laquelle nous avons demandé au BSCI de lancer un audit global sur la discipline ».

« Le BSCI est un partenaire incontournable s'il l'on veut suivre les agissements de 85 000 membres du personnel de maintien de la paix de 18 missions et originaires de 100 pays. Toutefois, les capacités d'enquête du BSCI sur le terrain doivent être renforcées d'autant plus que certains États Membres ne voient pas d'un bon œil la capacité d'enquête qu'a confiée l'Assemblée générale au BSCI ».

Jean-Marie Guéhenno a exhorté les États Membres à adopter le Mémorandum d'accord révisé – le document qui établit les obligations des pays contributeurs de troupes aux Missions de l'ONU - et à approuver pleinement la création d'unités de bonne conduite et de discipline au Siège de l'ONU et sur le terrain.

En référence à la séance du Conseil de sécurité organisée hier sur les abus financiers mis à jour au sein des opérations de maintien de la paix, le Secrétaire général adjoint a enfin demandé aux Etats Membres « de ne pas lier la question des marchés publics à celle des abus sexuels » (voir notre dépêche du 22 février 2006).

Prenant la parole à la suite de Jean-Marie Guéhenno, le Prince Zeid Ra'ad Zeid Al-Hussein, Conseiller du Secrétaire général sur les cas d'exploitation sexuelle et d'abus commis par le personnel des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, a déclaré qu'il restait à conclure un accord entre États Membres sur le concept d'officier chargé de mener des enquêtes au niveau national - un concept actuellement examiné par le BSCI.

Le Conseiller spécial a encouragé les pays contributeurs de troupes à disposer de leur propre cour martiale au sein de chaque opération, comme cela a été appliqué dans deux missions.

S'agissant du personnel civil, « le problème est que ni le pays hôte ni le pays d'origine de la personne suspectée n'est en position d'exercer sa juridiction ».

Le Groupe d'experts juridiques, créé par le Comité spécial, devrait envoyer prochainement ses recommandations à la Sixième Commission de l'Assemblée générale (chargée des questions juridiques), a-t-il conclu.

 

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