Kosovo : la mission des Nations Unies entre dans sa "phase la plus critique"

14 février 2006

L'ouverture des négociations sur le statut final pour le Kosovo et le ralentissement récent des réformes économiques et politiques dans cette province de la Serbie, sous administration des Nations Unies, fait entrer la mission de l'ONU dans une phase « critique », a estimé aujourd'hui son chef devant le Conseil de sécurité.

« Le rythme auquel avanceront les choses pour le Kosovo dépendra de la participation des Serbes du Kosovo aux Institutions du Kosovo », a déclaré aujourd'hui le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Kosovo, Søren Jessen-Petersen, lors d'un exposé au Conseil de sécurité réuni pour une séance publique en présence du président de la Serbie, Boris Tadic.

Pour la première fois dans cette séance, les institutions du Kosovo étaient représentées au Conseil de sécurité, en la personne de son Premier ministre, Bajram Kosumi.

image• Retransmission de la séance du Conseil de sécurité [2h40mins]

« Récemment, le Kosovo a connu un ralentissement dans les efforts visant la mise en œuvre des normes, notamment dans le domaine du droit des minorités », a regretté Søren Jessen-Petersen, appelant à « redoubler les efforts dans les mois à venir ».

Les préoccupations des minorités ne sont pas oubliées par les Albanais du Kosovo, a-t-il néanmoins estimé. « Pour les Albanais du Kosovo, le processus du statut final est une source d'espoir, tandis que pour les Serbes du Kosovo, c'est une source d'inquiétude. Il faudrait donc que ces derniers participent directement aux institutions du Kosovo, alors que les autorités serbes les y découragent ».

« Il y a quand même de grandes possibilités de coopération entre les deux communautés, et l'appui de Belgrade serait un facteur important pour faire avancer les choses », a-t-il considéré.

Søren Jessen-Petersen a affirmé que la Mission d'administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) venait d'entrer « dans sa phase la plus critique ».

C'est pourquoi, a-t-il dit, il faut centrer les efforts sur l'édification au Kosovo d'une société démocratique, multiethnique, inclusive et tolérante : une société qui accepte sa diversité et qui soit engagée à vivre dans la paix et à coopérer avec ses voisins, au sein de l'Europe.

Le Représentant spécial s'est dit convaincu que le Kosovo, son peuple et ses institutions, sont déterminés à s'engager sur cette voie.

« Belgrade doit pour sa part encourager la participation des Serbes du Kosovo au fonctionnement des institutions », a-t-il insisté.

« La majorité du Kosovo, qui a beaucoup souffert dans le passé en tant que minorité, est en droit d'attendre que ses aspirations soient prises en compte, de même que les minorités actuelles, lorsque le statut du Kosovo sera défini », a conclu le Représentant spécial.

« Tous les membres du Conseil de sécurité ont insisté sur l'importance du respect des Normes pour le kosovo », a souligné Søren Jessen-Petersen à l'issue de la séance, lors d'une rencontre avec la presse, aux côtés du Premier ministre du Kosovo, Bajram Kosumi, saluant sa présence « historique » au Conseil.

« Le deuxième message unanime a été d'exhorter Belgrade à encourager les Serbes du Kosovo à participer aux négociations. Il sera très difficile d'avancer sur les normes, sur les retours, sur les droits des minorités, si les Serbes du Kosovo ne participent pas », a conclu Søren Jessen-Petersen.

image• Retransmission de la rencontre avec la presse de Søren Jessen-Petersen[6mins]

Bajram Kosumi a estimé que « le Kosovo avait connu des changements historiques, six ans après la fin de la guerre ». « Nous sommes préparés pour la nouvelle phase », a-t-il affirmé, avant de s'engager à « édifier un Kosovo démocratique, multiethnique et européen ».

Prenant la parole au nom de l'État fédéré de Serbie-et-Monténégro, le président de la Serbie Boris Tadic, a affirmé, lors de la séance publique, accepter la position du Conseil de sécurité selon laquelle les pourparlers sur le statut devraient être lancés « bien que de toute évidence, les normes sont encore loin d'avoir été atteintes ».

« Dans notre recherche du compromis politique, nous demeurons fermement engagés en faveur des principes du droit international, à savoir le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des États reconnus internationalement », a-t-il déclaré.

Boris Tadic a relevé que ce sont les habitants serbes du Kosovo qui souffrent le plus des conséquences de la non réalisation des normes.

« Près de 60% de la population serbe a été expulsée du Kosovo et de Metohija depuis juin 1999 et vit maintenant comme population déplacée au sein de la Serbie. Il est difficile d'envisager un Kosovo pluriethnique sans Serbes. Ceux qui sont restés vivent dans des enclaves où les conditions de sécurité restent précaires et où le chômage et la pauvreté sont généralisés », a-t-il déploré.

Le président de la Serbie a notamment exprimé sa crainte de « voir les négociations minées par l'imposition de l'indépendance du Kosovo et de Metohija, ce qui serait une violation des normes internationales et une source de déstabilisation politique ». « Un précédent dangereux serait ainsi établi dans les Balkans », a-t-il estimé, indiquant que « la plupart des pays de la région envisagent la sécession du Kosovo et de Metohija avec appréhension en ce que cela mènerait à une altération des frontières dans les Balkans ».

« Considérer le Kosovo comme une exception et comme un cas unique est dangereux et politiquement immature », a-t-il conclu.

 

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