Commémoration de l'Holocauste à l'Assemblée générale : « Comment pourrais-je oublier ?»

27 janvier 2006

« Comment pourrais-je oublier les atrocités commises dans les camps », s'est interrogé un rescapé du camp d'Auschwitz devant l'Assemblée générale qui célèbre aujourd'hui la première Journée mondiale en mémoire des victimes de la Shoah, au cours de laquelle l'ambassadeur israélien a « sonné l'alarme » face aux déclarations qui appellent à la destruction de l'Etat d'Israël et nient l'Holocauste.

« Je suis ici devant vous en tant qu'Israélien, en tant que Juif et en tant que citoyen du monde. Je suis ici en tant que représentant de l'Etat d'Israël, né des cendres de l'Holocauste », a déclaré, aujourd'hui à l'Assemblée générale, Dan Gillermann ambassadeur d'Israël, lors des cérémonies de la première « Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l'Holocauste ».

image• Retransmission de la cérémonie[1 heure 51 mins]

« En ce jour de commémoration, je vous engage à imaginer […] les crânes brisés, la chair brûlée, l'angoisse dans les regards. Contemplez un seul enfant et multipliez cela par 1,5 millions », a affirmé l'ambassadeur d'Isaël.

« Aujourd'hui, alors que nous nous tournons vers le passé, que nous embrassons le présent et que nous regardons vers l'avenir […], il nous faut nous souvenir du sacrifice des victimes, saluer le courage des survivants, dont un grand nombre est ici dans cette salle, à mesure que leur nombre s'amenuise et que l'Holocauste passe d'un souvenir à un événement historique », a-t-il poursuivi.

« Nous sonnons l'alarme au monde entier - un monde dans lequel un Etat Membre de cette Organisation appelle à rayer Israël de la carte de la planète», a-t-il dit en référence aux récentes déclarations du président de la République islamique d'Iran (voir notre dépêche sur le Secrétaire général et notre dépêche sur le Conseil de sécurité en date du 9 décembre 2005).

« Un monde dans lequel un régime maléfique nie l'Holocauste et prépare le prochain. Un monde qui est resté immobile il y a 65 ans et qui a depuis été témoin du Rwanda et du Cambodge », a continué Dan Gillerman.

« En ce jour, je voudrais aussi exprimer mes sincères regrets […] que l'Etat d'Israël n'ait pas existé en 1938 et en 1943 car sinon ce terrible événement ne serait jamais intervenu », a-t-il estimé.

« En ce jour et de ce podium, je vous promets que tant qu'existera l'Etat d'Israël, aucun Juif ne devra porter l'étoile jaune ou un numéro tatoué. Et je promets que l'Etat d'Israël existera toujours […] afin que ces horreurs ne se reproduisent jamais », a conclu l'ambassadeur israélien.

« 'Rappelle-toi', disait souvent mon père au cours de l'Holocauste. Aujourd'hui, plus de soixante ans plus tard, il m'apparaît que ces mots étaient superflus. Car comment pourrais-je oublier ? Comment pourrais-je oublier même pour un instant les expériences horrifiques des camps de concentration », a déclaré pour sa part Roman Kent, président du Rassemblement américain des survivants de l'Holocauste, et rescapé du camp d'extermination d'Auschwitz.

« Le simple souvenir des atrocités commises à l'entrée d'Auschwitz est suffisant pour me tenir éveillé chaque nuit jusqu'à la fin de mes jours. La brutalité et la bestialité quotidiennes sont gravées à jamais dans mon esprit. Le regard de jouissance et d'amusement sur le visage des meurtriers alors qu'ils torturaient des hommes, des femmes et des enfants innocents est au-delà de toute description […] » a affirmé Roman Kent.

« Comment pourrais-je oublier cette image de squelettes vivants […], l'odeur permanente de chair brûlée, les pleurs déchirants des enfants arrachés à leurs parents […] », a-t-il insisté.

« Nous, survivants, avons été face à la mort […]. Malgré tout, le désespoir n'a pas été le dernier mot. … nous avons créé de la vie dans un monde de ténèbres ». « Nous ne pouvons pas oublier les millions de mort, car si nous oublions, la conscience de l'humanité serait enterrée aux côtés des victimes », a déclaré Roman Kent.

« Aujourd'hui, cette séance de commémoration au sein des Nations Unies est l'occasion parfaite de lancer un message à tous les dirigeants. Nous devons tous nous souvenir », a-t-il poursuivi.

« Car si nous gardons le souvenir, l'Holocauste et des atrocités comme le Darfour, le Biafra et le Kosovo n'auront pas leur place sur terre ». « Mais ce n'est pas suffisant […] il faut enseigner aux enfants la tolérance et la compréhension aux enfants, à la maison comme à l'école », a continué le rescapé d'Auschwitz.

« Pour nous, survivants, cette commémoration est un triomphe en sourdine. C'est un acte de justice imparfait, car il a fallu soixante ans pour que les crimes commis lors de l'Holocauste soient reconnus en tant que tels par les Nations Unies », a-t-il encore affirmé.

Voir notre dépêche d'aujourd'hui sur le message du Secrétaire général.

Voir la page spéciale consacrée aux cérémonies.

 

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