Darfour : le Conseil de sécurité sur la sellette, affirme Kofi Annan

25 janvier 2006

La dégradation de la situation au Darfour est telle que le passage d'une force de l'Union africaine à une opération des Nations Unies est désormais inévitable, affirme aujourd'hui le Secrétaire général dans une tribune au Washington Post où il appelle le Conseil de sécurité à « rapidement prendre une décision ferme ».

« Je voudrais pouvoir dire aujourd'hui que tous les efforts accomplis […] ont porté leurs fruits, que le Darfour est en paix et sur la voie du relèvement ». « Hélas, il n'en est rien », déclare le Secrétaire général dans une tribune sur la situation au Darfour, publiée aujourd'hui dans le quotidien américain « The Washington Post ».

« Dans beaucoup de parties du Darfour, les meurtres et les viols continuent et les gens fuient par milliers. Il y a aujourd'hui 2 millions de déplacés et 3 millions de personnes, soit la moitié de la population du Darfour, ne survivent que grâce à l'aide internationale. Bien des endroits deviennent trop dangereux pour que les agents humanitaires puissent s'y aventurer », rappelle Kofi Annan.

« Les pourparlers de paix sont encore loin d'aboutir. Le Tchad a accusé le Soudan d'armer des rebelles sur son territoire et les combats menacent de s'y étendre », prévient-il.

« Malgré un manque chronique de fonds, les troupes de l'Union africaine sur le terrain font tout leur possible. La population se sent plus en sécurité quand elles sont présentes », rapporte-t-il.

« Mais, déplore le Secrétaire général, elles sont trop peu nombreuses - 5.000 soldats et 2.000 policiers et observateurs militaires pour un territoire de la taille du Texas. Elles n'ont ni le matériel, ni le mandat qu'il leur faudrait pour protéger les gens qui sont en danger ou faire appliquer un cessez-le-feu que les rebelles, les Janjaouid et les forces gouvernementales soudanaises enfreignent désormais régulièrement ».

« Le Conseil de sécurité se trouve ainsi mis sur la sellette. La Charte des Nations Unies lui attribue la principale responsabilité du maintien de la paix et de la sécurité internationales », souligne Kofi Annan.

« Qui plus est, en septembre dernier, tous les membres de l'Organisation ont, pour la première fois, reconnu l'existence d'une responsabilité de protéger les populations contre le génocide, le nettoyage ethnique, les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité, s'engageant par la même occasion à agir, par l'intermédiaire du Conseil, quand les autorités nationales ne le font pas », rappelle-t-il (voir notre dépêche du 17 septembre 2005).

« Le passage d'une force de l'Union africaine à une opération des Nations Unies au Darfour est désormais inévitable. Pour que la transition se déroule bien, le Conseil de sécurité doit rapidement prendre une décision ferme », estime-t-il.

« Cela étant dit, il ne faudrait surtout pas s'imaginer qu'il suffira, pour régler la crise, de placer l'actuelle mission de l'Union africaine sous le drapeau de l'ONU », prévient le Secrétaire général.

« La nouvelle opération devra avoir un mandat clair et vigoureux qui l'autorise à protéger ceux qui sont en danger, en recourant à la force si nécessaire, et disposer des moyens de le faire. Il faudra donc qu'elle soit plus étoffée, plus mobile et nettement mieux équipée que la MUAS. Les pays qui ont les moyens militaires nécessaires doivent être prêts à les déployer », explique Kofi Anann.

« Il faudrait des mois à l'ONU pour déployer une telle opération. En attendant, la mission de l'Union africaine doit être maintenue et renforcée. Il ne peut absolument pas y avoir de solution de continuité, ni d'affaiblissement de la force actuelle. En mai de l'année dernière, l'Union africaine et l'ONU ont organisé une conférence à Addis-Abeba afin de réunir des fonds et des moyens logistiques pour la MUAS. Une conférence de suivi est prévue pour le 20 février », précise-t-il.

L'opération de secours doit également se poursuivre, à grande échelle, et les fonds nécessaires doivent être dégagés pour que les habitants du Darfour continuent de recevoir de l'eau salubre, des vivres et d'autres articles de première nécessité, affirme le Secrétaire général.

Enfin, et surtout, « des pressions plus fortes doivent être exercées sur les parties – les groupes rebelles autant que le gouvernement – pour qu'elles respectent le cessez-le-feu et s'engagent à participer aux pourparlers d'Abuja avec un réel sens de l'urgence », ajoute Kofi Annn.

« Les atermoiements actuels sont inacceptables. Ils coûtent des vies chaque jour. Les négociateurs ont une responsabilité personnelle qu'il convient de leur rappeler », insiste-t-il.

« Ce qui est clair, c'est que dans le meilleur des cas, la force qui sera envoyée au Darfour, quelle qu'elle soit, n'offrira qu'une sécurité temporaire aux habitants de la région. Seul un accord politique entre leurs dirigeants pourra leur apporter la sécurité à long terme et donner aux 2 millions d'entre eux qui ont dû chercher refuge ailleurs la possibilité de rentrer chez eux », conclut-il.

Hier, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, a prévenu le Conseil de sécurité de l'imminence d'une « catastrophe encore bien plus grande » au Darfour, si des mesures énergiques n'étaient pas prises rapidement par la communauté internationale.

António Guterres a appelé au renforcement immédiat du soutien aux forces de l'Union africaine et à une pression politique accrue pour parvenir à un accord de paix dans le cadre des pourparlers d'Abuja (voir notre dépêche du 24 janvier 2006).

« Notre stratégie de paix a échoué au Darfour », a affirmé, le 13 janvier dernier, le représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk.

Devant le Conseil de sécurité, Jan Pronk a plaidé pour le déploiement d'une force « beaucoup plus importante » dans la région, qui serait « en mesure de prévenir les attaques contre les civils et de désarmer les milices janjaouites », responsables des pires atrocités (voir notre dépêche du 13 janvier 2006).

 

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