Soudan : l'insécurité menace l'application des accords de paix

5 janvier 2006

L'insécurité au Sud-Soudan et au Darfour risque de compromettre les efforts internationaux visant à aider ces zones à passer du stade des secours à celui du relèvement, affirme le dernier rapport de l'ONU sur le Soudan, qui déplore que les parties aux conflits du Darfour et de l'est du Soudan soient toujours incapables de parvenir à un accord politique.

« Le processus de paix est sur la bonne voie, mais l'application de l'Accord de paix global continue de susciter de graves préoccupations », indique le Secrétaire général dans son dernier rapport sur le Soudan au Conseil de sécurité, qui fait le point de la situation dans le pays depuis le 12 septembre 2005.

« Les relations entre le Parti du congrès national et le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) [issu de la rébellion du Sud-Soudan] se développent mais la méfiance persiste des deux côtés », précise le rapport qui rappelle que « les parties doivent savoir qu'il n'y a pas d'autre option que le cadre de l'Accord de paix global, qui doit être mis en œuvre sérieusement et intégralement » (voir sur l'Accord signé à Naivasha, notre dépêche du 31 décembre 2004).

Illustrant les points les plus épineux de la mise en œuvre de l'Accord, le rapport cite d'abord l'application de la décision de la Commission du tracé de la frontière dans la zone d'Abyei et la création du Conseil exécutif de la zone. « D'autres ont trait à des questions sociales profondément enracinées relatives à l'administration de la capitale nationale et à la détermination et à la répartition des recettes pétrolières », explique le rapport.

« En outre, le Conseil de défense commun doit être mis en place aussitôt que possible. Ces questions et d'autres doivent être résolues conformément à l'Accord de paix global et à la priorité qui consiste à rendre l'unité attrayante pour le peuple du Sud-Soudan ».

S'agissant par ailleurs de l'action des Nations Unies au Soudan, le rapport préconise de « tout mettre en œuvre pour achever le déploiement rapide de l'ensemble du personnel militaire et civil complémentaire de la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS selon son acronyme anglais) ».

« Les retards en matière de déploiement entravent la capacité de la Mission à s'acquitter efficacement de son mandat dans des secteurs importants de la zone de cessez-le-feu », déplore le Secrétaire général.

« Au Sud-Soudan, si le renforcement des capacités doit revêtir une importance primordiale, la sécurité est également devenue une question de plus en plus préoccupante », poursuit-t-il.

« Je prie instamment le Gouvernement d'unité nationale et le Gouvernement du Sud-Soudan de prendre les mesures voulues pour faire face au problème de l'insécurité dans la région et protéger la population civile et le personnel des Nations Unies et des organisations non gouvernementales qui travaille dans les zones où opèrent la l'Armée de résistance du Seigneur [Lord's Resistance Army, (LRA), groupe armé connu pour ses activités sanguinaires dans le nord de l'Ouganda] et d'autres groupes armés. Parallèlement, le Gouvernement du Sud-Soudan nouvellement installé devrait encourager la poursuite de la réconciliation dans l'ensemble de la région », affirme le Secrétaire général.

S'agissant du Darfour, « la sécurité sur le terrain doit être améliorée d'urgence et la recherche d'une paix politique durable, y compris un cessez-le-feu permanent, doit être intensifiée », souligne le rapport.

« La septième série de négociations d'Abuja doit se poursuivre assidûment jusqu'à ce qu'un accord soit conclu » préconise le rapport qui appelle à mettre en place une « stratégie à plus long terme pour une paix et un développement durables dans la région ».

A cet égard, le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk, a déploré hier lors d'une conférence de presse la lenteur des progrès de ces négociations, se déclarant déçu que l'objectif de parvenir à un accord avant la fin de l'année 2005 n'ait pas été réalisé, a informé le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric, lors de son point de presse quotidien, au siège de l'ONU, à New York.

« Le gouvernement et les mouvements rebelles doivent œuvrer en vue d'un règlement rapide et coopérer pleinement avec la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS). Ceux qui continuent d'entraver le règlement pacifique du conflit doivent savoir qu'ils devront en répondre », prévient le Secrétaire général.

« Par ailleurs, l'aide humanitaire doit être accrue et sa fourniture assurée sans entrave. Le gouvernement doit être conscient que c'est une responsabilité qu'il partage avec la communauté internationale ».

Dans l'est du Soudan, le retrait de l'APLS [Armée populaire de libération du Soudan] de la région de Hameshkoreib risque de créer un vide du pouvoir. Compte tenu des tensions qui existent actuellement entre l'Érythrée et l'Éthiopie, les organisations non gouvernementales pourraient avoir du mal à poursuivre l'aide humanitaire qu'elles fournissent à cette région à travers l'Érythrée, déplore le rapport.

« Je prie donc instamment les dirigeants du Front Est de faciliter une évaluation de la situation sécuritaire et humanitaire de la région de façon à permettre un accès humanitaire à partir du Soudan », exhorte Kofi Annan.

Il est surtout important que les parties engagent des entretiens directs sur la situation dans l'est du pays et produisent un accord politique sans attendre. Compte tenu de la fluidité de la situation sur le terrain, « l'ONU devra maintenir une présence multifonctionnelle dans l'est du Soudan, notamment des observateurs militaires des Nations Unies et des éléments de protection des forces, au-delà de la date limite du 9 janvier 2006 fixée dans l'Accord de paix global pour le redéploiement de l'APLS ».

En dernière analyse, affirme le Secrétaire général, « la paix au Soudan est indivisible et ne peut fleurir dans une partie du pays si elle est balbutiante dans une autre. Les parties aux pourparlers de paix d'Abuja doivent saisir cette occasion pour négocier sérieusement et en toute bonne foi ».

« De même, le Front Est doit négocier sans plus tarder avec le Gouvernement d'unité nationale une solution politique au conflit dans la région. Le MPLS et le Parti du congrès national doivent continuer de travailler ensemble, s'employer à associer toutes les parties et faire preuve de transparence, afin qu'un véritable gouvernement d'unité nationale assure efficacement la direction du pays et prenne des mesures à l'encontre des nombreux fauteurs de troubles qui sont capables de faire dérailler le processus de paix ».

« La communauté internationale devrait, à son tour, honorer ses engagements et les principaux partenaires devraient ensemble s'employer à exercer une influence politique maximale et apporter une aide pratique et financière pour influer sur tous les aspects du processus de paix ».

« Si tous les donateurs doivent jouer leur rôle et contribuer à la réalisation de l'objectif commun consistant à aider les populations soudanaises à parvenir à la paix qu'elles méritent tant, la responsabilité des progrès incombe en dernier ressort aux parties soudanaises et à leurs dirigeants qui doivent répondre à leurs populations de l'exécution fidèle de leurs engagements », conclut le rapport.

La prochaine réunion du Conseil de sécurité sur le Soudan est prévue pour le 13 janvier (voir notre dépêche du 4 janvier 2006 sur le programme de travail du Conseil de sécurité).

 

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