Affaire Hariri : coopération mitigée de la part de la Syrie, selon le rapport de Detlev Mehlis

13 décembre 2005

Si la Syrie a amélioré sa coopération avec la Commission d'enquête internationale, en autorisant l'interrogation de cinq hauts représentants syriens soupçonnés d'être impliqués dans l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, elle devra faire plus pour lever tout doute quant à sa volonté de faire connaître la vérité, affirme le dernier rapport Mehlis présenté aujourd'hui au Conseil de sécurité.

« La Commission, en étroite coopération avec les autorités judiciaires et sécuritaire libanaises, ont poursuivi de nouvelles pistes, entendu de nouveaux témoins (dont le nombre s'élève maintenant à plus de 500), confirmé une liste de 19 suspects, analysé une pile volumineuse de documents et continué de travailler avec le Bureau du Procureur général du Liban », indique Detlev Mehlis dans son deuxième rapport présenté aujourd'hui, au cours d'une séance publique, au Conseil de sécurité.

Du côté syrien, relève le magistrat allemand, « une Commission d'enquête judiciaire a été mise en place pour mener sa propre enquête dans l'affaire Hariri ». « Il reste à voir si une véritable enquête de fonds sera menée à terme », fait-il remarquer.

« D'autre part, ajoute le chef de l'enquête, ce n'est que par une coopération effective et permanente de la part des autorités syriennes qu'elles lèveront tout doute quant à une véritable volonté d'agir de la part de la Syrie dans cette affaire ».

Detlev Mehlis a par ailleurs déploré la conférence de presse organisée par la Commission d'enquête judiciaire syrienne, au cours de laquelle un des témoins entendu par la Commission d'enquête internationale, Hussam Taher Hussam, était revenu sur son témoignage prêté sous serment, impliquant de hauts responsables syriens.

« Les déclarations des autorités syriennes tendant à ce que la Commission d'enquête internationale revienne sur ses erreurs et l'appelant à réviser son rapport montrent clairement que […] la Commission judiciaire syrienne et les autorités syriennes visaient à semer le doute sur le contenu du rapport de la Commission d'enquête internationale », relève le rapport.

Le magistrat précise aussi que l'apparition de Hussam Taher Hussam à la télévision syrienne avait été probablement précédée de pressions. « La Commission a reçu des informations crédibles selon lesquelles avant son apparition télévisée, certains proches de M. Hussam avaient été arrêtés par les autorités syriennes », indique-t-il.

« Une enquête préliminaire conduit à conclure que M. Hussam est manipulé par les autorités syriennes, ce qui soulève de sérieux doutes quant au fait que la Commission d'enquête judiciaire est véritablement déterminée à mener une enquête indépendante, transparente et professionnelle sur ce crime », souligne le rapport.

« Toutefois, il est à noter que, en dépit de leurs réticences et de leurs atermoiements, les autorités syriennes ont effectivement mis cinq responsables syriens à la disposition de la Commission d'enquête », indique le chef de l'enquête, en référence aux entretiens qui ont eu lieu à Vienne, en Autriche, « dans des conditions déterminées par la Commission ».

« Chaque interrogatoire a été mené en présence d'un avocat syrien et d'un avocat international ainsi que d'un interprète assermenté. A l'issue des entretiens, les témoins ont signé leur déclaration et des échantillons d'ADN ont été recueillis », a-t-il rapporté.

Deux des suspects ont affirmé que tous les documents appartenant aux services de renseignements syriens concernant le Liban ont été brûlés, indique le rapport.

Il reste toutefois au moins deux témoins importants à interroger, Ziad Ramadan et Khaled Midhat Taha, afin de retrouver la trace d'un individu clef connu sous le nom de « Mohammed », qui pourrait être Ahmad Abu Adass, dont on ne retrouve plus la trace, affirme Detlev Mehlis.

S'agissant de l'enquête du côté libanais, le magistrat a indiqué que les quatre hauts responsables libanais arrêtés le 30 août dernier restaient en détention.

Le rapport indique par ailleurs que de nouveaux témoins sont venus apporter des informations déterminantes, notamment à la fin du mois d'octobre.

Un nouveau témoin « jugé fiable » et dont les déclarations ont été pour l'instant « corroborées », évoque directement « les auteurs, les commanditaires et les organisateurs d'une opération visant à tuer Rafic Hariri, notamment par le recrutement par les services de renseignements libanais et syrien d'agents spéciaux, la manipulation d'engins explosifs, un schéma répété de menaces contre des individus et la planification d'autres activités criminelles ».

Ces informations confirment les preuves à l'encontre des responsables libanais emprisonnés et pointent aussi vers le fait qu'un haut responsable syrien aurait fourni des armes et des munitions à des groupes au Liban afin de troubler l'ordre public en réponse à toute accusation d'implication de la Syrie dans l'assassinat de Rafic Hariri.

Detlev Mehlis précise que les autorités libanaises ont ouvert une enquête séparée sur cette base, sur la planification d'attaques terroristes.

Alors qu'il entend personnellement se démettre de son mandat, qui devra être confié à un nouveau chef de la Commission d'enquête internationale, Detlev Mehlis recommande de « poursuivre toutes les pistes en cours, de clôturer celles qui ne paraissent plus pertinentes », de « recevoir la coopération pleine et entière des autorités syriennes » et de continuer de faire rapport au Conseil de sécurité ».

Notant par ailleurs qu'au rythme où vont les choses l'enquête prendra beaucoup de temps, le rapport conclu que « tout délai dans l'un de ces aspects aura inévitablement un impact sur les autres éléments ».

Le second rapport, qui vient compléter le premier remis en octobre dernier, a été transmis hier par le Secrétaire général aux membres du Conseil de sécurité (voir notre dépêche du 12 décembre 2005).

Detlev Mehlis avait présenté son premier rapport le 25 octobre dernier (voir notre dépêche du 25 octobre 2005 et notre dépêche du 21 octobre 2005).

 

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