Protection des civils dans les conflits armés : Jan Egeland appelle le Conseil de sécurité à une action plus ferme

9 décembre 2005

Déplorant une augmentation inquiétante des incidents contre le personnel des Nations Unies au cours des 12 derniers mois, le responsable des affaires humanitaires de l'ONU a appelé aujourd'hui le Conseil de sécurité à agir plus fermement, pour régler notamment les crises en Ouganda, au Soudan et en RDC, trois pays où sont concentrés 50% des 23 millions de personnes déplacées dans le monde.

Cinq ans après la dernière résolution sur la protection des civils, « nous avons besoin d'une nouvelle résolution pour orienter nos futurs travaux » et « tenir compte de l'environnement présent des conflits, des derniers événements et meilleures pratiques pour assurer la protection des civils dans les conflits armés », a déclaré aujourd'hui Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU devant le Conseil de sécurité, lors d'une séance consacrée à la protection des civils dans les conflits armés.

« Les yeux et les oreilles de la communauté mondiale, notamment des travailleurs humanitaires et des droits de l'homme, sont braqués sur le Conseil », a-t-il souligné, demandant « instamment au Conseil de faire en sorte que l'on adopte un texte dont le libellé sera le plus ferme possible ».

Citant deux autres recommandations figurant dans le dernier rapport du Secrétaire général sur la question, Jan Egeland a souhaité améliorer la collecte de données sur des situations de conflit et l'analyse des tendances générales pour faciliter les débats et les décisions du Conseil ».

Il a cité en exemple « les efforts déployés au Soudan et en République démocratique du Congo (RDC) pour mettre en place des systèmes de notification d'incidents », préconisant la mise en place de tels systèmes dans d'autres pays où la situation est préoccupante.

Il a par ailleurs recommandé d'accorder « beaucoup plus d'importance et d'appui au rétablissement de la paix ».

Au titre des remarques « positives » de son long exposé, il a estimé que « l'implication plus systématique et soutenue du Conseil de sécurité dans les questions relatives à la protection des civils avait effectivement eu une incidence ».

« L'adoption par le Conseil de mesures de maintien de la paix plus 'vigoureuses' en Ituri, en République démocratique du Congo a par exemple eu un effet évident sur le terrain », a-t-il affirmé.

Deuxièmement, a-t-il ajouté, la participation accrue des organisations régionales et sous-régionales a véritablement modifié les conditions sur le terrain, avec par exemple la désignation par l'Union africaine d'un représentant spécial, le déploiement en temps utile par l'Union européenne de forces de réaction rapide en Ituri, le déploiement de la Mission de la CEDEAO au Libéria et le déploiement par l'Union africaine de sa mission de maintien de la paix au Darfur (Mission de l'Union africaine au Soudan).

« Troisièmement, nous avons vu une assistance humanitaire renforcée et une meilleure capacité de réaction de la part des institutions des Nations Unies et des organisations non gouvernementales, qui sont mieux à même de répondre aux besoins des civils lors des conflits. Cette action humanitaire a aidé à réduire le nombre de décès liés aux conflits, notamment les morts dus à la malnutrition et aux maladies, et à protéger les enfants, les femmes et les hommes innocents de certains des pires effets secondaires des conflits armés », a souligné Jan Egeland.

« En dépit des progrès que je viens d'évoquer, il reste de graves sujets de préoccupation », a-t-il déploré.

Selon le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, « la preuve que les civils continuent de subir l'essentiel des ravages des conflits armés ressort d'un large éventail de conflits des six dernières années ».

« Il est très inquiétant que, dans certaines situations, les structures mêmes qui devraient protéger les civils – les autorités militaires et de police – commettent au contraire des crimes violents. Dans certains secteurs — en Côte d'Ivoire, par exemple — des milices contrôlées par le gouvernement et des soldats des Forces nouvelles ont été responsables de meurtres, de viols et d'autres violations des droits de l'homme », a-t-il dit.

« Dans certaines régions de la République démocratique du Congo, les forces militaires intégrées et les groupes armés liés au Gouvernement ont attaqué des villages, où ils ont procédé à de l'extorsion, à des pillages et à des enlèvements contre rançon. Ce qui est peut-être encore plus alarmant est l'étendue de la violence sexuelle et des abus sexuels contre les femmes et les filles », a-t-il regretté.

« Les problèmes provoqués lorsque l'on a 50 000 soldats non rémunérés illustrent l'héritage de longue durée que laissent les conflits armés », a-t-il poursuivi.

Se tournant vers la situation en Ouganda, Jan Egeland a estimé : « Il s'agit maintenant d'un problème régional et d'une menace qui, à mon avis, doit être examinée plus systématiquement par le Conseil de sécurité ».

« Il y a deux ans, j'ai présenté mon premier exposé au Conseil sur la situation extrêmement grave régnant dans le Nord de l'Ouganda. Malheureusement, les actes de violence physique généralisés, notamment des attaques de nuit sur des villages et des camps, des assassinats et des recrutements forcés, ne sont que quelques-uns des périls auxquels les civils, et notamment les enfants, sont encore confrontés ».

« Pour les enfants qui ont été enlevés et recrutés par l'Armée de résistance du Seigneur, des ressources appropriées sont nécessaires d'urgence pour permettre leur réintégration, en particulier pour aider les filles à faire face aux graves problèmes que pose leur réintégration », a insisté Jan Egeland.

Le Secrétaire général adjoint a aussi mis en lumière les graves conséquences des déplacements de population.

« Plus de 50% des 23 millions de personnes déplacées dans le monde se trouvent dans trois pays seulement : le Soudan, l'Ouganda et la République démocratique du Congo ».

« C'est toute une génération qui ignore ce qu'est la vie normale. Le déplacement à long terme est pernicieux. Il tue. Il tue des gens. Il tue des sociétés ».

« Des difficultés tout aussi importantes existent lorsque ceux qui ont été déplacés sont ensuite intégrés à des communautés locales qui doivent alors porter le plus gros du fardeau. En Côte d'Ivoire, par exemple, la majorité des 500.000 personnes déplacées vivent avec des familles d'accueil et, par conséquent, échappent facilement aux filets de sécurité et aux organisations humanitaires. Les familles d'accueil rencontrent des difficultés économiques qui, conjuguées au climat d'impunité, débouchent sur l'exploitation sexuelle, la prostitution et le travail forcé des enfants », a-t-il affirmé.

Le Secrétaire général adjoint a enfin insisté sur l'importance capitale de l'accès du personnel humanitaire aux populations visées.

« L'insécurité est synonyme d'inaccessibilité des zones de conflit. Je souhaite rappeler la déclaration du Conseil de sécurité contenue dans la résolution 1296 (2000) concernant la nécessité pour toutes les parties, y compris les entités non étatiques, de coopérer pleinement avec le Coordonnateur des opérations humanitaires des Nations Unies et les agences humanitaires pour faciliter l'accès à ces zones ».

« Afin de permettre cette coopération, mon bureau, avec l'appui du Conseil, va bientôt publier un manuel sur la négociation humanitaire avec les acteurs non étatiques dans les situations de conflit armé », a-t-il annoncé.

« Les travailleurs humanitaires doivent pouvoir négocier avec tous les acteurs qui ont une influence ou exercent un contrôle sur le territoire où des populations ont besoin d'assistance et de protection. Conformément aux principes humanitaires de neutralité, d'impartialité et d'indépendance, ces négociations n'impliquent en aucun cas une reconnaissance ou une légitimation des acteurs non étatiques concernés », a-t-il rappelé.

« Le personnel humanitaire se trouve de plus en plus exposé à des menaces, à des attaques violentes, à des enlèvements contre rançons et à des embuscades. Rien que pour le mois d'octobre, dix travailleurs humanitaires ont été tués dans le nord de l'Ouganda et au Soudan, alors qu'en Afghanistan, cinq assistants médicaux ont été tués et trois grièvement blessés alors que leur véhicule était attaqué », a-t-il déploré.

Selon Jan Egeland, des statistiques du Département de la sûreté et de la sécurité des Nations Unies montrent une augmentation inquiétante des incidents contre le personnel des Nations Unies au cours des 12 derniers mois. Les attaques, par exemple, sont passées de 120 en 2004 à 407 en 2005 et les enlèvements sont passés de 2 à 20.

Les cas de harcèlement et de retard enregistrés aux points de contrôle dans les territoires palestiniens occupés se comptent par milliers chaque année. Nous espérons que le rôle des Nations Unies dans le suivi des progrès accomplis dans la mise en œuvre de l'Accord israélo-palestinien récemment conclu sur l'accès et le mouvement aura une incidence positive sur l'accès général et la liberté de mouvement dans ce pays.

Une réponse humanitaire ne peut être efficace en l'absence des conditions appropriées en matière de sécurité et d'un environnement de travail sûr. Que peuvent faire 13 000 travailleurs humanitaires au Darfour, par exemple, si leurs mouvements sont limités à cause de menaces, de harcèlements et d'attaques ? La simple présence de travailleurs humanitaires dans la région ne garantit pas l'assistance et la protection.

La présence de travailleurs humanitaires ne doit donc jamais être utilisée comme alibi pour dissimuler l'absence d'efforts authentiques en vue de trouver des solutions politiques durables, a conclu Jan Egeland.

Voir l'ensemble des interventions devant le Conseil de sécurité dans le communiqué de l'ONU

 

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