Stephen Lewis propose une contribution de 0,7% des profits des multinationales en faveur du Fonds mondial contre le sida

1 décembre 2005

Alors que le G8 n'a pas tenu ses promesses de financement et que le Fonds mondial contre le sida accuse un déficit de financement de plusieurs milliards de dollars, l'Envoyé de l'ONU pour le sida en Afrique a proposé aujourd'hui que les multinationales contribuent, à hauteur de 0,7% de leurs profits, pour aider dans la lutte contre l'épidémie.

« Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme est dans une situation catastrophique, avec un déficit de près de 3 milliards de dollars pour 2006 et 2007, et ce déficit va se traduire en des millions de morts si des mesures drastiques ne sont pas prises, et vite », a prévenu aujourd'hui Stephen Lewis, l'Envoyé spécial des Nations Unies pour le VIH/sida en Afrique, à l'occasion de la 18e Journée mondiale de lutte contre le sida.

« Cette situation est totalement inattendue », a précisé Stephen Lewis, qui a rappelé les engagements pris lors du sommet du G8 à Gleneagles en juillet.

« Il n'a fallu que huit semaines pour que les promesses soient déçues », a-t-il affirmé. Aux 7,1 milliards de dollars demandés pour le budget 2006-2007, 3,7 milliards ont été promis, lors de la conférence des donateurs pour le Fonds mondial, en septembre dernier.

Appelant à trouver de nouvelles sources de financement, Stephen Lewis a pointé du doigt vers le secteur privé.

« Nous avons toujours espéré et escompté que le secteur privé soit une source majeure de financement. Ce n'est pas arrivé. Les contributions sont négligeables », a-t-il souligné.

« Je suggère en conséquence que les multinationales affecte 0,7% de ses profits annuels avant impôt au Fonds mondial », afin de maintenir une symétrie avec les gouvernements, a lancé Stephen Lewis, en référence à l'engagement pris notamment par l'Union européenne d'affecter 0,7% du PNB de ses membres à l'aide publique au développement.

« Quelles multinationales ? Manifestement les grandes multinationales qui ont extrait tant de richesses des ressources de l'Afrique en minéraux, diamant, pétrole et autres depuis des décennies, et en particulier l'industrie pharmaceutique qui a résisté à la pression pour faire baisser le prix des médicaments pendant si longtemps », a-t-il indiqué.

« Mais il existe un moyen encore plus équitable de choisir les sociétés impliquées », a-t-il ajouté, avant de proposer que les membres de la Global Business Coalition on HIV/AIDS [Coalition mondiale du monde des affaires contre le VIH/sida], qui comprend près de 200 multinationales déjà « admirablement actives en fournissant des antirétroviraux à leurs employés », fournissent une contribution de 0,7% au Fonds mondial.

Un tel mécanisme pourrait permettre de récolter des milliards de dollars, a-t-il souligné, estimant qu'il n'y avait aucune raison de faire preuve de cynisme.

« Tout le monde s'est moqué du [Chancelier britannique] Gordon Brown lorsqu'il a proposé son mécanisme de financement du développement par l'emprunt » mais il a bien été lancé. Tout le monde s'est moqué de la France lorsqu'elle a proposé une taxe sur les billets d'avion pour financer le développement mais à présent le président Chirac semble déterminé », a-t-il fait observer.

Stephen Lewis a par ailleurs mis l'accent sur une inégalité flagrante dans le domaine du traitement des enfants atteints du sida.

« L'immense majorité des enfants séropositifs ont été infectés par le virus au cours de l'accouchement. Ils meurent en général avant deux ans, et chaque année meurent ainsi plus d'un demi million d'enfants », a-t-il indiqué.

« Dans la plupart des cas, les enfants en Afrique sont traités à l'aide d'une dose unique de nevirapine […] dans les 48h après la naissance. Etonnamment, le risque de transmission est réduit de 50% ! », a-t-il expliqué.

C'est bien sûr merveilleux, a-t-il ajouté, mais « dans le monde occidental, on utilise une triple dose d'antirétroviraux pendant environ 28 semaines avant l'accouchement. Le résultat ? Le taux de transmission descend à 1 ou 2% », a-t-il déclaré.

« Pourquoi tolère-t-on un régime de second ordre pour l'Afrique et un autre de premier ordre pour les pays riches », s'est-il insurgé.

« Il est pétrifiant de penser que des millions d'enfants qui auraient dû être en vie sont morts simplement parce que le monde impose une division obscène entre les riches et les pauvres. Cela est en train de changer, mais pourquoi cela vient-il toujours après qu'un prix terrifiant ait été payé ? », a demandé l'Expert des Nations Unies sur le sida en Afrique.

« Nous avons besoin d'un effort surhumain de tous les côtés de la communauté internationale. Mais il est absent. Au rythme actuel, nous aurons un nombre cumulé d'infections de 100 millions d'infections d'ici à 2012 », a-t-il conclu, perplexe sur le fait que « nous nous considérons comme une civilisation avancée ».

Voir notre dépêche d'aujourd'hui sur le message du Secrétaire général.

Voir notre dépêche d'aujourd'hui sur le message du directeur du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA).

Voir notre dépêche du 7 septembre 2005 sur l'appel de Stephen Lewis à la découverte d'un vaccin contre le sida.

 

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