La Bosnie-Herzégovine aux portes de l'Europe, affirme Paddy Ashdown au Conseil de sécurité

15 novembre 2005

Le Haut Représentant chargé d'appliquer l'Accord de Dayton, qui présentait aujourd'hui au Conseil de sécurité la situation en Bosnie-Herzégovine, a estimé que les progrès réels accomplis, depuis un an, ouvraient la porte aux négociations avec l'Union européenne pour un accord d'association.

« Le pays se trouve désormais aux portes de l'Europe », a déclaré aujourd'hui Lord Paddy Ashdown, Haut Représentant chargé d'assurer le suivi de l'application de l'Accord de paix relatif à la Bosnie-Herzégovine, venu présenter un exposé de la situation en Bosnie-Herzégovine au Conseil de sécurité, saisi du dernier rapport transmis par le Secrétaire général sur la question.

image• Retransmission de la séance du Conseil de sécurité[142mins]

Paddy Ashdown a expliqué que « les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont annoncé, le 8 novembre, qu'ils accueillaient avec satisfaction la recommandation de la Commission européenne de commencer les négociations sur un accord d'association et de stabilisation avec la Bosnie-Herzégovine ».

« Dix ans après la guerre, la Bosnie-Herzégovine a acquis le cadre d'un État européen moderne. Les progrès ont été réels et substantiels alors que tout portait à croire à une impasse en juin dernier », a-t-il déclaré, rappelant que « les observateurs avertis avaient toutes les raisons d'être sceptiques quant à la perspective de voir la Republika Sprska [l'entité serbe de la Bosnie-Herzégovine] changer de politique ».

« Grâce à la conjugaison d'une direction locale éclairée et aux pressions constantes de la communauté internationale, les principaux obstacles à une intégration euroatlantique ont été levés », a affirmé le Haut Représentant.

« La réforme de la défense a dépassé tous les espoirs. Un consensus a été dégagé qui a permis le transfert de toutes les responsabilités à l'État, l'abolition de la conscription et la création d'une petite force de réserve pour appuyer une armée professionnelle réduite. Les trois anciennes armées ont été intégrées en une seule armée de 12 000 soldats », a-t-il ajouté.

Le Haut Représentant a poursuivi en indiquant que la percée intervenue en octobre sur la réforme de la police résulte de la peur des autorités d'être isolées et exclues du processus européen.

« Lorsqu'elles ont réalisé que nous étions sérieux, elles sont devenues sérieuses », a-t-il dit. Les parlements des entités et de l'État ont donc approuvé un accord politique sur la restructuration de la police conforme aux principes édictés par la Commission européenne.

Abordant par ailleurs les travaux du Tribunal pénal International pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), Paddy Ashdown a salué le fait qu'aujourd'hui seuls cinq des inculpés sont encore en liberté.

« Les autorités de la Republika Srpska ont transféré ou aidé à transférer 12 inculpés », a-t-il encore dit, déplorant néanmoins que « Radovan Karazdic et Ratko Mladic n'aient toujours pas été livrés au Tribunal ».

« Il faut signaler notre détermination à fermer ce chapitre de l'histoire, a souligné le Haut Représentant, en précisant que sans l'arrestation de ces deux personnalités, la Bosnie-Herzégovine ne pourra pas entrer pleinement dans cette nouvelle phase de son histoire européenne ».

Pour l'avenir, le Haut Représentant a indiqué que « tout en restant le fondement de la paix, la Constitution de Dayton est arrivée à la fin de son parcours ».

La Bosnie-Herzégovine a désormais besoin de trouver un nouveau cadre pour avancer dans son processus d'association et de stabilisation avec l'Union européenne. Il ne s'agit pas seulement d'intégration mais aussi du droit du peuple de la Bosnie-Herzégovine à avoir un gouvernement efficace et responsable.

« Aucun État ne peut bénéficier de la loyauté de ses citoyens quand il consacre 70% de ses revenus au Gouvernement et seulement 30% aux services », a-t-il fait observer.

« La signature du processus de stabilisation et d'association doit marquer la fin de l'intervention massive de la communauté internationale ».

« Le Conseil de mise en œuvre de la paix est prêt, a annoncé le Haut Représentant, à renoncer aux pouvoirs découlant de la Conférence de Bonn et à remplacer le Bureau du Haut Représentant par une structure menée par l'Union européenne. La transition pourrait commencer avant la fin de cette année ».

Cela ne veut pas dire, a prévenu le Haut Représentant, que la Bosnie-Herzégovine n'aura plus besoin de la communauté internationale.

Paddy Ashdown a notamment cité les défis que posent le système judiciaire et pénal ainsi que les questions liées à la non-certification de la police.

« La Bosnie-Herzégovine continue à exiger une approche unique de la part de la communauté internationale », a-t-il affirmé.

« Mais au bout du compte, la manière dont ces défis seront relevés dépendra non pas de la communauté internationale mais du peuple de la Bosnie-Herzégovine lui-même », a-t-il conclu.

 

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