La FAO appelle à l'action contre la grippe aviaire avant sa mutation en pandémie de grippe humaine

7 novembre 2005

A l'ouverture de la conférence internationale sur la grippe aviaire, l'agence des Nations Unies pour l'agriculture a appelé aujourd'hui la communauté internationale à prendre des mesures plus énergiques pour lutter contre la grippe aviaire, avant que le virus H5N1 ne mute et n'entraîne une pandémie de grippe humaine.

« Des actions plus énergiques doivent être prises à la fois par les pays affectés, la société civile, le secteur privé et la communauté internationale pour stopper la grippe aviaire chez les animaux », a souligné Samuel Jutzi, directeur de la Division production et santé animales de l'Organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), dans un communiqué publié aujourd'hui simultanément à Genève et à Rome.

« Pour arrêter la progression de cette maladie dangereuse et dévastatrice, il faut un engagement politique extraordinaire, des investissements substantiels, une coopération internationale concertée et des actions énergiques au niveau des pays », a ajouté l'expert de la FAO.

« Nous disposons encore d'une chance pour stopper la maladie chez les animaux. Le virus n'a pas encore varié ou muté. Aussi convient-il d'agir immédiatement. Il n'y a pas de temps à perdre », a-t-il insisté.

« Le contrôle du virus chez les animaux est le seul moyen d'influer sur une possible transformation qui entraînerait la transmission de la maladie d'homme à homme », a-t-il encore dit.

Un programme d'investissements mondial est nécessaire pour contrer ou stopper la circulation du virus chez les animaux et réduire ainsi les possibilités de son éventuelle transmission à l'homme, a fait observer Samuel Jutzi.

« On a trop mis l'accent sur l'approvisionnement en antiviraux alors que la vraie bataille – la lutte contre la grippe aviaire chez les animaux – manque de financements appropriés. Cela est inacceptable », a-t-il dénoncé

Pour combattre la grippe aviaire, les pays devraient renforcer leurs services vétérinaires et améliorer les capacités locales au niveau des fermes et des marchés. Certaines pratiques, comme le confinement des volailles, les mesures d'hygiène, la vaccination, la surveillance rapprochée et l'abattage rapide, ont prouvé leur efficacité lors des campagnes de lutte, a-t-il rappelé.

La FAO a par ailleurs souligné l'importance de l'échange des informations épidémiologiques et des échantillons du virus. « Cela est crucial pour analyser les caractéristiques du virus en vue de le contrer et d'empêcher sa transmission à l'homme. La FAO et l'Organisation mondiale pour la santé animale (OIE) ont, à maintes reprises, exhorté les gouvernements à améliorer l'échange des différentes souches du virus entre les communautés scientifiques vétérinaires et de santé humaine », a noté Samuel Jutzi.

« Nous sommes actuellement confrontés à une propagation ininterrompue de grippe aviaire. Des oiseaux migrateurs, qui se déplacent partout dans le monde à la saison des nids, sont en train d'infecter les oiseaux domestiques. Plus de 150 millions de volailles, pour la plupart des poulets, sont morts ou ont été abattus. Quelque 63 personnes, sur 124 humains infectés, sont décédés depuis le mois de décembre 2003 », a déclaré de son côté Lee Jong-Wook, directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), lors d'undiscours, prononcé à l'ouverture de la conférence.

« Il n'y a pas pour l'instant de début de pandémie de grippe humaine dans le monde. Cependant, tout porte à croire qu'elle se produira. La pandémie de 1918 est venue d'un virus de la grippe aviaire qui a muté. Depuis son apparition à Hong-Kong en 1997, le virus de grippe aviaire H5N1, hautement pathogène, s'est propagé dans 15 pays d'Asie et en Europe », a poursuivi le directeur de l'OMS.

« C'est maintenant simplement une question de temps. Le virus de la grippe aviaire – très probablement le H5N1 – va muter pour devenir transmissible entre les hommes, ce qui provoquera une pandémie de grippe humaine. Nous ne savons pas quand cela se produira. Mais nous sommes sûrs que cela se produira », a-t-il continué.

« Il est temps de construire une stratégie globale. Il est temps que chaque pays bâtisse son plan d'actions – et qu'il le mettre en œuvre », a-t-il souhaité.

« Lors des pandémies de 1958 et de 1968, plus de trois millions de personnes sont mortes. Ces pandémies étaient considérées comme légères », a-t-il rappelé.

Une conférence internationale visant à mettre en place une stratégie mondiale pour lutter contre la grippe aviaire et prévenir une pandémie de grippe humaine s'est ouverte aujourd'hui à Genève et pour trois jours, au siège de l'agence des Nations Unies pour la santé, en présence de plus de 400 experts en santé, décideurs politiques, économistes et industriels (voir notre dépêche d'aujourd'hui).

Le Secrétaire général avait appelé, vendredi dernier, à la préparation de stocks de vaccins pour tous, notamment dans le monde en développement, ce qui représenterait des efforts exceptionnels pour accroître la production (voir notre dépêche du 3 novembre 2005).

David Nabarro, récemment nommé Coordonnateur principal du système des Nations Unies pour les grippes aviaire et humaine, avait indiqué, jeudi dernier, que le coût de la prévention était estimé à 425 millions de dollars (voir notre dépêche du 3 novembre 2005).

Plus d'informations sur la page de l'OMS consacrée à la grippe aviaire.

- Ecouter, sur la radio de l'ONU, un extrait sonore de Jean-Pierre Ramazani, correspondant de la Radio de l'ONU à Genève

 

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