Grippes aviaire et humaine : le coût de la prévention estimé à 425 millions de dollars

3 novembre 2005

Alors que 150 millions de poulets ont été abattus pour éviter la propagation de la grippe aviaire, les victimes humaines se limitent pour l'instant à une cinquantaine, ont expliqué aujourd'hui trois experts des Nations Unies, qui ont prévenu qu'une mutation de la maladie la rendant transmissible entre humains pourrait avoir des conséquences désastreuses et qui estiment le coût de la prévention à 425 millions de dollars.

David Nabarro, récemment nommé Coordonnateur principal du système des Nations Unies pour les grippes aviaire et humaine, a indiqué aujourd'hui que nombre de pays faisaient face à un défi considérable pour trouver des ressources, et pas seulement financières, pour lutter contre la pandémie de grippe.

Le Coordonnateur pour la grippe aviaire et humaine s'exprimait lors d'une conférence de presse à l'ONU, à l'issue d'une réunion organisée par le Conseil économique et social, afin d'étudier les réponses à la pandémie de grippe aviaire, en présence de représentants des gouvernements et de la société civile.

image• Retransmission de la conférence de presse[36mins]

Interrogé sur le grand nombre de chaises vides à cette réunion, notamment sur l'absence totale de représentants des pays africains ou d'Amérique latine, David Nabarro a répondu que la conférence, intitulée « Le virus H5N1 : vers une stratégie mondiale », qui aura lieu du 7 au 9 novembre prochain au siège de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), à Genève, serait d'autant plus importante.

Cette réunion permettra « d'évaluer les besoins et de faire le bilan des progrès accomplis ». « Mais dans une réunion de cette ampleur, on n'aura pas des résultats en trois jours », a-t-il fait remarquer.

« Il s'agira d'établir les priorités pour chaque pays, en fonction de leurs ressources, de l'exposition des humains », a ajouté Louise Fresco, directrice générale adjointe de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et experte de la grippe aviaire.

« Il faut agir tout de suite sur le terrain », avant le printemps prochain, lorsque les oiseaux migrateurs retourneront à leur point de départ, a-t-elle insisté.

Louise Fresco a expliqué que le virus se propageait par les oiseaux migrateurs, de l'Asie du Sud vers les plaines de Sibérie, en passant par le Lac Baïkal. « Le virus survit au froid, peut-être même pendant longtemps. C'est par les fientes de ces oiseaux, dans l'eau froide, que les oiseaux européens sont infectés. Par ailleurs, les canards domestiques en Asie du Sud, en Chine et au nord-est du Vietnam, transmettent la maladie aux poulets après avoir été contaminés par les canards sauvages ».

Mais pour l'instant le virus ne passe des poulets à l'homme que dans une proportion très faible, si l'on estime que près de 150 millions de poulets touchés ou à risque ont été tués pour une cinquantaine de victimes humaines.

Interrogée sur l'estimation des coûts de la pandémie, Louise Fresco a indiqué que l'estimation globale pour la prévention sur les animaux s'élevait pour l'instant à 425 millions de dollars. « Cela n'est rien en comparaison du coût de la destruction d'animaux malades », a-t-elle insisté.

Il faut aussi souligner les coûts à l'économie des pays touchés, a-t-elle rappelé. « Les coûts sont le plus élevé pour les producteurs les plus pauvres, qui sont les plus exposés à la maladie ».

S'agissant de la campagne de prévention, David Heymann a insisté sur l'importance de la vaccination.

« Tous les ans, il y a une épidémie de grippe », mais le plafond pour la fabrication des doses de vaccins se limite à 300 millions de doses, a déclaré David Heymann, directeur général adjoint de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), spécialiste du SARS.

« Il faut à présent développer un vaccin humain et accroître les capacités de fabrication, mais la solution pour l'instant sera de vacciner les poulets », a-t-il ajouté.

« Le principal problème réside dans le nombre de poulets de basse cour, près d'un milliard en Asie, qui sont hors des poulaillers industriels surveillés », a-t-il expliqué.

Quand les animaux sont malades, il faut aussi les tuer immédiatement et non pas les vacciner. « C'est aussi la solution la plus humaine car la grippe est une terrible maladie et qu'il vaut mieux mettre fin aux souffrances des animaux », a ajouté Louise Fresco.

Quant à la transmission, David Heymann a expliqué que « le virus avait été identifié pour la première fois en 1997 », « qu'il avait causé une pandémie parmi les volailles et réussi à briser la barrière entre animaux et humain ». « Mais pour l'instant il ne sait pas encore se transmettre d'humain à humain », a-t-il précisé.

« Le virus peut s'adapter en s'attaquant à d'autres mammifères qui le transmettent à l'homme ou se combiner avec la grippe humaine pour passer de l'oiseau à l'homme ».

« Mais une fois que la mutation permet de se transformer en pandémie, il est impossible de savoir quelle en sera l'ampleur. Il peut devenir plus virulent, ou moins virulent », a déclaré l'expert de l'OMS.

Interrogé sur le plan récemment proposé par le président des Etats-Unis George W. Bush, David Nabarro a souligné que ce plan visait principalement les préparatifs nationaux, mais que le principal soutien à son programme de travail, après la contribution de l'OMS, était venu des Etats-Unis.

Voir notre dépêche du 29 septembre 2005.

Voir le communiqué de presse de l’ONU

 

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