Les restrictions imposées à la MINUEE menacent sa sécurité, affirme Jean-Marie Guéhenno

19 octobre 2005

La Mission de l'ONU en Erythrée ne peut plus désormais mener de patrouilles de nuit, ni accéder au nord de la zone de sécurité, a indiqué aujourd'hui le responsable des opérations de maintien de la paix, pour qui ces restrictions posent un danger à la sécurité du personnel.

« Outre l'interdiction de survol par hélicoptère du territoire érythréen, la Mission des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE) est aussi sous l'interdiction de mener des patrouilles de nuit et n'a plus accès au nord de la zone de sécurité », a déclaré Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, lors d'une conférence de presse donnée à l'issue d'un exposé à huis clos devant le Conseil de sécurité.

Les autorités érythréennes ont décidé de restreindre, depuis le 5 octobre dernier, l'espace aérien de leur pays aux hélicoptères de la Mission de l'ONU, décision que le Secrétaire général et le Conseil de sécurité ont condamné, rappelant que la liberté de circulation est un principe fondamental des opérations de maintien de la paix (voir notre dépêche du 5 octobre 2005 et notre dépêche du 5 octobre 2005).

Jean-Marie Guéhenno a aussi indiqué avoir demandé au Conseil de sécurité une assistance au niveau politique, après avoir fait transmis à la délégation de l'Erythrée une réclamation des Nations Unies, alors que les raisons qui fondent l'interdiction de survol étaient toujours inconnues.

« A cause du terrain et de la taille de la frontière, de près de 1000 km, nous avons véritablement besoin des hélicoptères. 55% du terrain que nous surveillons nous est désormais interdit », a rappelé aujourd'hui le Secrétaire général adjoint.

« Nos opérations de déminage ont dû aussi cesser, parce qu'on ne peut pas faire de déminage si on ne peut ramener le personnel rapidement par hélicoptère vers un hôpital. Nous avons donc décidé de procéder à des regroupements de notre personnel », a-t-il ajouté (voir notre dépêche du 17 octobre 2005).

« En tant que chef des opérations de maintien de la paix, la sécurité de notre personnel est mise en jeu », a-t-il déploré, rappelant qu'un incident récent a clairement montré le danger qui pèse sur les troupes.

Trois casques bleus kenyans, victimes d'un accident de la route, ont dû être convoyés par la route, ce qui a pris plusieurs heures.

« Heureusement tout va bien mais ça aurait pu être grave », a fait remarquer Jean-Marie Guéhenno.

Interrogé sur l'attitude de l'Erythrée vis-à-vis de la Mission des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE), le Secrétaire général adjoint a affirmé que l'Erythrée n'était pas satisfaite de la position de l'ONU vis-à-vis de la commission de délimitation de la frontière.

Le Secrétaire général avait appelé de nombreuses fois le gouvernement érythréen à mettre en œuvre les conclusions de cette commission.

Répondant au point de savoir si des mouvements de troupes étaient vérifiés du côté érythréen, Jean-Marie Guéhenno a indiqué qu'il ne pouvait pas les confirmer et que c'était précisément le danger de ne plus avoir visibilité sur la ligne, qui pouvait laisser cours à des rumeurs non vérifiées. Il a ajouté qu'aucun Etat membre n'avait donné d'information corroborant ces bruits.

« La MINUEE est établie pour accompagner un processus de paix, avec le consentement des parties ». « Mais si une des parties ne permet plus à la Mission de remplir son rôle, on arrive à la limite de son action ». Quelque 3.000 hommes ne peuvent pas empêcher une guerre, a-t-il souligné.

« La situation juridique est très claire ». « La liberté de mouvement est assurée par les résolutions du Conseil de sécurité et l'accord d'établissement de la Mission, de sorte que la décision du gouvernement érythréen est très clairement illégale », a-t-il rappelé.

Mais à la question de savoir pourquoi la MINUEE ne peut pas passer outre à l'interdiction de l'Erythrée, Jean-Marie Guéhenno a indiqué que le faire serait un risque que l'ONU et les contributeurs de troupe ne pourraient pas prendre.

« L'ONU ne peut imposer sa volonté par la force au gouvernement érythréen », a-t-il dit.

Interrogé par ailleurs sur la possibilité de surveiller le territoire par satellite pour remplacer les hélicoptères, le Secrétaire général adjoint a souligné que « l'ONU n'avait pas accès à cette technologie », si les Etats membres ne le lui donnent pas. « Dans une zone telle que celle que nous surveillons, seuls les Etats qui disposent de la technologie de pointe ont accès à ces images. Nous n'avons pas non plus le budget pour les acheter dans le commerce », a-t-il souligné, ajoutant qu'elles n'étaient en toute hypothèse pas efficaces la nuit.

A la question de savoir combien de temps les pays contributeurs de troupe seraient prêts à attendre avant de retirer leur personnel, le Secrétaire général adjoint a estimé qu'il fallait « donner une chance à la diplomatie ».

« Dans une situation dangereuse, il faut plutôt essayer de ralentir le cours des événements plutôt que de les accélérer », a-t-il souligné.image• Retransmission de la conférence de presse[75mins]

 

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