L'Afrique a-t-elle besoin d'être dopée par des capitaux étrangers, se demande la CNUCED

13 septembre 2005

Dans un rapport publié aujourd´hui, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement a fait valoir que l´attraction des investissements étrangers directs comme objectif principal d´une politique de développement n´est peut-être pas la bonne approche et risque en fait de fausser les perspectives de croissance à long terme.

« Une approche plus équilibrée est indispensable pour permettre à l´Afrique de tirer parti de ses ressources naturelles abondantes et d´enrayer une désindustrialisation prématurée », indique un communiqué de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) publié aujourd'hui à Genève, à l'occasion du lancement d'un rapport intitulé « Le développement économique en Afrique, repenser le rôle de l´investissement étrangers directs (IED) ».

« Le débat sur la lutte contre la pauvreté en Afrique a beaucoup progressé au cours des derniers mois : l´annulation de la dette, le doublement de l´aide, l´allègement des conditions et le renforcement de la confiance mutuelle et de la responsabilité - qui avaient été recommandés par la CNUCED dans ses rapports passés - sont aujourd´hui admis comme faisant partie des mesures indispensables pour tenir les objectifs du Millénaire », rappelle le communiqué.

« Le Premier Ministre britannique Tony Blair a évoqué une occasion historique de reléguer la pauvreté dans l´histoire. Mais l´histoire a l´art de se répéter là où on ne l´attendait pas. Par le passé, les sociétés étrangères ont mené un cap de développement pour l´Afrique en contradiction avec les besoins locaux. On entend souvent dire aujourd´hui que la voie assurée du renouveau économique pour la région serait d´attirer ces sociétés », fait remarquer la CNUCED.

L´IED, indique le rapport, est devenu pour bon nombre de pays africains « l´instrument de choix de financement du développement » car il était censé remédier au déficit d´investissement sans alourdir l´endettement et offrir une multitude d´autres avantages, notamment des emplois, des débouchés à l´exportation et des nouvelles technologies.

Mais, ajoute-t-il, en dépit d´un effort considérable en matière de libéralisation, de privatisation et de déréglementation - autant de politiques recommandées comme moyen d´attirer l´IED -, le continent n´a reçu qu´une très faible partie des flux mondiaux - à peine plus de 2 % en moyenne annuelle entre 2000 et 2004, contre 4,4 % au cours des années 70.

« Partant du constat d´un volume réduit d´IED en Afrique, les défaillances de la gouvernance ont été interprétées comme le signe d´un environnement hostile à l´activité étrangère qui fermait à l´Afrique toute perspective nouvelle de croissance. Le remède prescrit par les programmes d´ajustement structurel pour ouvrir l´Afrique à l´activité économique serait de reformuler les politiques macroéconomiques, commerciales et industrielles », affirme le communiqué.

« Mais, estime-t-il, l´idée que l´ouverture aux sociétés étrangères transformera le climat d´investissement de l´Afrique n´est pas confirmée par le bilan de l´ajustement de ces 20 dernières années. Les programmes d´ajustement n´ont guère contribué à promouvoir la transformation structurelle de la région et son intégration dans l´économie mondiale et ont échoué à restaurer un climat économique propice à l´investissement et à l´emploi ».

Ce sont ces programmes, davantage que la mauvaise gouvernance, qui ont contraint et faussé les flux d´IED en Afrique, selon le rapport.

Finalement, le rapport conclut qu'il est erroné de considérer l´Afrique comme un cas atypique en ce qui concerne l´IED. Les facteurs qui comptent en définitive pour capter davantage d´IED sont la taille du marché, les perspectives de croissance et la structure des exportations.

Et l´idée selon laquelle, l´IED est forcément encré dans les machines et autres équipements, apporte de larges retombées techniques et draine l´investissement local, doit être évaluée prudemment dans chaque cas pour se garder de toute attente irrationnelle quant à ce que l´IED peut apporter au développement.

 

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