Le monde a besoin d'un vaccin contre le sida plus que de toute autre découverte médicale, affirme Stephen Lewis

7 septembre 2005

Le monde ne se rend toujours pas compte du carnage à venir et de la diffusion implacable du sida sur la planète, a affirmé hier l'Envoyé de l'ONU sur le sida en Afrique, appelant la communauté des scientifiques à exiger les ressources nécessaires au développement d'un vaccin, pour l'instant totalement absent des débats sur la maladie.

« Le monde a besoin d'un vaccin contre le sida plus que toute autre découverte médicale et l'Afrique en a besoin plus que toute autre région du monde », a affirmé hier Stephen Lewis, Envoyé spécial de l'ONU pour le VIH/sida en Afrique, en ouverture de la Conférence internationale sur un vaccin contre le sida de 2005, à Montréal, au Canada.

Il s'est aussi déclaré « stupéfait » de constater que la mention d'un vaccin était totalement absente de la plupart des débats sur le sida.

Tout d'abord, a-t-il souligné, il faut bien davantage d'argent pour cette quête d'un vaccin, or cette recherche est sous financée à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars par an, puisqu'il faudrait au bas mot 1,2 milliards de dollars et que 690 millions sont disponibles.

« Cela défie l'entendement de constater que les aristocrates de la politique se soient réunis solennellement sans pouvoir convenir d'une garantie absolue de financement, à perpétuité, tant qu'un vaccin ne serait pas découvert », a-t-il dénoncé, à propos de la récente mention d'un vaccin lors du sommet du G8 à Gleneagles.

Malgré la promesse d'affecter 50 milliards de dollars pour aider l'Afrique et la conscience que le sida décime des régions entière du continent, il reste un fossé entre les promesses et leur réalisation, surtout qu'une grande partie de l'aide publique au développement est déjà affectée.

En toute logique, c'est du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme que devrait provenir le financement de la recherche d'un vaccin.

Or, a souligné l'Envoyé de l'ONU, l'appel de fonds lancé hier à Londres, a laissé un déficit de 3,3 milliards de dollars dans le budget pour 2006-2007 (voir notre dépêche du 6 septembre 2005).

Appelant les chercheurs à « ne pas faire de quartier » dans leur activisme en faveur d'un vaccin, parce que « le monde en dépend », Stephen Lewis a appelé à mobiliser les ressources en matière de recherche des pays africains et les ressources des sociétés pharmaceutiques privées.

Il a rappelé à cet égard qu'il appuyait un nouveau mécanisme de « promesses d'achats » de vaccins, déjà soutenu par le ministre britannique Gordon Brown, qui garantit un marché et un prix d'achat à la société qui découvrira, fabriquera et distribuera un tel vaccin.

« En toutes autres circonstances, ce mécanisme monopolistique serait révoltant, mais la normalité est totalement étrangère aux circonstances actuelles », a-t-il déclaré, soulignant que les promesses d'achat prévues pour l'instant à un montant de 200 ou 300 millions de doses étaient bien trop basses et qu'il faudrait les porter au moins à 500 millions.

« Il est temps de penser une échelle digne de l'humanité », a-t-il souligné, appelant à accomplir un effort digne des programmes spatiaux de la NASA.

Outre qu'il sauvera des millions de vies, un vaccin permettra d'apporter un espoir libérateur aux femmes, désormais premières touchées par la maladie, et de lutter contre la pauvreté, puisque le sida parvient très efficacement à rendre les pauvres encore plus pauvres, a rappelé Stephen Lewis.

Il est fascinant d'entendre parler des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), a-t-il enfin conclu, mais que se passera-t-il après 2015 [date fixée pour leur réalisation], pour les pays qui n'auront pas passé la barre ?

« Pour ces pays, un vaccin reste le meilleur espoir de sauvetage, parce que le monde ne s'arrête pas en 2015 », a souligné

 

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