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Pétrole contre nourriture : Kofi Annan appelle à tirer les leçons du rapport Volcker pour réformer l'ONU

Pétrole contre nourriture : Kofi Annan appelle à tirer les leçons du rapport Volcker pour réformer l'ONU

Kofi Annan
La Commission d'enquête sur le programme humanitaire « pétrole contre nourriture » ayant conclu aujourd'hui à une responsabilité collective du Secrétariat, des Etats membres et du Conseil de sécurité dans sa gestion, le Secrétaire général a souligné la nécessité vitale de réussir la réforme de l'ONU qui devrait être adoptée la semaine prochaine au sommet mondial.

La Commission d'enquête sur le programme humanitaire « pétrole contre nourriture » ayant conclu aujourd'hui à une responsabilité collective du Secrétariat, des Etats membres et du Conseil de sécurité dans sa gestion, le Secrétaire général a souligné la nécessité vitale de réussir la réforme de l'ONU qui devrait être adoptée la semaine prochaine au sommet mondial.

« Peu d'entre nous, au Conseil de sécurité ou au Secrétariat, aurons plaisir à lire les conclusions du rapport d'enquête », a déclaré aujourd'hui le Secrétaire général devant le Conseil de sécurité, réuni pour entendre les conclusions finales du rapport de la Commission d'enquête indépendante (CEI) sur le Programme pétrole contre nourriture, présentée par son président, Paul Volcker.

image • Retransmission de la séance du Conseil de sécurité[90mins]

Toutefois, « je n'ai aucun doute que l'Organisation bénéficiera des conclusions du rapport », a indiqué Kofi Annan.

« Le rapport me critique personnellement et j'accepte cette conclusion ». Il a rappelé que le premier rapport avait conclu qu'il n'avait « pas influencé ou tenté d'influencer le processus d'attribution de marché publics », soulignant qu'il était « heureux de constater que cette conclusion était réaffirmée ».

Il a ajouté qu'il acceptait la conclusion d'alors selon laquelle il n'avait pas été « suffisamment diligent ou efficace dans la poursuite d'une enquête après avoir appris que la société qui employait son fils [Kojo Annan] avait remporté le contrat d'inspection humanitaire » (voir notre dépêche du 29 mars 2005). « Je le regrette profondément », a déclaré le Secrétaire général.

Quant aux réalisations du programme, la CEI souligne que le Programme a effectivement réussi à restaurer et maintenir un niveau minimal de nutrition et de santé en Iraq, tout en empêchant Saddam Hussein d'acquérir des armes de destruction massive.

La CEI souligne aussi que la corruption au sein du programme a été menée par des sociétés privées manipulées par le gouvernement de Saddam Hussein.

Réaffirmant les conclusions de ses rapports intérimaires, le dernier rapport Volcker souligne que le Programme souffrait de « pratiques administratives déficientes et d'un contrôle et d'un audit inadéquats », a rappelé le Secrétaire général.

Ce dernier a également souligné « une démarcation peu claire des rôles et des responsabilités entre le Conseil, le Comité 661 [du nom de la résolution qui imposait des sanctions à l'Iraq] et le Secrétariat », notamment en ce que le Conseil de sécurité retenait certains éléments de contrôle opérationnel au sein du Comité 661, « composé de diplomates nationaux recevant des instructions fortement politiques de la part de leurs gouvernements, mais n'étant disposés à prendre des décisions qu'à l'unanimité de ses 15 membres ».

Pour l'avenir, le Secrétaire général a appelé les Etats Membres à réfléchir et à prendre en compte les propositions formulées par le rapport, qu'elles portent sur la mise en place de règles claires de responsabilité et d'information, afin que chacun connaisse exactement ses responsabilités, ou sur les mécanismes de surveillance.

« Une chose est claire à présent. Les conclusions de la Commission d'enquête soulignent l'importance vitale des réformes de gestion proposées, dont nombre d'entre elles sont négociées en ce moment même à l'Assemblée générale », en vue de leur adoption au sommet mondial 2005, qui se tiendra la semaine prochaine à New York ».

« J'ai déjà commencé des réformes de gestion qui relevaient de mon domaine de compétence. Mais de nombreuses décisions ne peuvent être prises que par l'Assemblée générale », a rappelé le Secrétaire général, qui a estimé « vitale » une réforme des règles budgétaires et relatives aux ressources humaines pour sortir d'une bureaucratie « trop lourde et trop lente » et l'instauration d'une structure plus solide et mieux financée d'audit interne, indépendante du Secrétaire général comme de l'interférence politique des Etats membres (voir, sur les réformes déjà lancées, notre dépêche du 17 mai 2005).

« Les conclusions du rapport sont embarrassantes pour nous tous », a-t-il souligné, rappelant « qu'aucun d'entre nous, Etats Membres, Secrétariat, Agences et Programmes ne peuvent être fiers ». « Et qui d'entre nous peut prétendre que l'ONU n'a pas besoin de réformes ? », a-t-il déclaré.

« Le sommet de la semaine prochaine offrira une occasion en or d'adopter ces réformes, mais les négociations sont terriblement en retard, ce qui conduit à un risque d'échec ». « J'espère avoir tort sur ce point », a conclu le Secrétaire général.

Interrogé par la presse, à l'issue de la séance, sur les leçons du rapport, le Secrétaire général a souligné qu'il souhaitait éviter les accusations mutuelles pour se concentrer sur les réformes à adopter.

Quant aux négociations en cours sur la réforme des Nations Unies en générale et la réforme de la gestion de l'ONU en particulier, le Secrétaire général a exprimé l'espoir que « les propositions de réforme ne seront pas diluées jusqu'à les vider de leurs sens ».

« C'est la première fois que l'Organisation s'est ouverte d'une telle façon », a-t-il par ailleurs souligné.

image • Retransmission du point-presse de Kofi Annan[9mins]

Prenant la parole à son tour devant la presse, l'ambassadeur de la France, Jean-Marc de la Sablière, a parlé d'une « responsabilité collective », « même si Saddam Hussein en est le premier responsable ».

image • Retransmission du point-presse de l'ambassadeur de France[7mins]

- Dossier pétrole contre nourriture sur le site de l'ONU