Les ressources humanitaires dans le monde à la recherche d'une meilleure coordination

13 juillet 2005

Les 20 crises humanitaires qui ont touché 26 millions de personnes en 2004 ont poussé le système d'assistance des Nations Unies dans ce domaine à ses limites, indique un rapport du Secrétaire général qui préconise le renforcement de la coordination des organisations humanitaires sous la direction de l'ONU et une modification du système de financement pour les appels d'urgence.

« Conçu il y a plus de 10 ans, le système d'intervention humanitaire des Nations Unies a subi des réformes il y a plus de sept ans. Dans de nombreux domaines, il a résisté à l'épreuve du temps. La complexité du contexte dans lequel nous travaillons aujourd'hui […] nous impose néanmoins d'actualiser nos systèmes et nos stratégies et d'améliorer nos mécanismes et nos instruments de sorte que la structure mise en place dans les années 90 soit plus efficace dans le contexte actuel », indique un rapport du Secrétaire général à l'Assemblée générale et au Conseil économique et social sur le Renforcement de la coordination de l'aide humanitaire et des secours en cas de catastrophe.

« D'après l'appel humanitaire global pour 2005, il est nécessaire de mobiliser 4,5 milliards de dollars pour venir en aide à 26 millions de personnes touchées par 20 situations de crise dans le monde. Si le nombre de crises humanitaires a diminué pendant l'année écoulée, le financement requis, lui, a augmenté de 25 % (soit 3,4 milliards de dollars), ce qui est la conséquence de l'ampleur et du caractère dévastateur des crises humanitaires qui se sont produites au cours des 12 derniers mois ».

L'assistance de l'ONU dans ce domaine couvre des situations aussi variées que les menaces à la sécurité humaine en Afghanistan, en Iraq, au Darfour (Soudan) et en République démocratique du Congo ou les catastrophes naturelles.

« Le tremblement de terre de grande ampleur qui est survenu au large de Sumatra (Indonésie) le 26 décembre 2004 et le tsunami qui y a fait suite ont provoqué de terribles catastrophes dans plus de 12 pays. Plus de 240 000 personnes ont péri et plus d'un million d'autres ont été déplacées. Les ouragans qui se sont abattus sur les Caraïbes à l'automne 2004 ont été les tempêtes les plus violentes de toute une décennie », rappelle le rapport.

« Les événements récents montrent que les organismes humanitaires sont capables d'intervenir massivement lorsqu'on le leur demande mais aussi, à l'évidence, que la qualité de leurs interventions n'est alors pas toujours garantie : d'une part, celles-ci ne répondent pas toujours en temps utile aux besoins essentiels des populations touchées et varient considérablement d'une crise à l'autre ; d'autre part, les moyens mis en œuvre ne permettent pas toujours de faire face à des situations d'urgence simultanées de grande ampleur ».

Bien que certains facteurs en cause – inaccessibilité des populations touchées et obstacles opposés à l'acheminement de l'aide, par exemple – soient propres à certaines crises, les plus grosses difficultés semblent parfois être d'ordre systémique, indique le rapport du Secrétaire général.

« Il existe au sein du système une capacité importante de déploiement. Toutefois, cette capacité est imprévisible, trop faible et dépendante d'effectifs essentiels insuffisants. Lorsqu'une crise majeure se produit, le système humanitaire est souvent incapable de réunir dans les délais voulus un ensemble approprié de compétences techniques et, lorsqu'il essaie de le faire, il fait toujours appel au même groupe de personnes ».

Pour répondre à ce défi, le rapport suggère « d'élargir et de maintenir les services humanitaires communs essentiels », de « s'efforcer systématiquement de mettre en place et de rétablir les capacités nationales et locales d'intervention en cas d'urgence, en particulier en Afrique », de « recenser et/ou mettre au point des connaissances techniques spécialisées pour les crises majeures dans les domaines de l'eau et de l'assainissement, des abris et de la gestion des camps, et de la protection », et de « mettre en place au niveau des pays des mécanismes de financement qui permettent de combler immédiatement les lacunes les plus graves ».

S'agissant par ailleurs de la coordination avec les organismes humanitaires hors du système de l'ONU, « la crise créée par le tsunami a montré que le système humanitaire disposait de moyens considérables qui bénéficieraient d'une amélioration des mécanismes de moyens en attente et de coordination, et de nombreuses propositions et initiatives ont été faites à cet égard ».

« Toutefois, ces moyens seraient utilisés de la manière la plus efficace – et les avantages humanitaires seraient potentiellement plus grands – s'ils étaient déployés sous l'égide ou la coordination des Nations Unies et non d'une manière isolée ».

Le rapport recommande en conséquence d'élaborer des « accords plus formels avec les organisations régionales » et de mettre en place des « procédures opérationnelles permanentes pour leur déploiement et les processus de coordination ».

Il propose aussi de « renforcer les procédures pour l'utilisation et la coordination des moyens militaires et d'établir des liens plus systématiques avec les principaux fournisseurs de contingents ».

Enfin, s'agissant du financement, le « Fonds central autorenouvelable d'urgence » [CERF selon son acronyme anglais] actuel ne répond plus toujours aux besoins d'urgence, indique le rapport, qui propose d'y introduire une composante « fondée sur des contributions volontaires pour consentir des avances de fonds qui sont normalement obtenues grâce à la procédure d'appel global, gérée sous l'autorité du Secrétaire général », indique le rapport de l'ONU.

Le Bureau de la Coordination des Affaires humanitaires (OCHA) rappelle que le CERFest un mécanisme financé par les donateurs qui permet aux agences d'opérer en attendant les contributions aux appels lancés. Les agences qui empruntent de l'argent à ce fonds doivent reverser les sommes dans un délai d'un an, sans payer d'intérêt.

Le 26 mai dernier, le Secrétaire général avait estimé que la crise du Darfour illustrait la nécessité « d'instituer un fonds humanitaire de taille raisonnable, qui nous donnerait les moyens d'agir très rapidement au lieu d'en appeler aux dons et d'attendre les contributions », a-t-il souligné, rappelant que dans certains cas « nous sommes déjà chanceux si nous obtenons 15% des contributions demandées » (voir notre dépêche du 26 mai 2005).

Dans son rapport intitulé « Dans une liberté plus grande: vers le développement, la sécurité et les droits de l'homme pour tous », Kofi Annan recommandait soit de renforcer le Fonds central autorenouvelable d'urgence existant, soit « de créer un nouveau mécanisme de financement ».

« Si l'on retient la seconde option, il faudra alors examiner attentivement la proposition avancée par des donateurs d'instituer un fonds de contributions volontaires d'un milliard de dollars », indiquait le Secrétaire général.

 

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