Romeo Dallaire plaide pour la création d'une force d'intervention internationale permanente

11 juillet 2005

Romeo Dallaire, ancien chef de la Mission de l'ONU au moment du génocide rwandais, a estimé aujourd'hui que le risque d'un « nouveau Rwanda » au Soudan ne pesait plus grâce à la présence des forces de l'Union africaine. Il a plaidé pour l'institution d'une force d'intervention internationale permanente et en faveur du concept de « la responsabilité de protéger ».

« Nous avons accéléré la phase II » du déploiement de l'Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS, selon son acronyme anglais), à savoir l'introduction de troupes dès le début du mois de juillet, a informé aujourd'hui le sénateur canadien Romeo Dallaire, présent à l'ONU pour des discussions informelles avec le Département des opérations de maintien de la paix, sur le Soudan.

Chef de la Mission de l'ONU au Rwanda en 1994, au moment du génocide, le lieutenant général Romeo Dallaire avait à l'époque fait part du dénuement total de sa Mission en matière de ressources, d'équipement, de personnel et de renseignement, plaidant depuis sans relâche pour un renforcement du mandat des missions de maintien de la paix qui se sont trouvées, au Rwanda comme plus tard en Bosnie, pieds et poings liées durant le déroulement de massacres de masse.

Avec le recul, Romeo Dallaire estimera qu'avec 5 000 ou 6000 hommes il aurait pu empêcher ou du moins réduire considérablement l'ampleur du génocide.

S'agissant du déploiement de la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS, selon son acronyme anglais), Romeo Dallaire a indiqué aujourd'hui que le début du déploiement d'une force de 7 700 soldats bénéficiait d'un soutien important de l'OTAN et de l'Union européenne, mais qu'il fallait dès maintenant prévoir la phase III, qui vise le retour des populations déplacées, espérant par ailleurs la mise en place rapide d'une force permanente de l'Union africaine (UA).

Interrogé sur la situation au Soudan, où il prévenait il y a quelques mois du risque d'un nouveau Rwanda, Romeo Dallaire a estimé que la situation avait changé, notamment avec la présence des troupes de l'UA.

« C'est un scénario totalement différent maintenant, avec une stabilisation raisonnable de l'Etat de droit, y compris dans les camps, et une présence humanitaire », a-t-il affirmé.

« Nous progressons vers une capacité de protection », a-t-il estimé, prévenant toutefois contre le risque de stabiliser trop longtemps les personnes déplacées, ce qui présente des dangers.

Il a ainsi rappelé l'expérience douloureuse de Goma, en République démocratique du Congo (RDC), où la « sur-assistance » de l'ONU aux populations déplacées, au lieu de les aider à repartir immédiatement dans leurs foyers, avait conduit à leur maintien dans les camps pendant près de trois ans, laissant ainsi le champ libre aux milices.

Interrogé sur le renforcement actuel des missions de l'ONU et sur le fait que cela correspondrait à ses souhaits en la matière, le sénateur Dallaire a indiqué qu'il aimerait être aussi optimiste quant au fait que l'on soit passé d'une « totale impartialité » et « d'un retrait absolu » à une « intervention contre les signes avant-coureurs d'un génocide ».

« La nouvelle doctrine » prévoit aujourd'hui que « les forces sur le terrain peuvent aussi participer au règlement du conflit, en lançant des opérations ciblées », a-t-il souligné.

Au Rwanda, a-t-il indiqué, « le mandat de la Mission m'aurait permis d'intervenir, mais il n'y avait personne pour le faire sur le terrain et il n'y avait pas non plus de volonté politique », a-t-il souligné.

Srebrenica, « échec retentissant » qui a eu lieu un an après le génocide du Rwanda, a également illustré le problème de « la présence de forces de l'ONU aux prises avec la complexité de l'interprétation du mandat sur le terrain et des règles d'engagement telles qu'interprétées par les Etats », a-t-il estimé.

A un journaliste qui rappelait qu'en 1994, après le Rwanda, le monde s'était exclamé « plus jamais ça », Romeo Dallaire s'est exclamé que c'était déjà le cas en 1948 à la création de l'ONU.

« Plus jamais ça », n'est pas un terme efficace. « Le génocide n'est pas une notion pratique pour la prévention ». « C'est un instrument juridique utile une fois que la catastrophe a eu lieu », a-t-il estimé.

« Combien de cadavres faut-il pour que l'on comprenne que le génocide doit être un concept qui invite à l'action préventive ou au moins à l'intervention pour arrêter une catastrophe », s'est-il demandé.

Interrogé par ailleurs sur le rôle des responsables de l'ONU de l'époque, le sénateur Dallaire a indiqué « qu'on ne renvoyait pas ces responsables parce qu'on avait l'impression qu'il ne répondaient pas aux défis du moment ». « On cherche ce qui ne va pas et on le corrige », a-t-il indiqué, en référence au fait que Kofi Annan était responsable des opérations de maintien de la paix en 1994.

« Ce que je trouve extraordinaire, c'est que Kofi Annan ait reçu le mandat de mettre en oeuvre des réformes, et ma plus grande crainte, c'est de savoir s'il restera suffisamment longtemps en place pour les mettre en oeuvre ».

« Les réformes issues du rapport Brahimi [sur les opérations de maintien de la paix] et celles lancées par le Secrétaire général [dans son rapport intitulé « Dans une liberté plus grande »] sont absolument cruciales pour le fonctionnement interne de cette Organisation et pour sa crédibilité face aux Etats Membres ».

Il s'agit de savoir « comment en faire un instrument efficace et comment mettre fin aux récriminations constantes qui en font un bouc émissaire », a-t-il souligné.

Romeo Dallaire a appelé les Etats Membres, dans la perspective du Sommet de septembre, à mettre en place une capacité d'intervention militaire internationale en mesure d'appuyer les capacités régionales.

« Ne vous bloquez sur la réforme du Conseil de sécurité », a-t-il appelé, rappelant qu'il faudrait plus de fonds, mais que c'était la responsabilité qui pesait sur le monde développé, face au 80% du monde restant, confronté à la douleur et à la souffrance.

Les membres du G-8, dans leur récente déclaration de Gleneagles, se sont engagés à former et à équiper, si nécessaire, près de 75.000 soldats, d'ici à 2010, en vue de prendre part à des opérations de soutien à la paix dans le monde, avec une attention particulière à l'Afrique (voir notre dépêche du 8 juillet 2005 sur la déclaration du Secrétaire général après le Sommet du G-8).

image• Retransmission du point presse [9mins]

 

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