Darfour : le HCR dénonce le fossé entre rhétorique et réalité du soutien financier

Darfour : le HCR dénonce le fossé entre rhétorique et réalité du soutien financier

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Malgré quelques rares retours volontaires, la situation sur le terrain demeure très difficile pour les quelque 700.000 déplacés au Darfour, indique l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, qui rappelle que sur les 31,3 millions de dollars demandés pour ses opérations dans la région, elle n'en avait reçu jusqu'à présent que 3,9 millions.

« Rentrant d'une mission de trois jours dans la région du Darfour au Soudan, la Directrice de la Division de la Protection Internationale de l'UNHCR, Erika Feller, a indiqué que, malgré des signes d'une stabilité plus grande dans certaines régions, la situation au Darfour est toujours incertaine, les populations subissent toujours la violence et des menaces pour leur sécurité », a déclaré aujourd'hui le porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), Ron Redmond, lors d'un point avec la presse au Palais des Nations à Genève.

Erika Feller était au Darfour pour évaluer les efforts actuels en vue d'améliorer la protection de quelque 700 000 personnes déplacées à l'ouest du Darfour.

La délégation de l'UNHCR qui comprenait également le Directeur des opérations pour le Soudan, Jean-Marie Fakhouri, s'est rendue dans plusieurs villages, camps et installations pour évaluer la situation des personnes déplacées. Elle a aussi visité des régions où ont eu lieu des retours volontaires, a indiqué le porte-parole.

« La mission s'est entretenue avec les autorités locales et les agences humanitaires sur la nécessité d'améliorer la coordination et d'accroître les efforts de protection aux personnes déplacées qui souffrent depuis longtemps de violences prochaines et de déplacement ».

La situation des femmes, qui s'aventurent hors des camps et des villages pour chercher de l'eau et du bois pour allumer le feu, demeure particulièrement préoccupante. Tout aussi inquiétant, les viols continuent d'avoir lieu, malgré l'attention accordée à ce problème par tous les acteurs impliqués dans le soutien des populations.

Une lueur d'espoir a été le jugement d'une cour nationale qui, deux jours auparavant, avait prononcé une sentence révoquant la conviction d'adultère d'une femme violée et ordonnant qu'elle ne soit pas envoyée en détention.

Erika Feller a aussi appelé à la fourniture des ressources nécessaires au personnel humanitaire pour accroître sa présence et ses activités.

« La protection a elle aussi un coût. Il y a ici une grande différence entre la rhétorique et le réel du soutien financier reçu pour les activités de protection », a-t-elle estimé.

Selon Ron Redmond, l'UNHCR a demandé 31,3 millions de dollars pour ses opérations au Darfour, et n'a jusqu'à présent reçu que 3,9 millions de dollars.

Sur une note plus positive, la mission conduite par l'UNHCR a trouvé des « poches » au Darfour où de meilleures conditions de vie ont permis quelques retours spontanés. L'UNHCR a identifié plusieurs villages où les personnes déplacées sont déjà rentrées chez elles avec pour but de retrouver leur vie précédente.

Le danger est d'éviter que l'aide apportée ne crée pas une fausse impression de sécurité et n'encourage pas de nouveaux retours, alors que la sécurité n'est pas restaurée, indique le HCR.

Rappelant que le conflit a pour origine une lutte pour la maîtrise des ressources raréfiées, l'agence de l'ONU pour les réfugiés souligne qu'il est essentiel que les ressources naturelles au Darfour soient préservées pour éviter tout autre déplacement ou conflit, à court ou long terme.

L'UNHCR dispose de trois bureaux au Darfour – deux à l'ouest et un au sud. L'ouverture de sept autres bureaux sur le terrain est prévue. Nous y avons déjà déployé plus de 50 employés, la plupart sont chargés de la protection des populations, a conclu Ron Redmond.