Jean Arnault appelle le Conseil de sécurité à appuyer la coopération anti-terroriste entre l'Afghanistan et le Pakistan

24 juin 2005

« Force est de constater, après trois années d'efforts, que les capacités de nuisance et de blocage des extrémistes n'ont pas diminué », a estimé aujourd'hui l'Envoyé de l'ONU en Afghanistan devant le Conseil de sécurité. Jean Arnault a appelé le Conseil à « appuyer de sa propre autorité » le renforcement de la coopération anti-terroriste entre l'Afghanistan et le Pakistan, afin d'assurer le déroulement pacifique des élections parlementaires et la stabilité des institutions démocratiques.

« L'achèvement du processus de Bonn est en vue. Sans doute la transition politique est-elle un peu trop en avance sur la construction de l'État, qui reste très fragile et sur la reconstruction économique, qui reste fragmentaire et sous le coup des distorsions provoquées par la culture de la drogue. Le gouvernement et le nouveau parlement devront redoubler d'efforts pour rattraper ces retards avant d'être rattrapés eux-mêmes par un désenchantement populaire à l'égard de l'expérience démocratique », a déclaré aujourd'hui le Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Afghanistan, Jean Arnault, lors d'un exposé au Conseil de sécurité.

« Mais pour difficiles que soient ces circonstances, avec l'appui de la communauté internationale elles ne sont pas insurmontables. En revanche, la condition préalable à la réussite de cette difficile entreprise, c'est le rétablissement de conditions minimum de sécurité. Sans elles, pas de salut », a-t-il souligné.

Jean Arnault a souligné que l'avertissement lancé lors de son dernier exposé quant à l'insécurité était « devenu de plus en plus pressant au cours des trois derniers mois, alors que le pays est confronté à une escalade tant dans le nombre que dans la gravité des incidents qui affectent plusieurs provinces du pays ».

« Cette violence n'est pas seulement une cause de souffrance injustifiable dans un pays qui sort de près de trente années de conflit permanent, elle hypothèque les efforts de reconstruction dans les régions les plus affectées ».

« C'est ainsi qu'après avoir prévu d'accroître leur présence dans les provinces du Sud et de l'Est, les agences des Nations Unies sont à nouveau, comme beaucoup d'autres organismes internationaux ou nationaux, contraintes à un profil très bas qui ne peut pas ne pas avoir de répercussions sur la quantité et la qualité des projets de reconstruction dans ces régions ».

En outre, une aggravation de l'insécurité ferait peser sur le processus électoral une menace qu'il ne faut pas sous-estimer, a-t-il souligné, rappelant le meurtre récent de plusieurs employés électoraux (voir notamment notre dépêche du 23 juin 2005).

« À cette violence extrémiste, le gouvernement de l'Afghanistan, celui du Pakistan et les forces internationales trouvèrent l'année dernière une réponse efficace », a-t-il souligné, appelant la communauté internationale à « s'attaquer résolument aux sources de financement des éléments fondamentalistes, aux sanctuaires où l'entraînement a lieu, et aux réseaux qui les soutiennent et qui ont manifestement décidé d'investir des ressources considérables pour contrecarrer les efforts de stabilisation que les autorités afghanes et la communauté internationale ont entrepris depuis trois ans ».

« Nous nous félicitons des contacts qui ont été pris récemment au plus haut niveau des gouvernements afghans et pakistanais. Dans son rôle de garant de la sécurité internationale, le Conseil de sécurité se doit de suivre de près cette situation et d'appuyer de sa propre autorité le renforcement de la coopération anti-terroriste dont l'Afghanistan a besoin aujourd'hui ».

« Sans alarmisme, je veux attirer l'attention du Conseil sur les conséquences de ce climat de violence pour la transition politique en Afghanistan », a indiqué le Représentant spécial et chef de la Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), prévenant que l'autorité des institutions sera de courte durée si la question de l'insécurité n'est pas réglée.

« L'insécurité de 1992 à 1994 avait fait le lit du Taliban. Leurs chefs actuels et ceux qui les soutiennent semblent faire le calcul que - les mêmes causes produisant les mêmes effets - l'insécurité et ses répercussions sur la reconstruction suffiront, quels que soient les progrès réalisés dans le domaine politique, à maintenir le pays dans une situation d'instabilité où toutes les options resteront ouvertes ».

L'Envoyé de l'ONU pour l'Afghanistan a par ailleurs présenté un tableau de l'évolution du processus électoral, rappelant que l'administration électorale s'est déployée dans tout le pays, avec huit centres régionaux.

L'Organe mixte d'administration des élections (JEMB, selon l'acronyme anglais) emploie à l'heure actuelle 350 membres du personnel internationaux et 8.000 membres locaux, mais le jour de l'élection prévue pour septembre prochain, ces chiffres s'élèveront respectivement à 500 et 200.000.

Jean Arnault a expliqué par ailleurs qu'une commission avait été créée pour examiner les plaintes qui risquent de surgir à l'occasion des élections.

Près de 6.000 candidats se sont présentés pour les 249 sièges à la Chambre basse du Parlement et aux 420 sièges des 34 Conseils provinciaux, dont 12% de femmes, ce qui est supérieur au quota prévu.

Le Représentant spécial a précisé que 12% des candidats étaient affiliés à un parti, ce qui montre que ces derniers n'ont pas grand soutien et que les électeurs auront un choix varié parmi de nombreux indépendants.

A cet égard, il a souligné la préoccupation de la MANUA quant au risque de « détournement de l'élection » par d'actuels chefs de guerre et rappelé l'initiative lancée, en vertu de la loi électorale qui interdit qu'un candidat ne se présente s'il a encore des liens avec un groupe armé, pour procéder à leur désarmement (voir notre dépêche du 21 juin 2005). Il a souligné à cet égard que le désarmement de près de 60.000 soldats avait facilité les choses, et que la prochaine étape viserait à désarmer quelque 180.000 hommes appartenant à des groupes armés illégaux qui posent encore une menace à la sécurité dans le pays.

Enfin, Jean Arnault a plaidé pour un financement adéquat de l'élection, à laquelle il manque encore 78 millions de dollars, sans compter le déblocage de 34 millions de dollars supplémentaires attendus par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

« Le calendrier électoral est très serré, a-t-il souligné, indiquant que tout retard dans le financement s'accompagnerait d'un retard dans la tenue de l'élection ».

Par ailleurs, le Directeur exécutif de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Antonio Maria Costa, présent à cette séance du Conseil, a estimé que la culture de l'opium déclinerait en 2005 du fait de l'impact de la campagne gouvernementale mais aussi de l'influence religieuse.

Rappelant que les trafiquants et les insurgés afghans contrôlaient des organisations quasi-militaires, il a souhaité une réponse qui soit à la hauteur du défi. À titre d'illustration, il a salué l'intervention des Forces spéciales de lutte contre les stupéfiants sur le marché de la drogue de la région Helmand's Garmser, à la frontière pakistanaise, qui a été bien accueillie par la population locale.

Il a par ailleurs mis l'accent sur l'insuffisance du système judiciaire en Afghanistan et la fragilité des institutions, faisant référence à la corruption et à l'intimidation qui sapent les efforts en cours.

image• Retransmission de la séance du Conseil de sécurité [47mins]

 

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