Cameroun/Nigeria : le sommet de Genève relance le processus de démarcation de Bakassi

11 mai 2005

Invités à Genève par Kofi Annan, les présidents du Cameroun et du Nigeria sont parvenus à relancer le processus de démarcation de la péninsule de Bakassi, sur les bords du Lac Tchad, territoire attribué au Cameroun en vertu d'un arrêt de la Cour internationale de justice de 2002.

Le Secrétaire général, le Président Paul Biya du Cameroun et le Président Olusegun Obasanjo de la République fédérale du Nigéria ont « examiné l'état d'avancement du processus de démarcation » de la péninsule de Bakassi et ont « pris note des progrès réalisés sur place en conformité avec l'Arrêt de la Cour internationale de Justice du 10 octobre 2002 », indique un communiqué publié à l'issue du mini sommet qui s'est tenu aujourd'hui à Genève à l'invitation de Kofi Annan.

Les deux chefs d'État sont convenus de poursuivre la mise en œuvre du processus de délimitation de la frontière maritime selon l'Arrêt de la Cour (voir notre dépêche du 10 mai 2005).

Le Secrétaire général a engagé les deux pays à fournir tout l'appui nécessaire au succès de ces opérations, saluant notamment les « retraits et transferts d'autorité qui s'étaient effectués sans heurts le long de la frontière terrestre en juillet 2004 ».

Selon le communiqué, « un nouveau programme de retrait des troupes nigérianes sera mis au point et convenu dès que possible par les deux Présidents et le Secrétaire général ».

Par ailleurs, les parties ont remercié le Royaume-Uni pour sa contribution de 1 million de livres sterling au fonds d'affectation spéciale pour la démarcation et ont salué la perspective « d'un financement supplémentaire de 4 millions d'euros de la part de la Commission européenne, en sus du montant de 400 000 euros déjà accordé à la Commission mixte ».

Etablie en novembre 2002 par le Secrétaire général à la demande des Présidents du Cameroun et du Nigeria, la Commission mixte est chargée de faciliter l'application de l'arrêt de la Cour Internationale de Justice (CIJ) du 10 octobre 2002.

En 1994, le Cameroun avait demandé à la CIJ de régler le différend frontalier qui l'oppose au Nigeria, en particulier la question de la souveraineté sur la péninsule de Bakassi et sur les îles du lac Tchad, et de préciser le tracé de la frontière terrestre et maritime entre les deux pays.

Après huit ans de procédure, la Cour avait rendu son jugement, le 10 octobre 2002, décidant que la péninsule de Bakassi et la région contestée du lac Tchad relevait de la souveraineté du Cameroun.

Prenant la parole à l'issue de la conférence, le Président Biya, du Cameroun, a déclaré « qu'il rentrait confiant ». « Nous avons pris des décisions, d'abord pour relancer le processus de délimitation des démarcations de la frontière ».

« Et puis cela signifie également que tout le monde, y compris le Nigeria, reconnaît la souveraineté du Cameroun telle que définie par les traités antérieurs et surtout par l'arrêt de La Haye », a-t-il ajouté.

Interrogé pour sa part sur le « cadre colonial » qui a présidé à la démarcation, le Président Obasanjo, du Nigeria a rendu hommage à la sagesse de l'un des principes fondateurs de l'Union africaine, qui était que les frontières coloniales étaient « sacro-saintes ».

« Si cela n'avait pas été fait, nous aurions eu des querelles et des guerres sans fin en Afrique. Par exemple, ma propre tribu, les Yorubas, sont présents au Nigeria, en République du Bénin, au Togo. Si l'on décidait de rassembler tous les Yorubas, il faudrait ouvrir un conflit du Nigeria au Togo. Il faut donc maintenir l'état actuel des choses ».

« Mais je sais aussi que si nous poursuivons les programmes et politiques de l'Union africaine, nous aurons bientôt une Afrique sans frontières. Et pour moi ce n'est pas la bonne direction », a déclaré Olusegun Obasanjo, qui est Président en exercice de l'Union africaine.

 

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