Les allégations d'abus sexuels aux Nations Unies en augmentation en 2004, selon un rapport du Secrétaire général

Les allégations d'abus sexuels aux Nations Unies en augmentation en 2004, selon un rapport du Secrétaire général

Le nombre d'allégations d'abus sexuel qui s'élève à 121 et qui concerne principalement les opérations de maintien de la paix, a doublé en 2004, indique un rapport du Secrétaire général à l'Assemblée générale pour qui ce chiffre préoccupant est appelé à croître avec les nouvelles mesures pour encourager le signalement des abus. La Vice Secrétaire générale s'est par ailleurs félicitée des réactions au récent projet de politique de l'ONU en matière de signalement des abus.

Le Secrétaire général a rendu public hier un rapport à l'Assemblée générale, présentant les résultats des informations fournies par 47 entités des Nations Unies, parmi les départements et bureaux du Secrétariat de l'ONU, les institutions spécialisées et les fonds et programmes des Nations Unies, sur les allégations d'abus sexuels enregistrés en 2004.

A cet égard, le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric, lors de son point quotidien avec la presse, au Siège de l'ONU à New York, a indiqué que la Vice Secrétaire générale, Louise Fréchette, avait reçu un grand nombre de propositions constructives en réponse au projet de politique interne pour la protection de ceux qui signalent des abus, posté sur le site interne de l'ONU il y a de cela trois semaines.

« C'est la première fois qu'une décision en matière de politique interne de cette ampleur suit un tel processus de consultations internes », a-t-il indiqué, précisant que cela ne remplaçait pas le processus de consultations formelles avec les organes du personnel de l'ONU.

L'Assemblée générale avait prié le Secrétaire général, dans la résolution 57/306 du 15 avril 2003, de tenir un dossier des enquêtes menées sur des actes d'exploitation sexuelle ou des infractions connexes commis par du personnel humanitaire ou de maintien de la paix, et de toutes les mesures prises à la suite de ces enquêtes.

« Il en ressort que six entités ont signalé que des enquêtes sur de nouveaux cas avaient été ouvertes pendant l'année, portant le nombre total de cas signalés à 121 », indique le rapport, qui contient des détails en annexe.

« Le nombre total (121) d'allégations d'exploitation et d'abus sexuels enregistré en 2004 a plus que doublé par rapport à celui (53) enregistré en 2003. Cette augmentation des allégations est extrêmement préoccupante », estime le Secrétaire général.

« Il convient de noter, toutefois, qu'il se peut qu'elle résulte en partie des mesures nouvellement, appliquées pour prévenir et sanctionner l'exploitation et les abus sexuels ».

Le rapport souligne que des personnes ont été spécialement désignées pour faciliter la réception des plaintes, que les procédures de signalement ont été plus clairement définies, et que les personnels d'encadrement ont clairement et publiquement indiqué que l'exploitation et les abus sexuels ne seraient pas tolérés.

« Dans ce nouvel environnement de travail, on peut s'attendre à ce que les victimes et les personnels des Nations Unies et autres soient plus enclins à se manifester », estime le Secrétaire général.

Seize allégations ont été signalées par toutes les entités des Nations Unies autres que le Département des opérations de maintien de la paix. Les types d'allégation vont de propos inconvenants à l'agression sexuelle et au viol.

Toutefois, la majorité de l'ensemble des allégations, soit 105 sur un total de 121, émane du Département des opérations de maintien de la paix, indique le rapport.

Quarante-cinq pour cent d'entre elles sont des allégations de rapports sexuels avec des mineurs et 15 % des allégations de viol ou d'agression sexuelle. Plus d'un tiers (31 %) concernent des rapports sexuels avec des prostituées adultes et les 6 % restants concernent d'autres formes d'exploitation et d'abus sexuels.

« Bien que les allégations aient doublé depuis 2003, le Secrétariat a conscience qu'elles ne reflètent sans doute pas l'étendue véritable du problème », indique le rapport qui précise que des dispositifs de plainte n'ont pas encore été mis en place dans de nombreux lieux d'affectation éloignés.

Même si certains personnels des Nations Unies sont sans doute maintenant plus disposés à faire des signalements, il est possible que d'autres n'aient toujours pas confiance dans les dispositifs de plainte et d'enquête ou les procédures disciplinaires actuels, et certaines victimes ont sans doute encore trop peur pour oser déposer une plainte.

Les doutes quant à la confidentialité du processus sont un autre élément dissuasif, indique le rapport.

Certaines entités des Nations Unies ne disposent pas des ressources nécessaires pour soutenir des actions de prévention de l'exploitation et des abus sexuels. Qui plus est, lorsque les faveurs sexuelles sont accordées contre de l'argent ou un emploi, les victimes n'ont guère d'incitation économique ou autre à se plaindre, si bien que cette forme de comportement fautif n'est probablement en grande partie jamais signalée. Le Secrétariat continue d'œuvrer à l'amélioration de ces mesures, précise le Secrétaire général.

Le rapport expose par ailleurs en détail les mesures prises par l'ONU pour lutter contre ce phénomène, sur la base notamment des propositions commanditées par le Secrétaire général auprès du Prince Zeid Ra'ad Zeid Al-Hussein, Représentant de la Jordanie, et présentées dans son rapport sur les abus sexuels dans les missions de l'ONU (voir notre dépêche du 24 mars 2005 et du 4 avril 2005 .