Fistule obstétricale : une maladie qui touche plus de 2 millions de femmes

5 mai 2005

La fistule obstétricale, lésion du périnée source d'incontinence chronique, touche plus de 2 millions de femmes dans le monde. Alors que des soins appropriés pourraient épargner des centaines de milliers de femmes chaque année, le département de l'information de l'ONU a choisi de faire figurer cette maladie dans sa liste 2005 des « Dix sujets dont le monde n'entend pas assez parler ».

« Répandue dans l'Afrique subsaharienne, l'Asie du Sud et certains États arabes, la fistule obstétricale touche plus de 2 millions de filles et de femmes dans le monde entier. Pourtant, la fistule obstétricale est l'un des problèmes les plus négligés de la santé en matière de reproduction », indique le département de l'information de l'ONU dans un communiqué qui attire l'attention sur sa liste 2005 des « Dix sujets dont le monde n'entend pas assez parler » (voir notre dépêche du 3 mai 2005).

« Entre 50 000 et 100 000 nouveaux cas se déclarent chaque année », précise le département de l'information de l'ONU.

« Causée par un accouchement prolongé ou par son arrêt, une fistule est un trou qui se forme entre le vagin d'une femme et sa vessie ou son rectum, la frappant d'incontinence chronique », indique la fiche technique du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA).

« Dans la plupart des cas, le bébé meurt », précise l'agence de l'ONU pour la population.

« La fistule obstétricale est doublement douloureuse pour la femme qui non seulement perd son bébé mais aussi sa dignité », a déclaré Thoraya Ahmed Obaid, directrice de l'UNFPA.

« Chez les femmes atteintes d'une fistule, l'odeur d'urine ou d'excréments est permanente et constitue une source d'humiliation. Les conséquences sociales sont tragiques : de nombreuses filles et femmes atteintes d'une fistule sont ostracisées par la société et abandonnées par leur mari », indique l'UNFPA.

« La fistule est plus qu'un problème de santé féminine. Elle affecte ordinairement les membres les plus marginalisés de la société ? des filles pauvres, analphabètes, et des jeunes femmes vivant dans des zones reculées ».

Grossesse précoce, malnutrition et accès limité aux soins obstétricaux d'urgence, sont les causes principales de la fistule. « Cette maladie peut être prévenue si l'on s'efforce de différer le mariage et la grossesse précoces, d'élargir l'accès aux services de planification familiale et de donner accès en temps utile aux soins obstétricaux d'urgence - en particulier aux césariennes pour remédier à l'arrêt de l'accouchement ».

« Elle peut être traitée grâce à une intervention chirurgicale, dont les taux de succès vont jusqu'à 90 % dans les cas simples. La plupart des femmes reprennent une vie normale après avoir reçu des conseils et s'être réinsérées dans leur communauté ».

« Mais le coût du transport pour atteindre un centre spécialisé, subir une intervention chirurgicale et recevoir des soins postopératoires (environ 300 dollars) est souvent prohibitif. Les centres de traitement sont très peu nombreux et il n'y a pas assez de médecins et d'infirmières spécialement formés ».

En 2003, l'UNFPA a lancé au niveau mondial une Campagne pour éliminer les fistules dans le but de rendre la fistule aussi rare dans les pays en développement qu'elle l'est dans le monde industrialisé. Un objectif clef est de mettre en lumière l'importance des soins obstétricaux d'urgence pour toutes les femmes enceintes. Oeuvrant de concert avec les partenaires gouvernementaux, les ONG et la communauté internationale, la campagne est actuellement en cours dans plus de 25 pays.

Au Bangladesh, où environ 70 000 femmes sont atteintes de la fistule obstétricale, un centre de chirurgie de la fistule a été créé au Collège médical de Dhaka. En Zambie, la campagne prête appui au groupe de chirurgie de la fistule à l'hôpital de mission de Monze. Les premiers efforts ont contribué à faire mieux prendre conscience du problème et ont amélioré la qualité des soins. Au Soudan, une campagne nationale a été lancée avec pour mot d'ordre « La fistule : nous devons nous en préoccuper ». L'UNFPA a acheté de l'équipement médical et des fournitures pour le Centre de la fistule situé à Khartoum, au Soudan, l'un des rares dans le pays.

Sur les « Dix sujets dont le monde n'entend pas assez parler », voir également notre dépêche du 4 mai 2005 sur la Somalie.

 

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