Conseil de sécurité : Israéliens et Palestiniens doivent faire plus pour assurer la paix

21 avril 2005

Malgré le retrait annoncé par Israël de la Bande de Gaza, prévu pour l'été prochain, la situation reste fragile au Moyen-Orient et nécessitera davantage de mesures pour renforcer la confiance, selon le responsable de l'ONU aux affaires politiques, qui a cité l'arrêt définitif des colonies par Israël et des mesures efficaces pour désarmer les factions armées par l'Autorité palestinienne et une meilleure coordination entre les deux.

« Les récents évènements au Moyen-Orient confirme un potentiel pour la paix, mais le processus est encore fragile en raison du regain de suspicion quant à la volonté respective des parties israélienne et palestinienne » a déclaré aujourd'hui le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, Kieran Prendergast, venu présenter lors d'une séance du Conseil de sécurité un exposé sur la situation au Moyen-Orient.

« C'est dans ce contexte qu'Israël prépare le démantèlement, cet été, de ses colonies de peuplement dans la bande de Gaza et dans le nord-ouest de la Cisjordanie. Un retrait intégral constituerait un pas important vers la réalisation de la vision de deux États vivant côte à côte dans la paix et la sécurité. Le défi pour les parties et la communauté internationale est maintenant d'entreprendre toutes les actions possibles pour que ce désengagement ait lieu », a poursuivi M. Prendergast.

Il a rappelé que le Quatuor pour le Moyen-Orient avait nommé le 14 avril dernier James Wolfensohn, le Président sortant de la Banque mondiale, pour assumer les fonctions d'Envoyé spécial.

« Il aura pour tâche de coopérer avec les deux parties et d'aider à la relance de l'économie palestinienne au lendemain du retrait, relance pour laquelle M. Wolfensohn est, selon le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, le candidat le plus qualifié ».

S'agissant du retrait israélien de la Bande de Gaza, le Secrétaire général adjoint a rappelé qu'au plan interne, le Gouvernement israélien avait désormais consolidé sa position mais qu'en dépit « du soutien de la Knesset [le Parlement] et de l'opinion publique, certains éléments de la société israélienne ont manifesté leur opposition au projet du retrait du Gouvernement ».

« L'Autorité palestinienne a affirmé de son côté qu'elle était prête à coopérer avec les autorités israéliennes pour mettre en œuvre le désengagement, en dépit de préoccupations politiques sur l'unilatéralisme de cette initiative », a-t-il souligné, précisant que Mahmoud Abbas a ainsi établi un comité ministériel pour la coordination, dirigée par le Premier Ministre palestinien, qui aura pour mission de préparer le retrait et de réfléchir à des stratégies de long terme pour la période qui suivra.

Le Secrétaire général adjoint a par ailleurs prévenu que la communication et la coopération serait indispensable pour réussir le retrait, notamment au lendemain de la période de transition. Il a ainsi salué la réunion de haut niveau que tenait aujourd'hui le Vice-Premier Ministre israélien Peres, et le Premier Ministre palestinien Qurei, avec les ministres de la défense isralien, Mofaz et palestinien, Dahlan, afin de débattre des aspects économiques et militaires du désengagement.

L'Autorité palestinienne et la société civile doivent s'employer à rétablir l'état de droit et la sécurité, a-t-il souligné. Face à une réduction du nombre de morts résultant de violences et d'opérations militaires, l'optimisme et l'espoir continuent de prévaloir.

« Mais il faut cependant mettre un terme au cycle de violences et de représailles », a prévenu M. Prendergast, auxquelles se livrent les deux parties. Il n'y pas de solution magique à ce conflit, a-t-il affirmé, et les parties doivent mettre en œuvre les obligations qui leur incombent en vertu des dispositions prévues par la Feuille de route et des engagements pris récemment dans le cadre de Sommet de Charm el-Cheikh, en Égypte.

« Israël poursuit de son côté ses opérations militaires, ses campagnes d'arrestations, le maintien du couvre-feu et restreint les déplacements des populations civiles pour se prémunir contre toute atteinte à sa sécurité. Accusés de ne pas prendre les mesures qui s'imposent, les dirigeants palestiniens affirment le contraire, mais prétendent que c'est un processus long et délicat ».

« Les militants d'Al-Aqsa sont ceux qui s'opposent farouchement à l'Autorité palestinienne. C'est pourquoi, le Président Abbas a déclaré l'état d'alerte et entamé le redéploiement de ses forces de sécurité en Cisjordanie, qui seront prochainement réorganisées en trois agences placées directement sous la direction du Ministère de l'intérieur, comme l'exige la Feuille de route ».

Kieran Prendergast a cependant considéré qu'Israël pouvait faire beaucoup plus pour soutenir le Président Abbas dans cette voie. Il a relevé qu'en dépit des obligations prévues par la Feuille de route, les comités israélo-palestiniens chargés des fugitifs, des prisonniers et du transfert des grands centres urbains en Cisjordanie ne s'étaient pas rencontrés le mois dernier.

De plus, le contrôle de la sécurité n'a été transféré à aucune ville palestinienne au cours de cette même période et aucun prisonnier n'a été libéré. Le Secrétaire général adjoint s'est toutefois félicité des efforts renouvelés du général Ward, qui a apporté son aide à la réforme des services de sécurité palestiniens.

M. Prendergast a ensuite rappelé qu'une des principales obligations d'Israël, en application de la Feuille de route, est de mettre un terme à toute activité liée aux colonies de peuplement et de démonter les avant-postes installés depuis mars 2001. Il s'est inquiété du fait qu'Israël n'avait pas encore honoré ces obligations.

« Malgré les protestations de l'opinion internationale, le Premier Ministre Sharon a publiquement réitéré sa volonté de mettre en œuvre le plan E1 qui vise à relier Jérusalem avec la plus grande colonie de la Cisjordanie, Maale Adumim », a-t-il indiqué. Il a ajouté que l'Administration israélienne du domaine public (Israeli Lands Authority) avait lancé un appel d'offre pour la construction de 50 unités de logements à Elkana, en Cisjordanie.

« Le Président George Bush, lors de sa réunion avec M. Sharon, a déclaré qu'Israël ne devrait entreprendre aucune activité qui contrevienne aux obligations découlant de la Feuille de route », a rappelé le Secrétaire général adjoint. Cette position, a-t-il dit, est réaffirmée par le Quatuor.

En conclusion, a poursuivi Kieran Prendergast, « la fragilité de la situation se reflète dans l'économie palestinienne, qui subit toujours une crise ».

Il a cité le taux de chômage particulièrement élevé - entre 36% et 41% dans la bande de Gaza. Le mois de mars a cependant vu une amélioration dans les échanges commerciaux entre Israël et Gaza. Sur le plan fiscal, le Conseil législatif palestinien (PLC) a approuvé le plan budgétaire pour 2005.

En ce qui concerne la réforme de la structure de coordination des donateurs, le Secrétaire général adjoint a précisé que les discussions se sont poursuivies après l'examen du budget palestinien lors de la Conférence de Londres du 1er mars 2005 (voir notre dépêche du 9 mars 2005).

image• Retransmission de la séance du Conseil de sécurité[23mins]

 

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