Conférence d'Oslo : Kofi Annan demande 2,6 milliards de dollars pour aider le Soudan à se relever

Conférence d'Oslo : Kofi Annan demande 2,6 milliards de dollars pour aider le Soudan à se relever

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Alors que l'appel humanitaire 2005 pour le Soudan souffre déjà d'un important déficit de financement, le Secrétaire général a lancé un appel à contribution de 2,6 milliards de dollars pour financer les deux premières années de relèvement du pays, rappelant qu'à défaut, les accords de paix seraient menacés. Kofi Annan a aussi demandé l'aide du Gouvernement et des ex-rebelles du Sud pour parvenir à un règlement politique au Darfour.

Le Secrétaire général a rencontré en marge de cette réunion le Vice-Président soudanais, Ali Osman Mohamed Taha, et le Président du Mouvement de libération populaire du Soudan, John Garang.

« Le peuple du Soudan tout entier désire de l'eau potable, de la nourriture pour toute la famille, des écoles pour ses enfants, des soins de santé adéquats et un espoir de développement », a déclaré aujourd'hui le Secrétaire général à la Conférence des donateurs pour le Soudan qui s'est tenue à Oslo, où il était venu présenter un plan de relèvement pour le pays intitulé « Cadre pour une paix et un développement durables et pour l'élimination de la pauvreté », assorti d'un appel à contributions.

« Nous sommes réunis pour rassurer les parties sur le fait qu'elles ne sont pas seules dans leurs efforts pour mettre en place l'Accord de paix global », conclu entre le Gouvernement du Soudan et les rebelles du Sud, a déclaré le Secrétaire général (voir notre dépêche du 10 janvier 2005).

« Nous sommes aussi réunis pour nous souvenir du sinistre contexte historique de cette conférence : une mosaïque de vies détruites, des promesses brisées et le désespoir, dans lesquelles au moins deux millions de personnes ont été tuées, quatre millions d'autres déplacées et plus de 600.000 forcées de se réfugier dans les pays voisins », a-t-il souligné.

« Si nous avons appris une chose de l'expérience acquise, c'est que le relèvement après le conflit nécessite un investissement immédiat, tangible et bien planifié à long terme », alors que près de la moitié des situations d'après conflit retombaient dans la guerre cinq ans après la signature d'un accord de paix.

« Comment la population du Darfour pourrait-elle être un partenaire pour la paix lorsque 25% des enfants risquent de mourir avant l'âge de cinq ans ? Lorsque ces mêmes enfants n'ont que 25% de chances d'atteindre l'âge de 65 ans ? et lorsque 20% des enfants seulement vont à l'école ? », a demandé Kofi Annan.

Le Secrétaire général a rappelé les récentes résolutions du Conseil de sécurité sur le Soudan, avec la mise en place de la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS selon son acronyme anglais) (voir notre dépêche du 24 mars) et sur le Darfour en particulier, pour imposer des sanctions à ceux qui violent le cessez-le-feu (voir notre dépêche du 30 mars 2005) et pour référer à la Cour pénale internationale (CPI) les auteurs de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre (voir notre dépêche du 1er avril 2005).

« Ces mesures ne visent pas la population du Soudan, ni son Gouvernement, ni l'Islam – comme le prétendent certains. Il vise bien plutôt les individus responsables d'actes barbares que ni le peuple du Soudan ni le reste du monde ne tolèreront », a affirmé Kofi Annan, appelant à que « le mot Darfour ne devienne pas un 'code' pour un soutien hésitant ou ponctuel au reste du Soudan ».

Le Secrétaire général a rappelé aux parties que leur Accord de paix avait été conclu dans l'ombre de la crise au Darfour, qui perdure, et appelé à un règlement politique, exhortant « le Gouvernement, le Mouvement de libération du Soudan (SLM) et le Mouvement pour la Justice et l'Egalité (JEM) [les mouvements rebelles du Darfour], avec le soutien du Mouvement/Armée de libération du peuple soudanais (SPLM/A) [le mouvement rebelle du Sud du Soudan, qui a conclu l'Accord global avec le Gouvernement], à reprendre les négociations et à parvenir à un accord durable ».

« Aujourd'hui, nous avons identifié des besoins à hauteur de 2,6 milliards de dollars d'aide extérieure pour les deux ans et demi que durera la phase intérimaire », a précisé le Secrétaire général, ajoutant que le financement du Plan de travail pour 2005 avait connu des déficits considérables en termes de contributions, qu'il faut combler si l'on veut que les organisations humanitaires puissent venir en aide à des millions de Soudanais et aider la population à retourner dans ses foyers.

« D'ici à la fin 2005, il nous faut encore un peu moins d'un milliard de dollars, sur le chiffre total du Plan de travail de l'appel humanitaire de 1,5 milliard pour le Soudan », a précisé Kofi Annan, appelant à un « effort renouvelé avant la saison des pluies ».

La saison des pluies dans de nombreuses régions du Soudan cause des inondations rendant les routes impraticables et fait de l'assistance humanitaire une entreprise encore plus ardue.

Le Secrétaire général a par ailleurs souligné l'importance de la réinsertion des ex-combattants et de la création d'une armée et d'une police viables, ainsi que d'institutions judiciaires qui puissent servir le peuple conformément aux normes internationales.

Kofi Annan s'est félicité en conclusion du fait que le plan présenté aux donateurs avait été le fruit d'un véritable partenariat entre le Gouvernement et le SPLM, et avec leurs partenaires internationaux.

Prenant la parole devant la presse à l'issue de la conférence, Kofi Annan a indiqué, en réponse à une question sur la tendance des Etats à ne pas honorer leurs engagements financiers, « que les promesses de dons étaient bienvenues mais que l'argent liquide était encore mieux ».

- Dossier Soudan du site de l'ONU