« Dans une liberté plus grande » : le clivage sur le rapport du Secrétaire général se précise entre les Etats Membres

8 avril 2005
Les Nations Unies à New York

Le débat qui se tient à l'Assemblée générale sur le rapport du Secrétaire général précise le clivage entre les pays développés et en développement mais aussi entre l'Europe et les Etats-Unis. L'augmentation de l'aide au développement, le principe de la « responsabilité de protéger » et l'élargissement du Conseil de sécurité sont au centre de la polémique. Alors que l'Allemagne a annoncé la mise aux voix, au mois de mai prochain, d'un texte relatif à la réforme du Conseil, les Etats-Unis ont fait savoir qu'ils rejetaient l'idée d'une date butoir.

Alors que s'achève la première série de consultations informelles sur le rapport du Secrétaire général intitulé « Dans une liberté plus grande: développement, sécurité et respect des droits de l'homme pour tous », un document qui vise à rendre l'ONU capable de relever les défis du XXIe siècle dans les domaines du développement, de la sécurité internationale et des droits de l'homme, les interventions à l'Assemblée générale semblent préciser le clivage qui existe entre les pays développés et les pays en développement.

Là où les pays du Sud ont continué de relever des aspects « dénués d'ambition, imprécis, maladroits » voire « énigmatiques », les pays du Nord ont salué des propositions « pertinentes, cohérentes et claires », selon les mots du représentant de la France. « Ces propositions, nous pouvons les améliorer, les préciser ou les concrétiser mais c'est sur cette base que nous devons travailler », a insisté le représentant français.

La grande majorité des délégations a adhéré aux propositions relatives au développement, en particulier au calendrier pour une réalisation des objectifs fixés en matière d'aide publique au développement (APD), aux appels lancés à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pour une conclusion en 2006 des négociations du cycle de Doha sur l'ouverture des marchés ou encore aux recommandations sur l'allègement de la dette.

A l'inverse, les Etats-Unis ont rejeté l'idée d'un allègement de la dette et de l'établissement d'un calendrier pour porter l'APD à 0,7% du PIB des pays contributeurs. La représentante des États-Unis a rappelé le lien entre dette et remboursement et l'obligation faite aux pays en développement de promouvoir la bonne gouvernance pour mobiliser des ressources aux fins du développement.

La polémique concerne aussi les propositions relatives à la sécurité internationale. Ce sont surtout les mesures de lutte contre le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive (ADM) qui ont mis à jour la divergence des points de vue. Le représentant de la Fédération de Russie a dénoncé la tendance à mettre sur un pied d'égalité les actes terroristes et les mesures antiterroristes prises par les États.

S'agissant de la lutte contre la prolifération des ADM, le représentant de la République islamique d'Iran a estimé que la nouvelle distinction, proposée dans le rapport, sur l'accès aux technologies nucléaires pacifiques risque d'aggraver le fossé entre les pays dotés de l'arme nucléaire et ceux qui ne le sont pas. Le rapport fait référence aux questions de non-prolifération, en évitant pourtant l'objectif du multilatéralisme fixé par l'Assemblée générale dans sa résolution 59/69, a-t-il aussi noté.

En revanche, la recommandation de créer une commission de la consolidation de la paix a plutôt recueilli un avis favorable.

Au chapitre des droits de l'homme, les avis sont tranchés, notamment sur le principe de la « responsabilité de protéger » qui pour certains pays est perçue comme une atteinte à leur souveraineté nationale.

Candidat à un siège permanent au Conseil de sécurité, le Japon a été un des seuls pays, avec l'Allemagne, à considérer favorablement l'assertion du Secrétaire général selon laquelle le manque de consensus sur la réforme du Conseil ne saurait être un prétexte à l'inaction.

A Genève, Kofi Annan avait rappelé hier que l'élargissement du Conseil de sécurité était dans l'intérêt de tous les pays membres de l'ONU et qu'il était maintenant temps de prendre des décisions « difficiles ». L'absence de consensus sur la réforme ne peut pas être, selon lui, une excuse pour l'inaction (voir notre dépêche du 7 avril 2005).

Rappelant que cela fait 12 ans que la question est inscrite à l'ordre du jour, le représentant japonais a fermement appuyé la date butoir de septembre prochain. Prétendre qu'un vote diviserait ou serait antidémocratique participe d'une compréhension « étrange » de la démocratie, a renchéri l'autre candidat à un siège permanent, l'Allemagne.

Le représentant de l'Allemagne a annoncé la mise aux voix, au mois de mai ou juin, d'un texte relatif à cette réforme de même que celui du Japon qui a annoncé la présentation, au cours de l'été, d'une « résolution-cadre » sur les actions à suivre.

La date butoir fixée à septembre prochain a été rejetée par toutes les délégations, notamment par la Chine et les Etats-Unis, qui prônent l'idée du consensus.

Certaines ont souhaité, comme la représentante des États-Unis, qu'au cours du Sommet de septembre, la réforme institutionnelle de l'ONU ne vole pas la vedette à la question essentielle de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.

Les membres de l'Assemblée se réuniront de nouveau à partir du 19 avril, au sein de groupes thématiques pour négocier les recommandations qui seront soumises au Sommet de septembre 2005, consacré à l'examen de la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

Les recommandations se fonderont également sur l'analyse du rapport relatif à la sécurité internationale produit par le Groupe de haut niveau sur les défis, les menaces et le changement et sur celui du Projet du Millénaire, portant sur les moyens d'accélérer la mise en œuvre des OMD.

Voir, pour un compte-rendu des séances à l'ONU, le communiqué du 7avril du 6 avril et du 8 avril.

image• Retransmission des séances de l'Assemblée générale

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.