Burundi : le déficit alimentaire qui s'aggrave menace le processus de paix

16 mars 2005

Deux millions de Burundais auront besoin d'assistance alimentaire cette année, soit 40% de plus qu'en 2004, selon deux agences de l'ONU pour l'alimentation, qui préviennent que la détérioration de la sécurité alimentaire au Burundi menace le fragile processus de paix avec notamment le vote dernièrement d'une nouvelle Constitution qui met fin à 11 années de guerre civile.

Deux millions de Burundais auront besoin d'assistance alimentaire cette année, soit 40% de plus qu'en 2004, indique un communiqué de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) publié aujourd'hui conjointement avec le Programme alimentaire mondial (PAM), simultanément à Rome et Bujumbura.

Cette détérioration de la sécurité alimentaire menace le fragile processus de paix en cours dans le pays, préviennent la FAO et le PAM, avec notamment le référendum qui a eu lieu le 28 février dernier.

Le 28 février dernier, les Burundais ont voté « oui » à 90% pour une nouvelle Constitution qui prévoit de répartir plus équitablement le pouvoir entre l'ethnie hutu majoritaire et l'ethnie tutsie minoritaire mais traditionnellement dominante et mettra fin à 11 années de guerre civile (voir nos dépêches du 15 mars 2005 et du 3 mars 2005).

Un rapport d'évaluation, réalisé conjointement par la FAO, le PAM, l'UNICEF et le Gouvernement burundais sur les récoltes et les approvisionnements alimentaires, indique que le Burundi connaîtra un déficit alimentaire de 310 000 tonnes de céréales en 2005, comparé à 259 000 tonnes en 2004.

Ce déficit, peut-on lire dans le rapport, est dû principalement à des conditions climatiques défavorables affectant les récoltes de maïs et de haricots depuis 2003.

Le déficit alimentaire est particulièrement aigu dans les provinces du nord, du nord-est et du centre - zones traditionnellement considérées comme les greniers du Burundi.. Dans ces provinces, les familles se sont déjà résolues à vendre leur bétail et autres biens, y compris les toitures de leurs habitations, et à migrer vers d'autres zones à la recherche d'un emploi temporaire ou d'autres alternatives de survie.

Cette crise se produit au moment où le Burundi vient de s'engager sur la voie de la paix et de la stabilité, a déclaré Zlatan Milisic, Directeur du PAM au Burundi. « Après plusieurs années de guerre, les conditions de vie de la plupart des Burundais sont dures et la sécheresse est en train de créer une pression supplémentaire sur les populations déjà très pauvres ».

La crise alimentaire n'a fait qu'empirer depuis l'éclatement de la guerre en 1993, rappellent le PAM et la FAO.

Une enquête nationale sur la vulnérabilité à l'insécurité alimentaire, menée par le PAM en septembre 2004, indique que 16% de la population totale du Burundi (7,6 millions de personnes) vivent dans un état de déficit alimentaire chronique alors que 68% sont à la lisière de l'insécurité alimentaire.

Pour faire face aux besoins des plus nécessiteux, le PAM et la FAO comptent distribuer des semences, 150 000 houes et 120 000 tonnes de vivres à 369 000 familles, soit 2 millions de personnes.

Pour atténuer les conséquences de la diminution progressive du manioc, principale culture de soudure, la FAO a lancé un programme de multiplication rapide de boutures de patate douce et de distribution de boutures de manioc à 120 000 ménages pour la saison de 2005, a indiqué Moustapha S. Cassama, Représentant de la FAO au Burundi.

 

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