« La démocratie est mieux promue collectivement », selon la Communauté des démocraties réunie à l'ONU

10 mars 2005

Une réunion de la Communauté des démocraties s'est tenue aujourd'hui à l'ONU en préparation d'un sommet qui doit se tenir à Santiago le 28 avril prochain, afin de promouvoir la démocratie par la voie collective, plus convaincante que si elle est l'oeuvre d'un pays individuel.

Le Représentant du Chili à l'ONU, Heraldo Muñoz, a rendu compte aujourd'hui, d'une « très bonne réunion » de la Communauté des démocraties, qui compte plus d'une centaine de pays attachés aux valeurs des droits de l'homme, sur 'l'état de la démocratie dans le monde', en préparation de la conférence au niveau ministériel qui doit avoir lieu le 28 avril à Santiago, à l'initiative du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et du Gouvernement du Chili.

Particpaient également à cette conférence de presse, au Siège de l'ONU, à New York, José Miguel Insulza, Vice-Président et Ministre de l'Intérieur du Chili, José Ramos-Horta, Prix Nobel de la Paix et Ministre des Affaires étrangères du Timor-Leste et Mark Malloch-Brown, présent en sa qualité d'Administrateur du PNUD.

« Cela paraît être un très bon moment, car la démocratie semble se propager des rues du Kosovo à l'Afghanistan, l'Iraq, et la Palestine, où ont été tenues des élections sans précédent, sans compter les évolutions récentes en Egypte et au Liban », a déclaré Heraldo Muñoz.

« En dehors du programme individuel que peut avoir chaque pays, nous pensons que la démocratie est mieux promue par la voie collective. Si elle promue par un pays individuellement, il est possible que cela soit perçu comme la promotion d'intérêts cachés » a estimé l'ambassadeur du Chili.

Interrogé sur la manière dont étaient sélectionnés les pays membres de la Communauté des démocraties, l'Ambassadeur du Chili a expliqué qu'un comité de 24 pays décidait d'accorder le statut de membre à part entière ou d'observateur ». D'autres ont été exclus, par exemple le Népal vient d'être exclu, a-t-il indiqué.

Pour sa part, José Ramos-Horta, Prix Nobel de la Paix et Ministre des Affaires étrangères du Timor-Leste, a rappelé qu'un des critères envisageables serait de déterminer quels Etats ont démontré un engagement suffisant envers les droits de l'homme, en ratifiant les principaux traités dans ce domaine et en les transposant dans son droit interne, même s'il pouvait y avoir des problèmes de mise en oeuvre.

Répondant à une question sur l'initiative du Président des Etats-Unis, George Bush, qui a fait de la diffusion de la démocratie son cheval de bataille, Mark Malloch Brown a rappelé que quarante Présidents des Etats-Unis s'y étaient attelés auparavant et que si bien entendu l'ONU y était attachée, elle devait la faire passer « au prisme des réalités complexes » sur le terrain.

« Il ne faut pas non plus oublier que lorsque l'on accorde le droit de vote, les électeurs en font parfois un usage fort différent de ce que les promoteurs de la démocratie en attendaient », a-t-il ajouté.

Interrogé sur le « déclenchement d'un processus irréversible » au Moyen-Orient avec les élections en Iraq, ainsi que l'a qualifié le Président Bush, le Représentant chilien a déclaré que tout le monde était ravi des élections en Iraq et que l'ONU y avait contribué de façon importante.

« Il est peut-être trop tôt pour dire si cela a lancé une vague », mais si c'était le cas, il faudrait s'en féliciter et tout faire pour l'appuyer, a-t-il précisé, rappelant qu'il existait déjà auparavant des pays arabes démocratiques dans la région, comme le Liban.

Interrogé par ailleurs sur la tenue « d'élections libres et démocratiques au Liban, sans interférence syrienne, alors que le Président vient de nommer un nouveau Premier Ministre pro-syrien », Mark Malloch-Brown, Chef de Cabinet du Secrétaire général et Administrateur du PNUD, a rappelé que l'Envoyé spécial de l'ONU se trouvait dans la région en ce moment (voir notre dépêche d'aujourd'hui) et que Kofi Annan avait prévenu qu'il faudrait prendre en compte les forces pro-syriennes, comme le démontrait la manifestation du Hezbollah à Beyrouth.

« Cela démontre le caractère indispensable de l'ONU », a-t-il estimé, puisqu'il s'agit d'un Envoyé de l'ONU, non pas l'envoyé d'un pays en particulier, qui cherche un compromis entre le Liban, la Syrie et ses voisins. De même que c'est l'ONU qui est chargée d'enquêter sur l'attentat de l'ex-Premier Ministre Hariri (voir notre dépêche du 25 février 2005) et qui peut être considérée comme un « intermédiaire impartial et honnête ».

Interrogé sur le fait que « la démocratie en Argentine n'avait pas constitué une panacée », le Vice-Président chilien a estimé « qu'il n'y avait pas de situation montrant qu'il y avait des pays où la démocratie marchait mieux que dans d'autres », mais plutôt que la crise était née d'un déficit démocratique.

« Le problème en Amérique latine relève plutôt d'un manque de bonne gouvernance ». « Il existe encore 200 millions de personnes qui vivent avec 2 dollars par jour. Nous avons des problèmes de pauvreté, de gangs, de catastrophes naturelles qui sont aussi des problèmes de gouvernance et de déficit de démocratie », a-t-il indiqué.

Quant à la montée du pouvoir de la « Nouvelle Gauche » en Amérique latine, il a rappelé que tous ces partis, au Chili, en Argentine, en Uruguay et au Brésil, avaient une « longue histoire de lutte contre la dictature », et avaient « fait leurs preuves » en faveur de la démocratie, même si certains mouvements des années 60 avaient suivi une autre voie.

image• Retransmission de la conférence de presse[37mins]

 

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