Une Mission de l'ONU pour la paix et la reconstruction au Soudan

3 février 2005

Le Secrétaire général de l'ONU recommande au Conseil de sécurité le déploiement d'une Mission de près de 10.000 hommes dont le mandat devrait durer sept ans, pour aider le Gouvernement d'unité nationale, regroupant les autorités soudanaises et les rebelles, à mettre en oeuvre, dans une première étape, l'Accord Nord-Sud, dans un pays grand comme l'Europe occidentale.

« Dans une manifestation historique de sagesse après des décennies de conflits dévastateurs, le Gouvernement soudanais, représenté par le Vice-Président Ali Osman Taha, et le Mouvement/Armée de libération du peuple soudanais (SPLM/A), représenté par son président, John Garang, ont signé l'Accord de paix global le 9 janvier 2005, deux ans et demi après la signature du premier protocole à Machakos (Kenya) », rappelle le Secrétaire général en ouverture de son rapport au Conseil de sécurité publié aujourd'hui (S/2005/57).

« Il ne serait guère pratique d'attendre que la paix règne sur l'ensemble du territoire soudanais avant de soutenir les accords déjà obtenus. Le premier pas doit être d'appliquer l'Accord Nord-Sud et d'utiliser le processus pour aider les Soudanais à résoudre aussi d'autres conflits », estime le Secrétaire général.

« Gardant cela à l'esprit, je recommande au Conseil de sécurité, agissant en vertu du Chapitre VI de la Charte, d'autoriser le déploiement d'une opération multidimensionnelle des Nations Unies de soutien à la paix dotée d'un mandat inspiré des recommandations contenues dans le présent rapport et de ressources suffisantes ».

Le Chapitre VI de la Charte des Nations Unies, intitulé « Règlement pacifique des différends », prévoit en son article 38 que le Conseil de sécurité peut agir s'il « estime que la prolongation du différend semble, en fait, menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales ».

Le Secrétaire général propose que les effectifs soient ainsi répartis : « des effectifs militaires de 10 130 hommes, dont 750 observateurs militaires, 160 officiers d'état-major, des unités de soutien composées de jusqu'à 5 070 hommes, une composante Protection de la force de 4 150 hommes et 755 policiers civils ».

Dans son rapport, le Secrétaire général précise que « comme pour toutes les opérations de maintien de la paix relevant du Chapitre VI, le Secrétariat a tenu des consultations avec les parties concernant la liste des pays susceptibles de fournir des contingents », mais que malgré « des appels lancés à plus de 100 États Membres, le Secrétariat n'a reçu qu'un nombre très limité de réponses ».

Le Secrétaire général encourage par ailleurs les Etats à pleinement financer le plan pour 2005 et rappelle qu'une conférence sur la reconstruction, que le Gouvernement norvégien a généreusement accepté d'organiser, donnerait une occasion pour mobiliser les ressources internationales.

« La communauté internationale doit se tenir prête à tenir un engagement de longue durée » prévient Kofi Annan dans son rapport, soulignant que « la voie menant à une paix durable est semée d'embûches dans des domaines clefs : sécurité, gouvernance, état de droit, système judiciaire, droits de l'homme, dissolution, désarmement, démobilisation et réinsertion des milices et des groupes armés, préparation des élections, retour et réinsertion, secours, relèvement et développement durable ».

Le Secrétaire général prévient aussi que « le déploiement de la Mission et le soutien à lui apporter poseraient un problème considérable dans un pays de la superficie de l'Europe occidentale, et une zone de responsabilité mesurant environ 1 250 kilomètres sur 1 000 kilomètres, où le système de communications est médiocre, les routes ou les pistes d'atterrissage macadamisées sont rares et le réseau ferroviaire inexploitable ».

« On peut aussi prévoir des risques considérables que des groupes non parties à l'Accord de paix global cherchent à perturber par la violence l'application de l'Accord de cessez-le-feu; en outre, des éléments criminels peuvent chercher à s'attaquer aux organismes des Nations Unies à des fins de vols ou d'autres activités déstabilisantes. Il y a aussi des mines non repérées et un grand nombre de munitions non explosées dans toute la zone de responsabilité », précise le rapport.

« En raison de ces problèmes politiques et socioéconomiques, tout effort visant à aider avec succès à mettre en œuvre l'Accord de paix global requerrait une intervention de vaste envergure, soutenue et soigneusement coordonnée de la part de l'ONU et de ses partenaires internationaux », précise le Secrétaire général.

Kofi Annan estime néanmoins que « s'il est toujours justifié d'investir dans la paix, nulle part le mérite de cette entreprise n'apparaît plus clairement que dans le cas du Soudan », où « des ressources considérables sont nécessaires pour les secours et le relèvement, notamment le retour, le rapatriement et la réinstallation des personnes déplacées et des réfugiés, ainsi que pour les activités de développement envisagées par la mission conjointe d'évaluation ».

Le Président du Conseil de sécurité, annonçant le programme de travail pour le mois de février, a indiqué que demain, vendredi 4 février, le Conseil consacrerait une séance à un exposé de Jan Pronk, Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan (voir notre dépêche du 2 février 2005), qui sera suivie, le mardi 8 février, d'autre réunion d'information, à laquelle ont été invités les principaux négociateurs de l'Accord de paix, Ali Osman Taha, Vice-Président du Soudan et John Garang, Président du Mouvement/Armée de libération du peuple soudanais, ainsi que des représentants de l'Union africaine.

 

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