Soudan : l'accord de paix Nord-Sud, modèle pour un Darfour à la dérive, selon Jan Pronk

11 janvier 2005

Espoir et circonspection, tels sont les deux principaux messages transmis aujourd'hui par l'Envoyé de l'ONU pour le Soudan dans son exposé au Conseil de sécurité, au cours duquel il a souligné que l'Accord global entre le Nord et le Sud, qui doit être suivi d'une conférence nationale, devait servir de modèle pour le Darfour, où la situation continue de se dégrader y compris pour le personnel humanitaire.

« L'accord global signé à Nairobi entre le Gouvernement du Soudan et le Mouvement de libération du Soudan » constitue une étape importante, « augurant de la fin définitive de près de quatre décennies de conflits violents », a déclaré aujourd'hui le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk, lors d'un exposé devant le Conseil de sécurité.

« Le peuple soudanais peut être félicité » a-t-il affirmé, soulignant « que l'on peut mettre fin à une guerre autrement qu'en étant vainqueur et en renversant son ennemi » (voir, sur la signature de l'accord, notre dépêche du 10 janvier 2005).

« Une guerre, même une guerre civile peut se terminer par le dialogue, en négociant avec ses anciens ennemis et en répondant aux préoccupations mutuelles », a déclaré Jan Pronk qui a engagé à la convocation au plus vite d'une « conférence nationale ».

« Bien sûr, cet accord n'est pas la fin de tout », il marque le « début d'un long et difficile processus de consolidation de la paix » a estimé le Représentant spécial, qui a cité le désarmement et la démobilisation des ex-combattants, le retour des personnes déplacées, la participation à l'économie et le partage des ressources, le déminage et l'incorporation des groupes militants n'ayant pas participé aux accords de paix.

« L'échec dans cette tâche risquera de menacer la stabilité et de nourrir de nouveaux conflits », a prévenu Jan Pronk, affirmant que le scénario décrit devait être appliqué au Darfour.

Le conflit qui touche cette région de l'Ouest du Soudan (carte) depuis deux ans, entre milices pro-gouvernementales et mouvements rebelles réclamant le développement de la région et davantage d'autonomie, a déjà fait des dizaines de milliers de morts et causé le déplacement de 1,8 millions de personnes, notamment vers le Tchad.

La situation sécuritaire s'est encore aggravée récemment, pénétrant à l'intérieur des camps de réfugiés, a expliqué le Représentant spécial, qui a souligné que les opérations du gouvernement pour « nettoyer les routes » s'étaient soldées par un renforcement du harcèlement du personnel humanitaire, du détournement de l'assistance et des pillages.

Jan Pronk a émis une série de recommandations pour aider la communauté internationale à pousser les parties belligérantes vers la table de négociations, soulignant que « la paix au Soudan était indivisible » et que tant que la guerre se poursuivrait dans une région du pays, les ressources destinées au bien-être de ses habitants seraient « détournées vers l'armement ».

Tout d'abord, a engagé le Représentant spécial, il faut « détacher les pourparlers sur l'avenir politique du Darfour de ceux sur la sécurité et l'accès humanitaire », « concentrer les pourparlers d'Abuja [la capitale du Nigeria où ont eu lieu les précédents pourparlers sur le Darfour] sur la configuration politique future du Darfour, notamment sur la question du partage du pouvoir et des richesses » et « poursuivre ces pourparlers que le cessez-le-feu soit respecté ou non », cette question devant revenir à la Commission spéciale sur le cessez-le-feu de l'Union européenne.

Par ailleurs, Jan Pronk a recommandé un « appel à toutes les parties à faire preuve de retenue », et à indiquer leurs positions militaires afin de montrer leur bonne volonté.

Il est aussi important de faire en sorte que les ex-combattants « ne soient plus tentés de voler, piller et tuer », en assurant leur survie, ce qui rendra aussi moins dangereuse la fourniture de l'assistance à la population.

Enfin, a souligné Jan Pronk, le Gouvernement soudanais devra désarmer les milices à son compte, notamment « les Forces de défense populaires » et s'engager sérieusement à traduire en justice les auteurs de violations du droit international humanitaire et de droits de l'homme.

Le Représentant spécial du Secrétaire général a enfin engagé la communauté internationale à aider l'Union africaine à renforcer la présence sur le terrain de sa mission d'observation, qui « a fait plus que n'importe quel autre agent extérieur pour améliorer la situation ».

« La déclaration faite ce week-end par le Gouvernement soudanais selon laquelle il serait disposé à revoir certaines de ses positions les plus radicales », réitérée avant la réunion du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine à Libreville, est à cet égard un signe positif, a estimé Jan Pronk.

imageRetransmission de l'exposé de Jan Pronk[30 mins]

 

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