L'Afghanistan face aux élections parlementaires et à la menace du narcotrafic

10 janvier 2005

Tirant les enseignements de l'élection présidentielle qui a abouti à la création d'un nouveau gouvernement représentatif, l'Envoyé de l'ONU pour l'Afghanistan a exposé aujourd'hui au Conseil de sécurité les tâches difficiles qui attendent le pays, à commencer par les élections parlementaires d'avril 2005, le désarmement et la lutte contre le narcotrafic qui représente désormais 60% du PNB.

Les résultats des longues et difficiles négociations qui ont suivi l'investiture officielle de Hamid Karzai à la présidence de l'Afghanistan, le 7 décembre dernier, ont été rendus publics le 23 décembre 2004, aboutissant à la création d'un gouvernement, composé de 27 membres, qui répond « effectivement aux exigences de la Constitution afghane », a déclaré aujourd'hui le Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Afghanistan, Jean Arnault, à l'occasion d'un exposé au Conseil de sécurité réuni pour une séance publique.

Ce gouvernement, qui « reflète également largement la composition ethnique du pays, soit 10 Pashtounes, huit Tadjiks, cinq Hazara, deux Ouzbeks, un Turkmène et un Baloutche », avec trois femmes dont « la seule candidate femme à la présidentielle, Mme Masuda Jalal », « devra faire face à des tâches nationales complexes, urgentes et difficiles, notamment la tenue d'élections locales et législatives cette année, l'intensification de la campagne de désarmement et de démobilisation et la lutte contre les stupéfiants », a indiqué Jean Arnault.

Le chef de la Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) a rappelé que les élections législatives auront « lieu pendant le mois afghan de Saur 1383 – entre le 21 avril et le 21 mai 2005 ».

La tenue des élections présidentielles, qui a servi de « répétition générale » pour les élections bien plus complexes au niveau législatif, a permis de tirer des enseignements utiles, notamment et « la nécessité d'avoir des relations plus étroites avec le nombre croissant des nouveaux partis politiques – environ une cinquantaine – qui ont été inscrits depuis l'année dernière », et appelle à un rôle accru des Afghans eux-mêmes.

Outre la création de la nouvelle « Commission électorale indépendante », le Gouvernement aura la charge de « prendre un certain nombre de décisions relatives à la participation des réfugiés et des nomades ; à la démarcation des limites des districts ; aux chiffres démographiques pour chaque province ; à la préparation des listes électorales ; et à la révision de la loi électorale », a indiqué le Représentant spécial, qui mentionne aussi la détermination des « pouvoirs des conseils locaux qui doivent être élus avec les représentants de la chambre basse ».

Le chef de la MANUA a par ailleurs mis en lumière la question très importante du financement requis pour la tenue des élections de 2005.

« Selon la date à laquelle elles auront lieu, on estime qu'il faudra entre 120 et 130 millions de dollars pour couvrir les trois élections. Si le Gouvernement décidait de tenir des élections à l'extérieur du pays, en Iran ou en Afghanistan, il faudrait encore au moins 30 millions de dollars supplémentaires » a précisé Jean Arnault.

Ce dernier a par ailleurs souligné la question de la sécurité, rappelant qu'avec 25.000 bureaux de vote, « les dispositions logistiques pour le déploiement du personnel et du matériel devront être prises essentiellement avec l'assistance de la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) et de la coalition ».

« Le déploiement de l'armée nationale et d'une police professionnelle sera encore plus pertinent pour les élections législatives pour lesquelles il faudra assurer la sécurité de près de 400 districts électoraux », a-t-il affirmé, annonçant que « l'armée nationale afghane qui compte actuellement 28 bataillons – soit 17.000 personnes environ – devrait passer à 32 bataillons d'ici avril et à 39 d'ici juillet », tandis que la « police nationale afghane – qui a fait l'objet d'une réforme et qui a suivi une formation – devrait également augmenter, d'environ 30.000 membres actuellement à 37.000 d'ici avril et à plus de 45.000 d'ici juillet ».

De façon plus large, le chef de la MANUA a évoqué les dispositions spécifiques qu'il faudra prendre en matière de sécurité du personnel de l'ONU, après l'enlèvement en octobre dernier, de trois observateurs électoraux (voir notre dépêche du 23 novembre 2004).

Jean Arnault a par ailleurs souligné que « l'industrie des stupéfiants et la corruption qui l'accompagne sont de toute évidence à l'heure actuelle l'une des plus grandes menaces qui pèse sur l'édification d'un Etat afghan viable et démocratique et sur la paix et la stabilité à long terme du pays », la culture du pavot demeurant « l'une des principales sources de revenus illicites », qui sert à financer les agissements de factions qui cherchent à déstabiliser le Gouvernement central.

« Estimée en 2004 à 2,8 milliards de dollars, l'économie du pavot représente aujourd'hui environ 60 % du produit national brut de l'Afghanistan. En 2004, 356 000 familles auraient été impliquées dans la culture du pavot – une augmentation de 35 % par rapport à 2003 » a informé Jean Arnault, précisant que la « culture du pavot s'est également étendue à 34 provinces et représente aujourd'hui 56 % de l'ensemble des terres arables ».

« Les échecs répétés qu'ont essuyé les extrémistes dans leurs tentatives de faire dérailler le processus électoral, conjugués à la meilleure performance des forces de sécurité, indiquent aujourd'hui qu'il est possible que les améliorations actuelles de la situation générale en matière de sécurité puissent être soutenues » a déclaré en conclusion le Représentant spécial, espérant que le « renforcement du programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion créera un environnement plus propice non seulement aux élections à venir mais encore à l'expansion de l'administration civile, à la reconstruction et au rétablissement de la primauté du droit. »

« Les progrès réalisés vers l'objectif d'un véritable Etat afghan augurent, selon nous, d'une perspective d'avenir très réelle. Mais cela ne justifie pas que la communauté internationale s'en satisfasse – bien au contraire – car ces progrès dépendent de la poursuite des niveaux élevés d'aide internationale militaire, économique et politique », a rappelé le Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Afghanistan.

imageRetransmission de l'exposé de Jean Arnault au Conseil de sécurité[32mins]

- Dossier Afghanistan du site de l'ONU

 

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