R.D. du Congo : maintenir le cap pour le bénéfice de l'Afrique

7 janvier 2005

En dépit de la situation préoccupante dans l'Est du pays, des progrès importants ont été accomplis en République démocratique du Congo, a déclaré aujourd'hui l'Envoyé de l'ONU dans le pays, pour qui l'extension de l'autorité de l'Etat sur tout le territoire reste une priorité avec le retour des réfugiés et personnes déplacées.

« Avec deux guerres ces cinq dernières années, 20 ans d'instabilité chronique après l'indépendance et environ 15 ans de mauvaise gestion », on parvient à une situation d'une ironie cruelle, où la population d'un des pays potentiellement les plus riches d'Afrique se retrouve avec un produit national par habitant d'environ 100 dollars, a déclaré aujourd'hui William Lacy Swing, Représentant spécial du Secrétaire général pour la République démocratique du Congo, lors d'une conférence de presse au Siège de l'ONU à New York en présence de Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix.

Le Représentant spécial et chef de la Mission d'observation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) présentait hier le dernier rapport du Secrétaire général au Conseil de sécurité, lors de consultations à huis clos.

« Compte-tenu de cet héritage, il y a eu des progrès significatifs en RDC depuis l'instauration du gouvernement de transition », a-t-il déclaré soulignant que « ceux qui luttaient sur le terrain il y moins de deux ans et demi font à présent partie d'un gouvernement de transition ».

« Toute l'architecture institutionnelle établie à la suite du cessez-le-feu est en place. Nous avons un parlement qui fonctionne et qui a lancé un programme législatif ambitieux, qui est presque achevé », a-t-il indiqué.

« Le soutien de la communauté internationale est le plus important depuis l'indépendance », puisque la MONUC comprend 105 nationalités, 51 pays contributeurs de troupes militaires et 19 qui participent aux forces de police, pour la plus grande mission de maintien de la paix de l'ONU, pour un pays dont la taille d'un bout à l'autre correspond à la distance entre Madrid et Moscou.

« Pour l'avenir, des tâches importantes restent à accomplir, notamment faire face à la présence des 10 à 15.000 forces étrangères restant dans le pays, notamment les Interahamwe et ex-FAR, mais également des forces ougandaises et burundaises autour du lac Tanganyka et d'Uvira » (carte) a déclaré William Lacy Swing.

« 11.300 d'entre eux ont été rapatriés, mais il va falloir employer une méthode bien plus robuste si l'on veut régler ce problème en 2005 », a-t-il affirmé.

En novembre dernier, le Rwanda avait annoncé qu'il interviendrait dans l'Est de la RDC contre les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), qu'elle qualifie de forces génocidaires et rebelles au gouvernement rwandais, si le gouvernement de la RDC ne les désarmait pas lui-même (voir notre dépêche du 24 novembre 2004).

Alors que la MONUC confirmait ultérieurement la présence, sinon de forces rwandaises, du moins de « forces étrangères » en RDC, le Conseil de sécurité avait demandé au Rwanda de retirer ses troupes et déclaré parallèlement que la « présence des ex-FAR et Interahamwe dans l'est de la RDC est inacceptable et appelé à leur démobilisation » (voir notre dépêche du 7 décembre 2004).

Autre défi pour la RDC, a déclaré le chef de la MONUC, « la question des 300.000 membres des forces armées congolaises, pour lesquels existe un programme très important de la Banque mondiale de 2 millions de dollars, destiné à en réinsérer au moins les deux-tiers dans la vie civile ».

« Cela est directement lié à la question de la création d'une nouvelle armée intégrée », a rappelé le chef de la MONUC, ainsi qu'à la création d'une nouvelle force de police.

Par ailleurs, il existe près de 388.000 réfugiés dans les neufs pays voisins de la RDC, qu'il faut rapatrier, sans compter les personnes déplacées à l'intérieur du territoire.

La Constitution doit encore être adoptée, a-t-il expliqué, précisant que la question de l'extension de l'autorité de l'Etat n'était pas effective sur tout le territoire, notamment dans l'Est du pays.

« Mais il n'y a pas d'autre choix que de garder le cap », a affirmé le Représentant spécial du Secrétaire général en RDC, rappelant que le pays comme la MONUC entraient dans une phase critique, notamment avec la modification du concept d'opérations militaires.

« La direction stratégique reste à Kinshasa mais la direction opérationnelle est déplacée à Kisangani, ce qui la rapproche nettement de l'Ituri et des Kivus (carte) ».

William Lacy Swing a rappelé l'instauration importante des mesures de confiance mises en place, notamment le mécanisme de vérification avec ses voisins.

« Ce qui encourage toutes les parties au Congo, c'est que le rétablissement du pays serait plus bénéfique à l'Afrique que le règlement de tout autre conflit sur le continent ».

Dans son rapport au Conseil de sécurité rendu public hier, le Secrétaire général appelle les parties à « concentrer leur attention sur un véritable partage du pouvoir afin de surmonter le défaut de confiance qui continue d'entraver la création d'un pays véritablement unifié », et souligne notamment la nécessité d'élections transparentes.

« Malgré des progrès dans l'extension de l'autorité gouvernementale, il reste encore des efforts à accomplir pour enraciner des autorités locales transparentes et légitimes », souligne également le rapport.

L'exposé de William Lacy Swing a été suivi d'une conférence de presse et d'une série de questions et réponses, en présence de Jean-Marie Guéhenno, sur la question des abus sexuels commis par des forces militaires de la MONUC.

Par ailleurs, la Mission d'observation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) informe dans un communiqué (en anglais) paru aujourd'hui des conclusions de son enquête sur les violations des droits de l'homme commises entre les 17 et 22 décembre dans la ville de Buramba, au cours desquelles au moins 30 personnes ont été tuées.

imageRetransmission de la conférence de presse [62mins]

 

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