Etape au Rwanda du Conseil de sécurité : une situation complexe, selon son chef

22 novembre 2004

L'ambassadeur de la France qui conduit la Mission du Conseil de sécurité a insisté sur le renforcement de la Mission de l'ONU en République démocratique du Congo (RDC). Le président du Rwanda a jugé irréaliste le désarmement de la rébellion hutue en RDC sur la base du volontariat. L'un et l'autre sont tombés d'accord hier, à l'issue d'entretiens, pour juger indispensable le développement de la coopération régionale.

Les ex-FAR et et les Interhamwe constituent bel et bien une menace pour le Rwanda, a déclaré hier le Président rwandais, Paul Kagame, lors d'une rencontre avec la presse qui s'est déroulée en compagnie de l'ambassadeur de la France, Jean-Marie de La Sablière, qui dirige la mission que le Conseil de sécurité conduit actuellement en Afrique centrale.

« Dans la nuit du 15 [novembre] et jusque dans la matinée du 16, des obus tirés par ces mêmes Ex-FAR et Interahamwe à partir de positions se trouvant en RDC [République démocratique du Congo] sont tombés au Rwanda » et « des civils ont été tués », a déclaré le Président du Rwanda répondant à la question d'un journaliste de la BBC qui lui demandait s'il considérait le FDLR [Forces démocratiques de libération du Rwanda, mouvement « ombrelle » regroupant la rébellion hutue en RDC] comme une menace.

« Quand vous voyez des centaines de milliers de personnes armées et effectuant des mouvements, cela constitue effectivement une menace », a ajouté Paul Kagame.

Le même journaliste lui faisant remarquer que les membres du FDLR voulaient rentrer au Rwanda et constituer un parti politique mais qu'ils estimaient que le régime rwandais était « si répressif » qu'ils ne pouvaient y parvenir sans combattre, le Président a répondu que ceux qui disaient cela étaient ceux-là même qui avaient commis un génocide et qu'ils « voulaient former un parti génocidaire. »

A propos des membres du FDLR trop jeunes pour avoir pris part au génocide, ce que lui a fait remarquer le journaliste de la BBC, Paul Kagamé a déclaré qu'il était « malheureux qu'ils soit conduits par ceux qui ont été responsables de cela. »

« Vous vous souvenez de la dernière fois que nous avons laissé revenir des commandants de haut niveau de ces groupes. Nous avons le général Rwarakabije avec nous et d'autres. Nous avons donc les collègues qui ont pris part à cela. Ce sont eux qui ont dirigé ces jeunes enfants et je suis sûr qu'ils ont introduit la confusion dans leur esprit et les ont amené à ce genre de décision et cela ne fait pas de différence », a-t-il poursuivi.

[A la mi-novembre 2003, le chef de la branche armée des FDLR, le général Paul Rwarakabije, et 103 membres des FDLR sont retournés volontairement au Rwanda.]

En réponse à une autre question, le Président du Rwanda a affirmé que son pays ne soutenait personne en RDC mais qu'il était grand temps que l'on agisse de telle sorte que « les ex-FAR, les Interahamwe et toutes les forces et l'idéologie génocidaire » ne puissent poursuivre leurs activités.

A la question de savoir s'il faisait confiance à l'ONU pour cela, Paul Kagamé a répondu que c'était « avec elle que nous avons à faire et que c'était à l'ONU d'effectuer les corrections qui s'imposaient là où elle n'avait pas agi de la façon dont elle aurait probablement dû » mais que le Rwanda « travaillerait toujours avec l'ONU » et qu'il « espérait qu'elle pourrait gérer ce problème. »

L'ambassadeur de La Sablière, à qui un journaliste a demandé si, « lui qui avait poussé en faveur du recours au mandat donné par le chapitre 7 [de la Charte de l'ONU] pour désarmer par la force les rebelles rwandais », avait discuté avec le Président Kagamé de la question du rapatriement forcé des rebelles rwandais qui se trouvent au Congo, a répondu par la négative.

« Nous avons discuté avec le président de la coopération dans la région, de la Conférence sur les Grands lacs, du mécanisme de vérification [des mouvement frontaliers entre le Rwanda et la RDC], de la situation dans la partie orientale [de la RDC] des Kivus et certainement de la question du désarmement des ex-FAR et de ce que l'on appelle 'les forces négatives' » a déclaré Jean-Marc de La Sablière.

A sa connaissance, a-t-il ajouté, la décision de désarmer les ex-FAR a été prise en RDC et une action est en cours avec l'assistance de la MONUC [Mission de l'ONU en RDC]. Toutefois, a-t-il précisé, cette action s'effectue « sur la base d'un désarmement volontaire et nous allons voir si cela marche. »

« Le dernier point concerne bel et bien la question du rapatriement de ces personnes une fois qu'elles auront désarmé. C'est une question dont nous avons parlé avec le Président. C'est un problème dont chacun doit prendre sa part », a-t-il ajouté.

Commentant les remarques d'un journaliste local qui soulignait que les populations estimaient que l'on avait assez parlé et qu'il était temps de passer à l'action, le chef de la mission du Conseil de sécurité s'est dit d'accord avec ce point de vue, tout en faisant remarquer que les forces de la MONUC étaient passées d'un effectif de 10 000 à 16 000 éléments et que l'essentiel de cette augmentation d'effectif allait être concentrée dans les Kivus.

« La préoccupation du Conseil qui est de renforcer la stabilité dans les Kivus, est prise en compte dans cette résolution » qui « est une bonne résolution » du point de vue du Conseil de sécurité, a souligné M. de La Sablière qui a ajouté que cela n'était peut-être pas suffisamment mis en évidence.

A ses yeux, « une des évolutions importantes au cours de la période récente, est la coopération accrue des pays de la région. »

« J'ai noté que le Président Kagamé et le Président [de la RDC] Kabila se sont rencontrés lors de la récente réunion de Dar es-Salaam, a-t-il poursuivi. Notre message est donc que la MONUC renforcée va aider les efforts du Gouvernement congolais en matière de désarmement mais aussi que beaucoup de choses sont liées à une coopération accrue dans la région. »

« Je pense que eux et nous travaillons dans la bonne direction », a ajouté Jean-Marc de La Sablière.

Tout en exprimant son accord sur l'importance de la coopération régionale, le Président Kagamé a indiqué les réserves que lui inspirait la notion de rapatriement volontaire.

« Vous ne pouvez pas désarmer sur la base du volontariat les ex-FAR/Interahamwe ou ces combattants dont beaucoup sont des extrémistes. Leur demander de cesser volontairement de faire ce qu'ils ont fait pendant les dix dernières années n'est pas réalisable », a affirmé le Président du Rwanda.

Interrogé par d'autres journalistes, Paul Kagamé a indiqué que le Rwanda continuerait à « rétablir la confiance dans la région et à oeuvrer à régler les problèmes qui s'y posaient et qu'il était heureux de travailler avec le Conseil de sécurité pour tenter de trouver un moyen d'avancer même si nous avons des différences d'opinion. »

Interrogé par la radio française, Radio France Internationale (RFI), immédiatement après cette rencontre avec le presse, l'ambassadeur de La Sablière, a souligné que des progrès avaient eu lieu dans le désarmement des Ex/FARs/Interhamwe et que « la question de leur rapatriement ensuite au Rwanda, dépendait du Rwanda. »

Sur la question du flot des armes dans la région, il a souligné qu'il s'agissait « d'une situation très compliquée » mais qu'à l'évidence, la résolution du Conseil de sécurité décidant d'un embargo sur les armes n'était pas bien appliquée.

« Le Conseil de sécurité attend actuellement un rapport sur ce point et verra ce qu'il y a lieu de faire », a précisé l'ambassadeur.

Aujourd'hui la mission du Conseil de sécurité a rencontré le président de la RDC, Joseph Kabila et successivement les quatres Vice-présidents, Abdoulaye Yerodia Ndombasi; Zahidi Ngoma; Jean-Pierre Bemba et Azarias Ruberwa.

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la région des Grands lacs, Ibrahima Fall, devait également informer le Conseil sur les derniers développements dans la région à la suite de quoi il était prévu que la mission rencontre le Président de l'Assemblée nationale et le Président du Sénat ainsi que différents dirigeants politiques et de la société civile et des représentants d'organisations non gouvernementales.

 

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