Les objectifs du Millénaire inaccessibles pour Haïti sans aide internationale, selon le PNUD

18 novembre 2004

Haïti ayant connu une croissance négative pendant près de 25 ans, 76% des Haïtiens vivent aujourd'hui avec moins de 2 dollars par jour, indique un rapport de l'agence de l'ONU pour le développement et du gouvernement haïtien qui prévient qu'Haïti ne pourra pas réaliser seul les objectifs du Millénaire pour le développement d'ici à 2015.

« Le Gouvernement d'Haïti et l'ONU ont présenté aujourd'hui un rapport conjoint destiné à sonner l'alarme à l'intention du pays et des nations intéressées par son avenir », indique un communiqué du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Le message de cette étude est clair : si la tendance actuelle à la détérioration de la vie en Haïti se poursuit, le pays ne pourra subvenir atteindre les objectifs de développement du Millénaire d'ici à 2015.

Le rapport intitulé « Une vision commune du développement humain durable » montre la précarité « désespérante » de la vie quotidienne à Haïti et met en lumière des tendances inquiétantes à la baisse dans les domaines de la santé, de l'éducation, des secteurs de l'économie et de l'environnement projetées pour la décennie à venir.

Selon le rapport, « 76% des Haïtiens vit avec moins de 2 dollars par jour et 55% d'entre eux avec moins d'un dollar par jour. En 25 ans, l'économie haïtienne n'a pas connu une seule période de croissance durable, son PNB ayant enregistré une baisse annuelle de près de 2%.

Les réserves alimentaires suffisent aux besoins de 55% de la population seulement et l'insécurité alimentaire quotidienne affecte près de 40% des foyers, ce qui range Haïti, avec l'Afghanistan et la Somalie, parmi les trois pays connaissant les pires carences en calories par habitant, « 2,4 millions d'Haïtiens n'ayant pas les moyens d'absorber le minimum de 2 240 calories recommandé par l'OMS », indique le PNUD.

« Un décès sur trois à Haïti touche un enfant », indique par ailleurs le rapport, qui précise que près de 38 000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque année dans le pays. Le taux de mortalité pour 1000 naissances viables, qui s'élève à 118 pour la période 1995-2000, est de loin le plus élevé dans l'hémisphère Ouest, et risque d'empirer, souligne le rapport du PNUD.

Ces chiffres sont à rapprocher du taux de mortalité des femmes à l'accouchement qui a progressé au point qu'il s'agit maintenant de la deuxième cause de décès des femmes dans le pays : entre 1999 et 2000, 523 femmes sur 100 000 sont mortes en couches.

Ces résultats sont en partie dus à un système de santé inexistant, au manque chronique de gynécologues, de pédiatres, de chirurgiens et d'orthopédistes. La région de l'Ouest par exemple ne dispose que d'un seul médecin pour 67 000 habitants.

Du point de vue épidémiologique, le PNUD, qui précise que seules les zones urbaines disposent d'installations de traitement de l'eau, sonne l'alarme en matière de VIH/sida mais aussi sur le paludisme et la tuberculose.

« Au rythme actuel, près de 10,5 % de la population sera atteinte du virus du VIH/sida d'ici à 2015. Par ailleurs, alors que 60 à 80% de la population risque d'être exposée au paludisme, il n'y a toujours pas de plan national de prévention en place. Enfin, la tuberculose est endémique dans le pays et y constitue à présent la sixième cause de mortalité. »

Dans le domaine de l'éducation, 21% des enfants de 6 à 9 ans ne vont pas du tout à l'école en raison des distances et de l'insécurité, ce qui explique la présence de nombreux enfants de 10 à 14 ans à l'école primaire tandis que 15% seulement des professeurs ont la formation requise pour enseigner.

Le PNUD précise par ailleurs que le constat établi ne prend même pas en compte les conséquences des inondations tragiques des Gonaïves, au cours desquelles près de 3 000 personnes ont perdu la vie.

« La communauté internationale des donateurs doit honorer ses promesses », en déboursant notamment immédiatement la somme de plus d'un milliard de dollars, promise en juillet dernier à Washington dans le cadre du Cadre de coopération intérimaire », a déclaré Adama Guindo, Coordonnateur des Nations Unies et Représentant du PNUD à Haïti, lors d'une cérémonie de présentation du rapport à Haïti, en présence de Gérard Latortue, Premier ministre par intérim.

Ces derniers ont aussi estimé que le gouvernement haïtien devait développer des pratiques de bonne gouvernance et faire usage des ressources de manière transparente et efficace, indique le communiqué du PNUD.

 

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