Afghanistan : la longue liste des violations des droits fondamentaux établie par un expert de l'ONU

26 octobre 2004

Exécutions sommaires, tortures, viols, détentions arbitraires, traite d'enfants, mauvais traitements infligés aux femmes, autant d'atteintes manifestes aux droits fondamentaux perpétrées en Afghanistan qui portent, selon l'expert indépendant de la Commission des droits de l'homme, la marque de ceux qui détiennent encore la puissance sur le terrain : les chefs de guerre et les trafiquants de drogue, même si la situation est meilleure qu'avant 2001.

Le premier rapport de l'expert indépendant de la Commission des droits de l'homme sur la situation des droits de l'homme en Afghanistan, qui vient d'être rendu public, dresse une longue liste des atteintes aux droits de l'homme perpétrées en Afghanistan aussi bien hier qu'aujourd'hui par les chefs de guerre et les trafiquants de drogue.

« Exécutions sommaires, tortures, viols, arrestations et détentions arbitraires, conditions de détention inhumaines (…), enlèvement et traite d'enfants, diverses formes de mauvais traitements infligés aux femmes et autres types de violations perpétrées à l'encontre des éléments les plus faibles de la société, tels que les minorités, les réfugiés rapatriés, les femmes, les enfants, les pauvres et les handicapés », émaillent le rapport de l'expert indépendant, Cherif Bassiouni, qui détaille les violations des droits fondamentaux qu'il a pu constater dans ce pays depuis sa visite en août 2004.

Dans le passé et encore aujourd'hui, explique Cherif Bassiouni, les violations ont été perpétrées « par des agents étatiques, mais aussi par des acteurs autres que des États, qui agissent en toute impunité dans le cadre de politiques appliquées systématiquement et à grande échelle, mais aussi par des individus isolés ».

La plupart des violations, précise-t-il, sont le fait « des chefs de guerre, des commandants locaux, des trafiquants de drogue et d'autres acteurs qui usent de la force et exercent une autorité plus ou moins importante dans les divers districts et provinces ».

Pour comprendre pourquoi de telles violations sont perpétrées, « il faut prendre toute la mesure des problèmes de sécurité qui se posent dans un pays encore dominé par la puissance militaire des chefs de guerre et des commandants locaux, ainsi que par la puissance économique croissante détenue par ceux qui pratiquent la culture du pavot et le trafic d'héroïne ».

De plus, rappelle le rapport, « il faut garder à l'esprit que les forces des Taliban qui avaient été vaincues en 2001 se sont réinsérées dans la société et constituent une puissante force qui s'oppose au gouvernement ».

A défaut d'un soutien suffisant de la part des forces de la coalition, le Gouvernement ne peut pas exercer sur les chefs de guerre de « contrôle efficace », avec « les quelque 10 000 ou 15 000 soldats de l'Armée nationale afghane tout juste constituée », contre les forces des chefs de guerre et les commandants locaux « dont les effectifs sont estimés à quelque 100 000 personnes », explique le rapport.

« Les forces de la coalition, qui, à une époque, auraient pu marginaliser ces chefs de guerre, ne l'ont pas fait et ont même collaboré avec eux pour lutter contre le régime taliban et se lancer à la poursuite d'Al-Qaida. Cette situation a contribué à renforcer la position des chefs de guerre » ajoute l'expert.

Malgré toutes ces critiques, pour Cherif Bassiouni, « il ne fait pas de doute que la situation de la population afghane est meilleure aujourd'hui qu'elle ne l'était pendant les 23 années de conflit avant 2001 ».

Il félicite à ce propos le Gouvernement de transition du Président Karzaï qui a accompli « une tâche notable ».

 

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