Moyen-Orient : un conflit existentiel dont la solution repose sur la confiance, selon le Coordonnateur de l'ONU

25 octobre 2004

« Je suis viscéralement convaincu que seule la solution comportant deux Etats nous offrira une sortie viable au conflit » israélo-palestinien a affirmé aujourd'hui le Coordonnateur spécial de l'ONU pour le Moyen-Orient, pour qui la perte de confiance est à l'origine de la dégradation considérable de la situation de la population palestinienne, au niveau le plus bas depuis 1967.

« Il y a 25 ans à peine, la seule organisation de l'ONU disposant d'un Siège à Jérusalem était l'ONUST, l'Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve, la première opération de maintien de la paix, établie en 1948, pour surveiller le cessez-le-feu entre Israël et ses voisins (…). Aujourd'hui, 16 organisations des Nations Unies ont une présence sur le terrain en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza», a rappelé aujourd'hui à Jérusalem Terje Roed Larsen, Coordonnateur spécial de l'ONU pour le processus de paix au Moyen Orient, lors d'une conférence à l'occasion de la Journée des Nations Unies.

« Malheureusement, nos récentes activités reflètent de façon croissante la détérioration de la situation socio-économique dans le Territoire » a-t-il souligné, ajoutant que ces dernières années, « les activités de développement avaient laissé place à des programmes humanitaires et d'urgence », pour atteindre près d'un quart de l'assistance internationale aux Palestiniens.

A cet égard, M. Roed-Larsen a rendu hommage à l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNWRA selon son acronyme anglais), établi en 1950, à présent l'opération la plus importante au Moyen-Orient, et même dans le monde, avec 25 000 employés, dont la moitié sont des réfugiés eux-mêmes et qui apporte une assistance à des dizaines de milliers de personnes.

M. Roed-Larsen a rappelé que son poste, créé en 1993 par le Secrétaire général Boutros Boutros-Ghali et reconduit par Kofi Annan, lui avait permis d'être témoin de l'importance croissante des services de l'ONU au peuple palestinien.

« Notre travail n'aurait pas été possible sans la coopération et le soutien de nos partenaires et amis » a-t-il déclaré remerciant la communauté des donateurs, « le Gouvernement d'Israël, pour avoir été un partenaire si coopératif, malgré des désaccords et des divergences », et « l'Autorité palestinienne, ainsi que les gouvernements de l'Egypte, de la Jordanie, du Liban et de la Syrie » pour « leur étroite participation, malgré parfois des désaccords ».

« J'ai toujours été fermement convaincu que nous sommes tous des amis qui devons nous efforcer ensemble de parvenir à réaliser une entreprise commune pour la paix et la justice. Tel que je le vois, la critique mutuelle, constructive et utile est un signe profond d'amitié », a déclaré Terje Roed Larsen.

Selon lui, la création de l'Autorité palestinienne en 1994 a permis à tous de travailler étroitement ensemble, « Israël, l'OLP, et le Bureau du Coordonnateur spécial pour les territoires occupés ».

« Nous avons vu ensemble le développement d'institutions palestiniennes importantes, de l'Autorité palestinienne, de la société civile palestinienne, mais aussi des institutions de coopération israélo-palestiniennes » a-t-il souligné, et « bien que certaines de ces institutions palestiniennes aient été affectées par la mauvaise gestion et le manque de transparence, certaines d'entre elles ont pu apporter des services essentiels aux Palestiniens, et commencer à créer un espace politique indépendant pour le développement palestinien ».

Malgré les critiques portées au processus d'Oslo, M. Roed Larsen a défendu son approche graduelle.

« A l'époque, aucun homme politique israélien n'était disposé à envisager un Etat palestinien, aucun homme politique n'était disposé à envisager la division de Jérusalem, aucun homme politique Palestinien n'était disposé à débattre d'un compromis sur les réfugiés », a-t-il rappelé.

« Aujourd'hui – oui, même malgré la crise existante – la plupart des hommes politiques sérieux en Israël, et une vaste majorité de sa population, considèrent que la création d'un Etat palestinien constitue une partie essentielle de la réponse » a-t-il encore souligné, ajoutant que le soutien au processus de paix avait permis aux deux peuples de contempler la possibilité d'un « avenir partagé ».

« Malheureusement, depuis 2000, nous faisons face à une situation totalement différente, avec un processus de paix à l'envers », a déclaré le Coordonnateur spécial de l'ONU pour le processus de paix au Moyen Orient, qui souligne que la crise qui sévit depuis septembre 2000 avait érodé les réalisations précédentes.

« Les conditions de vie des Palestiniens se sont dégradées de façon notable, et à la fin de 2001, elles étaient pire qu'à aucun moment depuis 1967. Si nous pensions que cela ne pouvait pas s'aggraver, cela s'est pourtant produit » a-t-il souligné, rappelant que la Banque mondiale estimait que la crise économique à Gaza et en Cisjordanie était « l'une des plus graves récessions de l'histoire moderne, comparable à la Grande dépression des années 30 ».

La poursuite de l'assistance des donateurs, en dépit de laquelle il n'est pas impossible que l'on assiste à une désintégration de l'économie palestinienne, est essentielle, mais ce qu'il faut réellement, a souligné Terje Roed Larsen, c'est régler la perte de confiance entre Israéliens et Palestiniens.

« Le conflit est par nature existentiel pour les deux peuples. Pour les Israéliens, le conflit est vécu comme une lutte pour leur existence, pour leur survie. Pour les Palestiniens, le conflit est aussi une lutte existentielle pour résister à la perception de l'érosion de leur avenir en tant que peuple indépendant », a-t-il affirmé.

Le Coordonnateur a réaffirmé la persistance des principes fondamentaux pour le règlement du conflit, le principe de la terre contre la paix, la fin de l'occupation, le rejet de la violence et du terrorisme, le besoin de sécurité pour les deux parties, et le droit d'Israël à l'autodéfense et au droit d'exister en sécurité.

Pour Terje Roed Larsen, « le Quatuor gardera sa validité et sa pertinence en raison de son unique combinaison de légitimité et de pouvoir économique et financier, représenté par la Fédération de Russie, l'Union européenne, les Etats-Unis et les Nations Unies ».

« En fait, je pense que la Feuille de route et le mécanisme du Quatuor sont à présent plus importants que jamais, et la mise en œuvre de la Feuille de route reste notre premier objectif à ce stade », a souligné le Coordonnateur spécial.

« Je suis viscéralement convaincu que seule la solution comportant deux Etats nous offrira une sortie viable au conflit », a-t-il affirmé, ajoutant que la paix à long terme ne pourra voir le jour que par la création de deux Etats, la négociation internationale et non pas par la violence, le terrorisme, « moralement répréhensible » et qui ne peut produire « qu'un processus à rebours ».

« Bien que l'ONU soit controversé auprès des deux parties » a déclaré M. Roed Larsen, « je pense que nous avons bien travaillé et j'espère que nous continuerons à le faire pour trouver en définitive une voie de sortie à la crise actuelle ».

 

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