Dérives et appréhension au Moyen-Orient, selon un bilan effectué au Conseil de sécurité

22 octobre 2004

Le Moyen-Orient dérive, a exposé ce matin devant le Conseil de sécurité un haut responsable de l'ONU. Il dérive dans la violence en général, dans le chaos du côté palestinien, dans l'appréhension des deux bords, doublée d'un sentiment de frustration né du fort soutien dont bénéficie la « solution des deux Etats », dans la population israélienne comme palestinienne.

« La violence et non la négociation continuent de constituer le mode de communication malheureusement le plus fréquent au Moyen-Orient. Il y a un sens palpable de dérive et d'appréhension et dans le cas du territoire palestinien occupé, d'une dérive vers le chaos » a déclaré ce matin le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, Kieran Prendergast, lors d'un exposé devant le Conseil de sécurité, ajoutant « qu'aucune partie ne remplit ses obligations aux termes de la Feuille de route ».

La Feuille de route est le plan de paix soutenu par les Etats-Unis, l'ONU, la Russie et l'Union européenne, les quatre entités désignées par le terme de Quatuor, qui recherchent un règlement permanent du conflit israélo-palestinien, prévoyant que chaque partie adopte des mesures successives et parallèles aboutissant à la création d'un Etat palestinien coexistant pacifiquement avec Israël.

« L'attaque terroriste qui a eu lieu à Taba, en Egypte, le 7 octobre dernier, rompt par ailleurs la paix dans un endroit jusqu'ici connu pour être un havre de coexistence et de tourisme », a-t-il souligné, mettant en avant la diversité des nationalités mêlées à Taba, reflété parmi les victimes : au moins 13 Israéliens, 6 Egyptiens et 6 touristes russes et italiens tués dans le triple attentat.

« Une opération militaire israélienne d'envergure dans la bande de Gaza a eu pour conséquence la mort d'un grand nombre de Palestiniens, y compris des civils et des enfants », a-t-il rappelé, soulignant que le Secrétaire général avait exprimé sa profonde préoccupation à cet égard et rappelé à Israël qu'il doit agir en application de ses obligations aux termes du droit international.

Le Secrétaire général adjoint a exposé que l'opération menée par l'armée israélienne dans le Nord de Gaza, à la suite d'une attaque de roquette Qassam le 29 septembre, tuant deux enfants israéliens, a fait en tout 135 morts à Gaza, et 512 blessés. Parmi les nombreuses victimes civiles à déplorer, 34 enfants ont été tués et 170 enfants de moins de 18 ans ont été blessés.

Il a rappelé par ailleurs que « le 12 octobre, une petite fille palestinienne de 11 ans a été touchée et mortellement blessée dans une école de l'UNWRA dans un incident rappelant un incident du mois dernier, lorsqu'une petite fille de 10 ans a été touchée par une balle dans une école de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNWRA selon son acronyme anglais), qui est morte plus tard de ses blessures ».

A cet égard, il a souligné que « depuis le 21 septembre, les forces israéliennes avaient refusé au personnel de l'ONU un accès sûr et sans entraves à Gaza, empêchant la fourniture effective de l'aide humanitaire », réitérant l'appel au Gouvernement israélien à ce qu'il garantisse cette liberté de mouvement au personnel de l'ONU à Gaza.

Le bouclage du territoire palestinien mis en place le 8 septembre à l'occasion des fêtes juives reste en place en Cisjordanie comme à Gaza, sans possibilité de circulation entre le territoire palestinien et Israël, a précisé Kieran Prendergast, ajoutant que l'interdiction d'utiliser le terminal de Rafah en direction de l'Egypte, seul moyen de voyager hors de la Bande de Gaza, restait interdit aux hommes palestiniens âgés de 16 à 35 ans.

Abordant la mise en oeuvre de la Feuille de route, le Secrétaire général adjoint a souligné qu'Israël n'avait toujours pas mis en oeuvre son obligation de démanteler les colonies construites depuis mars 2001 et que, « entre 2002 et 2003, les colonies de la bande de Gaza et de la Cisjordanie ont reçu au moins deux fois plus d'aide financière du ministère de l'Intérieur que les autres communautés juives ».

« Notre préoccupation quant à l'absence de mesures pour geler les colonies est intensifiée par les informations qui indiquent que le premier établissement à Gaza a été établi récemment et que le nombre de nouveaux appartements vendus en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza a augmenté de plus de 20% dans les sept premiers mois de l'année 2004 par rapport à l'année précédente », a souligné M. Prendergast.

Appelant Israël à remplir ses obligations dans le cadre du droit international et de la Feuille de route, le Secrétaire général adjoint a souligné que « pour sa part, l'Autorité palestinienne devait prendre de véritables mesures, résolues et durables, pour garantir que le Premier ministre et le cabinet puissent remplir les obligations qui incombent aux Palestiniens dans le cadre de la Feuille de route, en particulier en ce qui concerne la fin des violences et du terrorisme et la réforme des forces de sécurité ».

« Les troubles internes continuent dans le territoire palestinien occupé » entre factions rivales et « le nombre croissant d'incidents montre que les militants sont de plus en plus audacieux dans leur remise en cause de l'Autorité palestinienne ».

Le 14 octobre, le Premier ministre palestinien Qorei a été cité par la presse en ces termes : « les services de sécurité ne peuvent mettre fin au chaos. Il y a des problèmes internes, des meurtres et des tentatives d'assassinat et malheureusement nous n'avons pas été en mesure jusqu'ici de contrôler la situation et cela fait peser sur nous une lourde responsabilité. La situation requiert l'unification de toutes les forces de sécurité par une mesure claire et déterminée, et en donnant des ordres clairs et spécifiques », a rapporté Kieran Prendergast.

« Nous appelons le Président Arafat à poursuivre la mise en oeuvre de réformes bien nécessaires », non seulement en matière de services de sécurité mais aussi dans d'autres domaines, a précisé le Secrétaire général adjoint.

Il a rappelé par ailleurs son soutien aux mesures visant à préparer les élections palestiniennes. L'effort d'enregistrement des électeurs s'est récemment terminé après avoir été étendu en raison de la faible participation des électeurs et des opérations militaires israéliennes, a-t-il expliqué, ajoutant qu'au 13 octobre, un total de 64,7% des électeurs potentiels en Cisjordanie et à Gaza, hors Jérusalem Est, avaient été inscrits.

Kieran Prendergast a regretté à cet égard que les restrictions à la circulation imposées par Israël ait empêché la Commission centrale des élections d'apporter les listes électorales de Gaza à son siège en Cisjordanie sans entrave et sans interférence.

La dérive et l'appréhension naissent d'une « atmosphère de pessimisme quant aux perspectives au Moyen-Orient, associée à une frustration en ce que la base d'un règlement – la solution comprenant deux Etats – est bien établie et jouit d'un fort soutien dans la population israélienne comme palestinienne » a souligné en conclusion Kieran Prendergast.

 

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