Les chefs religieux africains, vedettes du Forum sur les enfants d'Afrique

20 octobre 2004

Rassemblés à Dakar pour un Forum sur la survie des enfants d'Afrique qui s'achève aujourd'hui, tout ce que le continent compte de chefs traditionnels et religieux étaient représentés en nombre, signe de la prise en compte de plus en plus importante du rôle qu'ils peuvent jouer dans l'amélioration des conditions de vie sur le terrain.

Des dirigeants religieux et communautaires traditionnels, ainsi que des responsables des médias de tout le continent africain se sont réunis à Dakar pour un forum panafricain sur la survie des enfants en Afrique où, selon l'UNICEF, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance, « les deux-tiers de la mortalité infantile est évitable »,

« Ce sont plus de 200 participants, venus de toute l'Afrique et de tous les horizons religieux, imams, archevêques, pasteurs et chefs traditionnels » réunis, qui ont rappelé que c'était eux qui, les premiers, étaient au contact des populations les plus isolées et les plus menacées, indique aujourd'hui la radio de l'ONU dans un communiqué de son envoyée spéciale (v. aussi image  le Reportage de la radio.

« Personne ne peut douter du fait que la survie des enfants en Afrique est en péril » a déclaré, lors de son allocution d'ouverture du Forum, le 18 octobre, le Président du Sénégal Abdoulaye Wade. « Cela est dû en partie aux niveaux élevés de pauvreté, au manque de services de base, à des infrastructures sociales et sanitaires inadéquates, et à des ressources insuffisantes », a-t-il ajouté.

Pour assurer l'efficacité de l'action en faveur des enfants, l'UNICEF, l'agence de l'ONU pour l'enfance, estime qu'une « attention insuffisante a été accordée aux chefs religieux et traditionnels dont l'influence, au niveau familial et communautaire, peut garantir que les enfants non seulement survivent mais s'épanouissent », indique un communiqué de l'organisation (en anglais).

La directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), Carol Bellamy, a souligné par ailleurs qu'aucune organisation ne peut relever ce défi toute seule.

« Nous pensons que sans l'engagement de gens qui ont une influence directe et immédiate sur les communautés, des dirigeants comme vous-mêmes, même les meilleurs programmes de santé ne seront pas en mesure d'atteindre les enfants qui en ont besoin », a-t-elle déclaré devant le Forum panafricain.

Au cours du Forum, des présentations ont été faites sur l'éradication de la polio dans le continent, une expérience récente dans lequel l'importance du rôle des chefs religieux a été mise en évidence.

Le 8 octobre dernier en effet, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) lançait ce qu'elle qualifiait de la plus grande campagne anti-polyo en Afrique mobilisant plus d'un million de personnes dans 23 pays d'Afrique subsaharienne pour enrayer la polyomyélite qui avait réapparu dans certains pays et tenter de vacciner en quatre jours 80 millions d'enfants afin de leur éviter la paralysie (voir notre dépêche du 8 octobre 2004).

A cette occasion, des dizaines de milliers de chefs traditionnels et religieux, d'enseignants, de parents, se sont joints aux infirmiers et aux travailleurs sociaux pour aller de village en village et de porte à porte administrer le vaccin anti-polio à tous les enfants de moins de cinq ans.

Le choix de Kano pour le lancement officiel de la campagne avait une évidente portée symbolique. Cet Etat du Nord du Nigeria, arguant de dangers supposés du vaccin oral anti-poliomyélite, avait en effet suspendu la vaccination des enfants de l'Etat à la fin 2003.

Or, comme l'a rappelé Mme Bellamy, « bien que de nombreuses communautés manquent d'écoles, de dispensaires ou d'hygiène, il en est peu qui ne compte pas de lieux de prière. Pour nombre de gens, les institutions religieuses sont une source importante et facilement disponible d'information et de conseil dans de nombreux domaines, y compris celui de la santé ».

« Les chefs traditionnels et religieux disposent d'un potentiel énorme pour renforcer la confiance et garantir que les enfants reçoivent des soins de santé qui peuvent leur sauver la vie, mais il reste largement inexploité », a souligné le secrétaire général de l'organisation Religions for Peace (Les religions pour la paix).

Parmi les délégués au Forum panafricain étaient aussi présents des représentants des médias, qui représentent « un allié puissant dans la promotion de la confiance dans l'immunisation », selon l'agence de l'ONU.

« Je n'ai jamais eu la polio parce que mes parents m'ont vacciné » rapporte ainsi Gado Sabo, chef traditionnel dans le district de Mavahi, au Niger, qui compte plus de 172 000 personnes.

S'exprimant dans le cadre d'un reportage de l'UNICEF qui montre comment l'influence des chefs et des médias peut se combiner pour convaincre la population de l'importance de l'immunisation, il affirme : « Maintenant, nous sommes débarrassés de la polio dans le monde! C'est une histoire que je raconte aux gens dans mon district s'ils ont des doutes sur le vaccin de la polio ».

“Je leur parle directement, mais j'ai aussi 30 cavaliers” que j'informe sur la polio et qui transmettent en 5 jours le message aux chefs de village et aux chefs de famille puis aux familles.

“Mes cavaliers en parlent aussi aux tambours de ville qui font passer le message sur les marchés où tout le monde est réuni. Et on parle aussi de la polio à la radio. », souligne le chef nigérian.

« Si un membre du personnel de santé me dit que quelqu'un dans un village ne fait pas confiance au vaccin, j'y vais moi-même et je lui parle. Alors, ils ont confiance, parce que l'influence des chefs traditionnels dépasse même celle des docteurs », affirme Gado Sabo.

image  Reportage de la Radio de l'ONU : entretien avec Abdoul Aziz Kebe, deuxième

représentant de la confrérie Tijane au Sénégal et

islamologue à l’Université de Dakar (audio)

 

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