UNICEF : le droit de l'enfant, seule garantie en temps de paix comme en temps de guerre

15 octobre 2004

Présentant deux études récentes, en Iraq où le système scolaire souffre du manque de moyens et de la guerre, et en Europe de l'Est et en Asie, où des pays en paix et en croissance économique connaissent encore des taux de pauvreté tels qu'ils maintiennent les enfants dans la faim et les prive d'éducation, l'UNICEF propose une redéfinition des critères de la pauvreté en termes sociaux plutôt qu'en termes de revenu.

« L'Iraq avait l'un des meilleurs systèmes scolaires du Moyen-Orient [...] mais il est clair à présent que le système s'est extrêmement détérioré. Les écoles fréquentées par des millions d'enfants iraquiens manquent des services les plus élémentaires en matière d'eau et d'hygiène, leurs murs s'écroulent, tandis que les vitres sont brisées et les toits percés », déclare le représentant de l'UNICEF pour l'Iraq, Roger Wright, dans un communiqué publié aujourd'hui.

Une étude du ministère de l'éducation iraquien, menée avec l'appui de l'UNICEF, montre en effet que près d'un tiers des écoles primaires iraquiennes est dépourvu de tout système d'approvisionnement en eau et que près de la moitié est dépourvue de l'accès au réseau d'assainissement.

Si la dégradation remonte à trois guerres et à une décennie de sanctions qui ont conduit au sous financement du secteur scolaire, depuis mars 2003 près de 700 écoles primaires ont été touchées par les bombardements tandis que 3 000 écoles sur les 14 000 écoles que compte le pays ont été pillées.

Soulignant que le système actuel prive de fait les enfants d'une éducation décente, l'UNICEF note toutefois que le nombre d'inscription est passé de 3,6 millions d'enfants en 2000 à 4,3 millions à l'heure actuelle, dont 2,4 millions de garçons et 1,9 millions de filles.

Ces enfants doivent braver la surpopulation, l'insécurité avec son cortège d'explosions, de bombardements et de kidnappings et l'absence de services d'hygiène. Cela explique en partie la présence moindre des filles, indique l'agence de l'ONU pour l'enfance, qui souligne que l'égalité des sexes doit être activement promue.

Si la guerre est un des facteurs principaux de la situation en Iraq, l'UNICEF met en lumière, dans un communiqué publié le 13 octobre, le sort peu enviable réservé aux millions d'enfants d'Europe de l'Est et d'Asie centrale qui continuent à vivre dans la pauvreté et à être privés de l'accès à l'éducation en dépit des progrès économiques accomplis dans ces pays, ce qui indique que la croissance économique ne suffit pas à elle seule à améliorer la vie des enfants.

D'après l'étude rapportée par l'UNICEF, sur les 44 millions d'enfants habitant les neuf pays où des données sont disponibles en 2001, 14 millions vivaient dans la pauvreté telle qu'elle est définie par les normes nationales.

« Des millions d'enfants sont laissés à l'écart des progrès économiques de la région et cette pauvreté dénature leur enfance », a dit Carol Bellamy, directrice générale de l'UNICEF, lors du lancement du rapport à Moscou.

« La pauvreté entraîne une mauvaise alimentation et une mauvaise santé chez les enfants. Elle signifie qu'ils ne peuvent pas aller à l'école parce qu'ils ne peuvent se payer les livres, l'uniforme ou les trajets en bus. Dans le pire des cas, la pauvreté entraîne la violence et le désespoir, la mise en institutions d'un nombre croissant d'enfants et une montée en flèche de l'alcoolisme et de la toxicomanie chez les jeunes. La pauvreté déchire le tissu social de ces nouvelles sociétés», indique l'UNICEF.

Le rapport montre que la croissance économique qu'a connue la région s'accompagne rarement d'initiatives visant à résoudre les graves disparités sociales dont les enfants sont victimes.

« Cela nous force à nous poser deux questions capitales », a déclaré la directrice de l'UNICEF, « d'abord, à quoi sert la croissance économique si elle ne profite pas aux enfants ? Ensuite, pourquoi tant de pays s'abstiennent-ils de mesurer la pauvreté chez les enfants ? C'est un indicateur crucial du succès ou de l'échec des politiques sociales et économiques aussi bien que de leurs chances pour l'avenir. »

Analysant le fossé entre riches et pauvres au sein des 27 pays d'Europe centrale et orientale et de la Communauté d'Etats indépendants (CEI) ainsi qu'entre les nations plus prospères d'Europe centrale et les pays plus pauvres du Caucase et d'Asie centrale, l'UNICEF plaide pour une nouvelle façon de « mesurer les retombées de la pauvreté, l'exclusion sociale, le non-respect des droits de l'homme, l'absence de choix et l'importance de la discrimination ainsi que son impact. »

« Nous avons besoin de seuils de pauvreté clairement définis et remis à jour régulièrement afin de capturer les changements constants en matière de pauvreté des enfants. On ne peut se contenter de mesurer seulement la pauvreté en termes de revenus », réclame Mme Bellamy.

Le rapport conclut ainsi que, « dans toute la région, les personnes démunies doivent souvent payer des services qui devraient être gratuits, comme l'enseignement et la santé » et que les allocations familiales ou de chômage ne sont pas adaptées à leurs besoins. Des données récentes montrent qu'en Ouzbékistan, moins de sept enfants pauvres sur dix vont à l'école.

« Les Etats mesurent souvent la pauvreté par rapport à une norme nationale de subsistance, à savoir la somme dont un ménage a besoin pour acheter un 'panier' minimum de biens et de services », indique le rapport, qui estime que ces 'paniers' reflètent un jugement purement politique.

Au Kazakhstan, une étude récente a démontré qu'il était impossible pour un ménage de se loger avec le minimum fixé. En Géorgie, le minimum national ne reflète pas les variations saisonnières du prix des aliments, si bien que même ceux qui vivent au-dessus du seuil de pauvreté national ou à ce niveau risquent de souffrir de malnutrition.

L'UNICEF collabore avec les ménages et les communautés de la région pour s'attaquer aux conséquences de la pauvreté : mise en institution des enfants, traite des êtres humains et effets de l'alcoolisme et de la toxicomanie, en particulier le VIH/sida.

Mais c'est le changement du système, à savoir « une réforme politique et juridique visant à protéger tous les enfants et tous leurs droits » qui reste la pierre de touche du programme de l'UNICEF avec les gouvernements et la route la plus sûre pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement dans chaque pays, indique l'agence de l'ONU pour l'enfance.

 

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