La démocratie engendrera le développement et non l'inverse en Haïti, selon le chef de la Mission de l'ONU

La démocratie engendrera le développement et non l'inverse en Haïti, selon le chef de la Mission de l'ONU

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Lors d'une entretien avec la radio en langue française de l'ONU, le chef de la Mission de l'ONU à Haïti a fait un bilan de la situation au lendemain des émeutes qui ont conduit à la mort de 9 policiers dans des conditions barbares, exprimant l'espoir que le contingent de 8 000 policiers de la Mission serait au complet d'ici la troisième semaine d'octobre et précisant que le processus de réconciliation précédait à son avis le développement économique.

« La situation en matière de sécurité est vraiment préoccupante » a déclaré Jean Gabriel Valdés, qui a précisé, lors d'un entretien avec la radio en français de l'ONU que la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) travaillait avec la police haïtienne dans les secteurs les plus difficiles de Port-au-Prince, conformément le mandat que lui a confié le Conseil de sécurité qui est d'aider la police à rétablir la paix et la sécurité dans le pays.

«Nous sommes confrontés à des groupes armés qui n'hésitent pas à utiliser des armes de guerre, qui n'hésitent pas à attaquer directement la police, à brûler des commerces et à piller » a-t-il indiqué, précisant qu'à ce sujet, il avait « eu une longue réunion de travail avec les autorités haïtiennes, le Premier ministre, le ministre de la justice » afin de travailler ensemble et de coordonner les actions respectives.

« Nous sommes une force de pacification mais en même temps notre mandat nous oblige à répondre à ces attaques et à être capables d'aider le Gouvernement», a déclaré le chef de la Mission de l'ONU, qui a souligné que « ce sont les populations les plus pauvres qui habitent dans les quartiers » touchés par la violence.

« Je crois que la réunion avec la Primature nous a donné une situation tout à fait différente », a-t-il souligné, se déclarant plus optimiste quant aux capacités mises en place.

Interrogé sur ce que faisaient jeudi dernier, jour des émeutes qui ont conduit à la mort de 9 policiers dont trois victimes de décapitation, les militaires de la MINUSTAH, qui sont autorisés, au titre du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, à recourir à la force, le chef de la Mission a indiqué « qu'ils opéraient dans une ville de plus de deux millions d'habitants, dans la rue, dans une situation dans laquelle de petits groupes s'attaquent à des manifestants ou à des policiers ».

Au commencement « la manifestation a été pacifique », mais elle a malheureusement été prise en main par des gens qui cherchaient la confrontation, a-t-il expliqué, ajoutant que ces groupes armés pouvaient avoir une grande mobilité, « dans une ville où il est difficile de faire circuler des véhicules lourds », et que dans les quartiers les plus pauvres, il y avait eu un grand désordre.

« Nous avons assisté à des gestes d'une grande brutalité, la décapitation des policiers a été une chose atroce, que la communauté internationale a condamné de façon très nette », a déclaré le Représentant spécial.

Interrogé sur la date à laquelle seraient déployés les 8 000 militaires promis par l'ONU, 3 000 étant actuellement présents dans le pays, Juan Gabriel Valdés a précisé qu'il s'agissait d'une question très importante, la Force ne fonctionnant à l'heure actuelle qu'à 40-50% de ses possibilités.

« Il est essentiel que l'on donne une agilité plus grande au déploiement de troupes » a-t-il déclaré, ajoutant qu'il espérait la venue, au mois d'octobre, d'une Force policière chinoise et pakistanaise, ce qui permettra de mettre en place une force policière internationale.

« Du point de vue militaire, il est très important de recevoir le contingent espagnol et marocain qui doit arriver la troisième semaine d'octobre, le contingent des ingénieurs syriens et équatoriens, qui devrait être ici, et qui, j'espère, arriveront très prochainement en Haïti. On peut s'attendre à ce que, d'ici la mi-novembre, nous ayons une force beaucoup plus installée, avec un pouvoir de dissuasion beaucoup plus grand », a déclaré le chef de la MINUSTAH.

Interrogé par ailleurs sur le désarmement des groupes à la solde de bandes militaires, M. Valdés a rappelé que « le processus de désarmement et de réinsertion des bandes armées était un processus lent ».

« Ce n'est pas un processus qui peut être mené en 3 ou 4 mois ou en un an. C'est un processus que nous voyons lié aussi à des opportunités économiques, des opportunités de réinsertion économique et politique mais cela demande alors un effort concerté de la communauté internationale et des autorités haïtiennes.

« Nous avons indiqué à tous les groupes armés que nous sommes prêts à initier » un processus de désarmement volontaire, « mais nous considérons qu'il n'est pas possible de continuer à accepter qu'il y ait des groupes qui importent et qui distribuent des armes dans les secteurs populaires et qui soient prêts à les utiliser à des fins de déstabilisation » a-t-il déclaré avant d'insister à nouveau sur le fait que « la question du désarmement était un processus lent, qui va prendre des années ».

Répondant à la question de savoir si le dialogue était possible entre Haïtiens, notamment à « la suite de l'arrestation par le Gouvernement de quatre parlementaires du parti Lavalas [le parti de l'ancien président Aristide], à la sortie d'un débat radiophonique », M. Valdez a indiqué que la question du désordre national était une question essentielle.

« On ne peut pas organiser les élections si l'on n'a pas une base, un accord politique qui puisse mener les Haïtiens à la réconciliation », a-t-il précisé, ajoutant qu'« il existait une division très profonde de la société haïtienne » mais qu'il ne perdait pas l'espoir de parvenir à un dialogue constructif.

Rappelant que la réconciliation était à la base du mandat de la MINUSTAH, et qu'elle passait par le rejet des armes, M. Valdez a indiqué qu'il existait au sein de l'opposition et du Gouvernement des éléments disposés à initier un dialogue qui puisse donner à ce pays la démocratie et les libertés nécessaires à son développement.

« Nous ne pensons pas que ce soit le développement qui pousse la démocratie, c'est probablement la liberté et la participation qui peuvent donner des opportunités de développement économique. Les choses vont ensemble et nous faisons aussi un effort pour initier le dialogue politique ».

image  * * Radio de l'ONU (audio)