Gestion des conflits : montée en puissance des organisations africaines

Gestion des conflits : montée en puissance des organisations africaines

La montée en puissance de l'Union africaine et d'autres organisations régionales présentes sur le continent dans la gestion et la prévention des conflits dont le nombre a beaucoup augmenté au cours des six dernières années, doit être appuyé par la communauté internationale et l'ONU, indique le Secrétaire général dans son dernier rapport.

En 1998, lors de la publication de son premier rapport sur les causes des conflits en Afrique, 14 pays étaient plongés dans la guerre et 11 autres étaient en proie à une grave agitation politique. Aujourd'hui, note Kofi Annan dans son rapport annuel de suivi, seuls six pays d'Afrique, parmi lesquels le Burundi, la Côte d'Ivoire, la République démocratique du Congo et le Soudan, sont en proie à de graves conflits armés. Par ailleurs, très peu d'autres pays du continent sont confrontés à des crises politiques graves, souligne-t-il dans le rapport.

La plupart des pays d'Afrique qui vivent une situation politique relativement stable et sont gouvernés par un régime démocratiquement élu sont occupés à la reconstruction de l'économie et à la lutte contre la pauvreté et le sous-développement, notamment à la faveur du NEPAD (Nouveau Programme pour le développement de l'Afrique).

Au chapitre de la mobilisation d'un appui international en faveur des efforts de paix, le Secrétaire général fait observer que « la communauté internationale a réagi avec plus d'empressement face aux conflits en Afrique » ce qui « a favorisé une collaboration plus étroite entre l'ONU, l'Union africaine et les organisations régionales africaines à l'occasion des opérations de rétablissement de la paix dans des conflits tels que ceux du Burundi, d'Éthiopie et d'Érythrée, et de la République démocratique du Congo. »

Mais c'est en matière de prévention et de gestion des conflits que les organisations régionales africaines se sont réellement affirmées comme des partenaires incontournables sur le continent où elles « montrent de plus en plus la voie à suivre », souligne Kofi Annan qui fait valoir le rôle important que jouent désormais l'Union africaine et des organisations africaines sous-régionales comme la CEDEAO [Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest], dans la gestion des conflits en Afrique, « allant dans certains cas jusqu'à prendre la direction même des opérations de maintien de la paix. »

Il précise que le système des Nations Unies travaille étroitement avec ces pays et ces organisations en leur prêtant son appui politique, technique et financier. Il mentionne l'aide apportée par les Départements des affaires politiques et des opérations de maintien de la paix dans la genèse de l'idée consistant à créer une force africaine de réserve et un Comité d'état-major, en application du Protocole relatif à la création du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine, qui a été approuvé par les chefs d'État africains à Syrte en Jamahiriya arabe libyenne, le 28 février 2004.

Le Département des opérations de maintien de la paix examine à l'heure actuelle des domaines où l'ONU pourrait accroître son assistance à l'Union africaine, notamment en ce qui concerne l'élaboration de plans d'action réalistes visant à créer une force africaine de réserve et le renforcement des capacités de planification, de lancement et de gestion des opérations de maintien de la paix à partir du siège de l'Union africaine, indique Kofi Annan.

Cela va de pair avec la montée en puissance des organisations régionales et sous-régionales. Autre exemple de ce phénomène, la CDAA [Communauté de développement de l'Afrique australe] et l'Union africaine ont pris l'initiative de régler le conflit au Burundi et en République démocratique du Congo. La CDAA aide également à trouver une solution au problème des terres au Zimbabwe.

En 2003, elle a établi un pacte de défense mutuelle pour promouvoir la coopération régionale en matière de défense et de sécurité. Le pacte, qui a également pour objet de contribuer à ouvrir la voie à la création d'une brigade de la CDAA rattachée à la force africaine de réserve proposée, prévoit la prise de mesures de coercition en dernier recours, avec l'assentiment du Conseil de sécurité.

L'IGAD (acronyme anglais qui désigne l'Autorité intergouvernementale pour le développement) a contribué pour beaucoup à faciliter les pourparlers en Somalie et au Soudan. En Afrique de l'Ouest, la CEDEAO a joué un rôle important en aidant à mettre un terme au conflit dans les pays de l'Union du fleuve Mano, rappelle encore le Secrétaire général.

Cependant, ces « progrès soutenus » sont menacés par des facteurs tels que le chômage élevé des jeunes, particulièrement prononcé dans les pays sortant d'un conflit où les activités de désarmement-réintégration n'ont pas été à même de répondre à leurs problèmes. D'où le risque de voir surgir de nouveaux conflits ou renaître des conflits anciens, prévient Kofi Annan.

La propagation de la pandémie de VIH/sida, compte tenu du nombre important de fonctionnaires, de cadres, de femmes et de citoyens en âge de travailler touchés, est un autre facteur de risque de déstabilisation des pays africains ainsi qu'un «obstacle redoutable au développement », indique-t-il.

Elle a également pour effet une perte croissante d'effectifs dans l'armée et la police qui compromet la capacité des pays africains à protéger leurs citoyens et leurs frontières et à lutter contre le terrorisme national et international, fait observer le Secrétaire général, qui engage la communauté internationale à redoubler d'efforts pour lutter contre le VIH/sida en Afrique.

Le Secrétaire général prône également un engagement plus sérieux de la communauté internationale dans la lutte contre la pauvreté et insiste sur le fait qu'il « est devenu urgent d'accélérer la mise en ?uvre du NEPAD, tant pour créer des conditions propices au développement durable, grâce à la consolidation de la paix et de la sécurité, à la démocratisation et à la bonne gouvernance, que pour assurer l'exécution de projets dans d'autres domaines prioritaires du Nouveau Partenariat. »

Il indique enfin que, pour stimuler les efforts déployés par l'Union africaine dans le domaine du maintien de la paix, il se « propose de charger les organismes, départements et bureaux compétents d'étudier de nouvelles possibilités de collaboration entre le système des Nations Unies et l'Union africaine, compte tenu de ces nouvelles réalités. »