Fin de la Mission de l'ONU au Guatemala : le Secrétaire général dresse l'état des lieux

30 septembre 2004

Huit ans après s'être engagé dans un processus de transformation sociale et politique accompagné par la Mission de l'ONU dans le pays, les progrès sont remarquables et la rechute dans le conflit improbable mais le Guatemala doit encore s'attaquer aux problèmes en suspens dont celui du racisme reste le plus important, indique le dernier rapport du Secrétaire général avant le retrait de la Mission prévu à la fin 2004.

Dans son neuvième et dernier rapport sur l'application des accords de paix guatémaltèques, le Secrétaire général procède à un résumé des événements politiques de l'année écoulée et à une évaluation des progrès réalisés dans la consolidation de la paix et l'édification d'une société meilleure au moment où la Mission de vérification des Nations Unies au Guatemala (MINUGUA) se prépare à mettre fin à ses opérations après 10 années de soutien à la mise en œuvre des accords.

L'environnement politique s'est considérablement amélioré depuis mon dernier rapport, paru à un moment où les tensions de la campagne électorale mettaient à rude épreuve la démocratie guatémaltèque, indique le Secrétaire général.

La candidature de l'ancien chef militaire Efraín Ríos Montt avait accentué les divisions dans un pays déjà polarisé par le gouvernement d'Alfonso Portillo, dont le mandat s'était caractérisé par de nombreuses allégations de corruption, un affaiblissement de l'État de droit et une stagnation sur des fronts importants du processus de paix, rappelle-t-il.

La décision de la Cour constitutionnelle d'autoriser la candidature de Ríos Montt – et les émeutes déclenchées par les partisans de l'ancien général en juillet 2003 – ont fait craindre que les élections soient faussées par les fraudes et les intimidations.

Or, c'est exactement le contraire qui s'est produit, indique le rapport. Les Guatémaltèques ont voté de manière pacifique et ont élu président l'ancien maire de Guatemala City, Oscar Berger. La défaite de Ríos Montt, sous le règne duquel, en 1982 et 1983, l'armée avait commis certaines des pires atrocités du conflit, signifiait que les Guatémaltèques rejetaient le passé et se tournaient résolument vers l'avenir.

La campagne a également renforcé les accords de paix au plan national, dans la mesure où tous les grands partis politiques et candidats ont signé des déclarations s'engageant à soutenir leur application, est-il également noté dans le rapport qui précise que le 29 décembre 2003 – lendemain de l'élection et septième anniversaire de la signature des accords de paix – le Président élu Berger a reçu dans l'enthousiasme une pétition signée par plus de 300 organisations et personnalités de la société civile demandant instamment que les accords demeurent le pivot de la politique des pouvoirs publics sous la nouvelle administration.

Huit années après s'être lancé dans le vaste projet de transformation inscrit dans les accords de paix, le Guatemala a enregistré des avancées importantes et posé de solides fondations sur lesquelles il peut poursuivre l'édification d'un avenir meilleur, souligne le Secrétaire général.

La liste des réalisations est impressionnante. Des décennies de conflit sanglant et de violations des droits de l'homme parrainées par l'État ont pris fin. D'anciens rebelles ont repris une vie civile. L'alternance au pouvoir se réalise par des élections pacifiques et un débat politique, dans un cadre ouvert et démocratique.

Pourtant, ajoute Kofi Annan, l'heure n'est pas venue pour le Guatemala de se reposer sur ses lauriers. Le pays reste confronté à des problèmes de taille, dont certains lui sont spécifiques et d'autres sont communs à la région où la corruption, les inégalités, la criminalité et le peu de souci de la primauté du droit sont monnaie courante.

Parmi les problèmes qui continuent à se poser au pays, la survivance tenace du racisme est le tout premier mentionné par le rapport qui indique les profondes inégalités sociales qui persistent, « sont à la fois une honte sur le plan moral et un obstacle au développement ».

Même s'il n'y a pas lieu d'en conclure pour autant qu'une reprise du conflit armé est à craindre, ces problèmes pourraient alimenter des conflits sociaux, freiner le développement économique et éroder la gouvernance démocratique dans les années à venir.

« Pour le monde extérieur, la richesse du Guatemala réside dans la diversité, et sa honte dans la discrimination », affirme le Secrétaire général qui ajoute qu'il n'est pas de problème plus important à longue échéance que la lutte contre le racisme et qu'une action plus résolue devrait être menée donner des chances égales aux autochtones et construire l'État sur des bases multiculturelles.

Des campagnes d'éducation s'imposent pour sensibiliser la population dans son ensemble. L'enseignement bilingue devrait être intégralement financé et développé, et davantage de progrès sont nécessaires pour ce qui est de garantir l'accès à la terre et l'accroissement de l'investissement public dans les services de base dans les zones rurales.

Il indique également que le Guatemala doit consolider l'état de droit et qu'à cet égard, donner un coup d'arrêt à la détérioration de la Police civile nationale est devenu une urgence absolue. Il engage également à ne pas remettre à plus tard la réforme fiscale.

Le Guatemala a encore une dette immense à l'égard des victimes, souligne également Kofi Annan qui affirme qu'il est grand temps de cesser d'organiser les réparations et de passer à l'indemnisation effective des dizaines de milliers de victimes de la politique de violation des droits de l'homme pratiquée par l'État guatémaltèque pendant le conflit.

Le départ de la MINUGUA, qui, en prévision de ce jour, procède depuis deux ans à une réduction progressive de ses opérations et à la mise en œuvre d'une stratégie de transition, ne signifie ni la fin du processus de paix, ni la fin de la participation des Nations Unies à l'instauration d'une paix durable au Guatemala, affirme le Secrétaire général.

Le système des Nations Unies va continuer à soutenir les efforts faits tant par le Gouvernement que par la société civile pour finir d'appliquer les accords de paix, indique-t-il ajoutant que le PNUD continuera de suivre l'évolution de la mise en œuvre de l'Accord dans ses aspects socioéconomiques et sur la situation agraire et que le Haut Commissariat aux droits de l'homme est prêt à accompagner les Guatémaltèques dans leur quête du renforcement de l'état de droit et du respect des droits de l'homme.

 

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