Assemblée : prises de position de candidats aux sièges permanents du Conseil de sécurité

Assemblée : prises de position de candidats aux sièges permanents du Conseil de sécurité

L'Assemblée générale
Deux des candidats, l'Inde et l'Allemagne, ayant officiellement annoncé leurs candidatures à un siège de membre permanent du Conseil de sécurité, se sont exprimés aujourd'hui dans le cadre du débat de haut niveau de l'Assemblée générale tandis que le ministre français affirmait à nouveau que « ni aujourd'hui, ni demain la France ne s'engagerait militairement en Iraq », même si elle était prête à aider le peuple iraquien à relever le pays.

Premier à prendre la parole, le Premier ministre de l'Inde, Manmohan Singh, a fait porter son allocution sur la grande menace qui occupe actuellement la communauté internationale, le terrorisme, pour faire observer que « les réseaux internationaux de la terreur semblaient coopérer plus efficacement que les nations démocratiques qu'ils visent. »

« Nous parlons beaucoup de coopération mais semblons hésitant à mettre nos ressources en commun, à échanger informations et renseignements et à nous engager dans l'unité d'objectifs sans ambiguïté qui est requise », a déclaré le Premier ministre.

Sur un autre défi contemporain, la prolifération des armes de destruction massive, il a noté que se faisait jour une tendance de plus en plus marquée à « la restriction des régimes » et au recours « à l'action punitive pour s'attaquer à cette menace à la paix et à la sécurité internationales », indiquant que l'Inde, « même si elle était opposée à la prolifération [...], estimait que seul un consensus mondial de nations consentantes serait efficace à cet égard. »

Si la mondialisation pose des problèmes nouveaux, « elle nous apporte aussi les technologies pour [les] gérer », a-t-il fait valoir, évoquant les pandémies du VIH/sida pour lequel il existe actuellement des traitements ou encore la dégradation de l'environnement planétaire à laquelle il est possible de répondre par des technologies propres et respectueuses de l'environnement.

« Ce qui nous manque c'est une action concertée et la mobilisation de la communauté internationale nécessaires pour surmonter ces défis », a-t-il déclaré. Plus avant dans son allocution, le Premier ministre a indiqué que « l'ONU et ses agences étaient les seuls instruments disponibles, capables de répondre efficacement aux défis » auxquels la communauté internationale était confrontée.

« Ce qui fait défaut, c'est un engagement durable dans la démocratisation des Nations Unies », a-t-il ajouté. « Tout le monde sait que l'ONU est souvent incapable d'exercer une influence réelle sur l'économie mondiale et sur des questions politiques d'une importance critique » en raison de son déficit démocratique.

M. Singh a fait valoir que « l'élargissement du Conseil de sécurité, à la fois de ses membres permanents et non permanents et l'inclusion de pays comme l'Inde en tant que membre permanent, serait un premier pas dans le processus visant à faire de l'ONU une instance réellement représentative.

Egalement candidat à un poste de membre permanent pour son pays l'Allemagne, son ministre des Affaires étrangères, Joschka Fisher, a présenté les grandes lignes de la façon dont il envisageait la réforme de l'ONU.

Commençant par l'Assemblée générale devant laquelle il s'exprimait, le ministre s'est prononcé en faveur d'un rétrécissement du champ des sujets dont cette instance devrait s'occuper, conservant les plus critiques d'entre eux et les autres questions, pour essentielles qu'elles soient, étant dirigées vers d'autres forums.

« Le Conseil économique et social (ECOSOC) doit enfin devenir l'institution centrale de l'ONU, un lieu de consultations et de prises de décisions, pour les questions économiques et sociales », a déclaré M. Fisher, expliquant que l'ECOSOC « maintenait un réseau d'expertise sans équivalent dans le monde ». Il a décrit également son rôle comme celui d'un partenaire du Conseil de sécurité en matière de prévention des conflits et de consolidation de la paix.

Et arguant du fait que « le système des contributions volontaires s'est avéré insuffisant », il a proposé « d'affecter une portion du budget du maintien de la paix de l'ONU à la réhabilitation d'après conflit », ce qu'il a appelé « la part de la prévention » qui pourrait, a-t-il fait valoir, « nous éviter les coûts des conflits qui s'embrasent à nouveau. »

« Souvenons-nous d'Haïti », a-t-il ajouté.

Enfin, se faisant l'écho des nombreuses critiques portant sur la prolifération des institutions satellites de l'ONU, il a déclaré que « si naturellement la réduction ne pouvait être une fin en soi, il faudrait se livrer à une autocritique suffisante et se demander s'il n'y aurait pas moyen dans certains cas, de mettre en commun les compétences. »

« Au cœur de la réforme de l'ONU se trouve l'instance qui porte sur ses épaules la responsabilité centrale de la paix internationale : le Conseil de sécurité », a poursuivi le ministre. « Si nous voulons vraiment que ses décisions soient acceptées, jugées légitimes et réellement appliquées, il nous faut le réformer. »

Il s'est fait l'avocat d'un accroissement du nombre des sièges permanents et non permanents du Conseil de façon à mieux représenter une organisation de 191 membres et à rééquilibrer la représentation de tous les continents « compris parmi les membres permanents. »

Selon Joschka Fisher, cette réforme doit refléter à la fois des changements majeurs tels que la décolonisation, la fin de la guerre froide et la mondialisation tout en prenant en compte « les membres qui peuvent et veulent apporter une contribution particulièrement significative au maintien de la paix et de la sécurité internationales et réaliser les objectifs de l'organisation. »

« Comme le Brésil, l'Inde et le Japon, l'Allemagne est prête à prendre la responsabilité qui va de pair avec l'attribution d'un siège permanent au Conseil de sécurité », a-t-il déclaré, précisant qu'il était « particulièrement important que le continent africain soit également représenté parmi les membres permanents. »

Cette position a été, peu après, soutenue par son homologue français, Michel Barnier qui a succédé à Dominique de Villepin aux fonctions de ministre des Affaires étrangères et dont c'était la première intervention ès qualités devant l'Assemblée générale.

Faisant observer que « notre responsabilité commune est de préserver et de renforcer la seule institution où toutes les nations peuvent travailler ensemble, s'unir pour dessiner et maîtriser leur destin commun », il a précisé que la France avait « exprimé son soutien aux aspirations de l'Allemagne, du Japon, du Brésil et de l'Inde qui devraient être accompagnés d'un pays d'Afrique. »

Le ministre a par ailleurs mis en exergue le rôle de l'ONU. « Sur tous les fronts, en première ligne », l'ONU agit, a-t-il déclaré. « Pour résoudre les conflits, pour empêcher qu'ils renaissent, [...] présente partout, sur tous les continents, en Haïti, au Kosovo,en République démocratique du Congo, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, sur bien d'autres fronts, avec plus de 50.000 casques bleus, elle porte assistance aux 17 millions de personnes protégées par le Haut Commissariat pour les réfugiés, elle nourrit, grâce au Programme alimentaire mondial, plus de 100 millions d'individus. Elle aide, notamment avec le PNUD, 170 Etats ou territoires à se développer. »

Il a mis en avant une action qui continue de s'étendre et a vocation à être au cœur du dispositif de lutte contre le terrorisme que la communauté internationale met en place.

« Aujourd'hui globale, cette menace appelle une réponse globale. C'est pourquoi la France s'est engagée ici dans ce combat, et encore récemment encore en soutenant le renforcement du Comité du contre-terrorisme. »

Sur ce sujet du terrorisme, le ministre a évoqué « avec émotion » la tragédie du 11 septembre, dans cette ville de New York, une tragédie « qui nous a tous atteints » mais aussi les attentats qui ont suivi de Madrid à Beslan, « où la violence a massacré l'enfance », en passant par Bali et Djakarta.

En venant à l'Iraq, Michel Barnier a déclaré que « la France, chacun le sait, n'a pas approuvé les conditions dans lesquelles ce conflit a été déclenché » et que « ni aujourd'hui, ni demain elle ne s'engagera militairement en Iraq. » Il a ajouté qu'elle était en revanche toujours disposée, « avec ses partenaires européens, à aider le peuple iraquien à reconstruire son pays et à relever ses institutions. »

A propos de l'Afrique où se joue, a-t-il indiqué « le combat pour la justice » [...] la France s'est impliquée depuis longtemps dans le renforcement des capacités africaines de maintien de la paix. [...] La mise en place de la facilité européenne pour la paix apporte désormais un appui majeur aux organisations africaines. »

« Nous sommes disponibles, si l'Union africaine le souhaite, pour accompagner son action en faveur de la paix comme au Soudan», a ajouté Michel Barnier.

Enfin il a explicité le positionnement français sur le terrain de la défense de l'environnement. « La Terre s'use, nous ne l'entretenons pas, nous la pillons », a-t-il déclaré avant d'affirmer que « la gouvernance internationale en matière d'environnement était aujourd'hui très insuffisante », qu'il fallait la développer et la simplifier, « développer la veille et l'expertise, accroître les financements notamment en direction des pays en développement. »

Il a par conséquent formulé le souhait que « soit examinée à partir des acquis du PNUE [Programme des Nations Unies pour l'environnement], la création d'une Organisation des Nations Unies pour l'environnement » et que cette proposition, « qui s'inscrit dans les objectifs du Millénaire », figure à l'ordre du jour du Sommet de septembre 2005.

Communiqué de presse

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