Le « troisième secteur » des ONG représente l'espoir du développement, selon Jacques Attali et le patron du PNUD

10 septembre 2004

Alors que s'achevait aujourd'hui la 57ème Conférence annuelle des Organisations non gouvernementales (ONG) qui réunit dépuis hier au Siège de l'ONU à New York, quelque 2 700 participants, le chef du PNUD et l'ancien conseiller de François Mitterrand, Jacques Attali, ont livré leur analyse sur les tendances dégagées au cours de la rencontre.

Marc Malloch Brown, l'administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et Jacques Attali qui a lancé en 1998 une ONG de micro financement destinée aux oubliés du crédit, les pauvres, sont d'accord : les ONG deviennent des partenaires de plus en plus importants de l'ONU et du développement. Mais pour le patron du PNUD, ce que les participants à la Conférence ont découvert, c'est qu'il y avait « de bonnes et mauvaises nouvelles. »

« En Asie où vivent de larges concentrations de la population mondiale », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse qu'ils ont, l'un et l'autre, donné aujourd'hui en marge de la Conférence, « nous sommes encore plus dans la bonne voie que beaucoup de gens n'en ont conscience »

En revanche en en Afrique, il a indiqué que le PNUD devait revenir sur ses déclarations d'il y a un an qui envisageaient que les Objectifs du Millénaire pour le développement seraient atteints en 2147 (soit 32 ans après la date fixée par la Déclaration du Millénaire).

« Cette année, nous ne pouvons même plus fixer de date butoir. Si la tendance actuelle se poursuit, la pauvreté ne diminuera jamais de moitié en Afrique », a-t-il déclaré.

Pour Mark Malloch Brown, il s'agit d'en finir avec la routine et d'introduire des changements majeurs dans les Pays en développement (PED) avec le soutien des pays développés. « La mobilisation de la volonté politique susceptible de remettre le processus en bonne voie, nous la trouvons ici, à l'ONU, et ce que nous avons entendu s'exprimer cette semaine est ce sentiment d'urgence et d'alarme. »

Passant la parole à Jacques Attali dont il a souligné le rôle essentiel dans le domaine du micro financement au cours des dernières années, il a indiqué que, selon le PNUD, « s'il n'y avait pas de secteur privé fort dans les Pays en développement qui partirait d'un micro financement et se développerait en de petites et moyennes entreprises, il n'y aurait jamais la croissance et la création d'emplois nécessaires pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement. »

« Ce développement du secteur privé est devenu central dans les activités du PNUD et je ne suis pas surpris de l'emprise qu'il a pris dans les programmes des ONG en discussion ici », a commenté M. Malloch Brown.

Aux yeux de Jacques Attali, les ONG se sont imposées comme le troisième secteur de l'économie mondiale, après le secteur public et le secteur privé auxquels elles restent par certains aspects reliées. Il a ajouté que ce troisième secteur se développait si rapidement que, si l'on disposait des chiffres nécessaires, on s'apercevrait qu'il compte probablement pour plus de 10% du PNB du monde.

« Il y a quelque chose de réellement nouveau dans l'économie mondiale et c'est une nouvelle façon d'organiser le développement, pas seulement par le gouvernement, le secteur privé ou les institutions publiques internationales mais grâce à des initiatives au niveau du peuple, des organisations à but non lucratif qui, par leurs initiatives, créent une solidarité », a-t-il déclaré.

De son point de vue, il s'agit d'un phénomène qui « change profondément le monde. »

« Si vous examinez quels ont été les principaux concepts de ces trente ou cinquante dernières années ou le développement des idées, vous découvrirez que les ONG sont derrière tout cela, derrière le développement des droits de l'homme, des femmes, de l'enfant, de la lutte contre la faim, contre toutes sortes de nouvelles maladies, les éthiques nouvelles, les droits des journalistes à la protection. »

« Les ONG sont à l'origine de toutes les nouvelles batailles. On l'observe en Iraq où [elles] sont devenues une cible, les terroristes ayant compris l'importance de leur rôle dans la mise en place d'un développement durable et de la démocratie. »

Il a souligné l'intéraction existant entre la violence et le développement « dans la mesure où la violence tue le développement dans l'œuf et l'absence de développement génère la violence. »

Affirmant que « la pauvreté est une question-clé si l'on veut comprendre l'avenir du monde », il a toutefois défendu l'idée que s'il avait fallu en rabattre sur les objectifs en matière de pauvreté, c'était aussi parce que « certains de ces objectifs ambitieux ne sont faciles à codifier et qu'il n'est toujours facile d'être sûr de leur réelle codification. »

« Si l'on prend le seuil de pauvreté, il est actuellement basé sur un dollar par jour alors que, pour des raisons trop longues à expliquer, il devrait être de deux dollars par jour. » Dans ce cas de figure, « la pauvreté est en augmentation partout dans le monde et même en Asie, et sur cette base, près de la moitié de la population du monde sera en-dessous du seuil de pauvreté d'ici à 30 ans », a-t-il affirmé.

Jacques Attali a exprimé sa conviction que « les ONG allaient jouer un formidable rôle en coordination pour régler ces problèmes »et que, le micro crédit représentait à cet égard « un grand espoir ». Il a précisé que, sur les 2 milliards de gens qui se situent en dessous du seuil de pauvreté, 500 millions d'entre eux seraient en mesure de recourir au micro financement. »

« Il a cinq ans de cela, il y avait seulement 25 millions de personnes qui utilisaient le micro financement », a-t-il ajouté. « Aujourd'hui elles sont plus de 60 millions ce qui représente un formidable succès en termes de croissance, de capacité de remboursement et de capacité de sortir les gens de la pauvreté. Nous espérons pouvoir toucher 200 millions de personnes au cours des cinq prochaines années et peut-être plus. 200 millions de personnes signifient 200 millions de foyers soit plus de 800 000 millions d'habitants de la planète. »

L'espoir suscité par cette conférence est d'améliorer « la visibilité et le besoin d'interaction entre les gouvernements, institutions financières internationales et les ONG », a fait valoir Jacques Attali, ajoutant que « cela impliquait que les ONG devaient être bien contrôlées, bien gérées, organisées professionnellement, transparentes financièrement, efficaces tout en restant fidèles à une éthique.»

« Al-Qaida est une ONG, certaines sectes sont des ONG », a-t-il déclaré pour illustrer le fait qu'il ne fallait pas que le terme soit galvaudé. Bien organisées et respectueuses d'une « sorte de charte éthique mondiale », « elles sont de nouveaux partenaires du développement et un espoir de parvenir à atteindre ces Objectifs ».

Ancien Conseiller Spécial du Président de la République française, François Mitterrand, fondateur et premier Président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) à Londres, Jacques Attali a créé en 1998 PlaNet Finance, ONG internationale, spécialisée en micro financement.

Auteur prolixe, il a notamment rédigé une chronique détaillée en trois volumes, tirée de la période 1981-1989, pendant laquelle il a été conseiller et confident du Président François Mitterrand.

 

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