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Nouvelle stratégie de déploiement et doublement des effectifs proposés pour la MONUC

Nouvelle stratégie de déploiement et doublement des effectifs proposés pour la MONUC

Casques bleus de l'ONU en RDC
Dans son troisième rapport spécial rédigé à la demande du Conseil de sécurité, le Secrétaire général tire les leçons de la période qui vient de s'écouler en République démocratique du Congo (RDC) et recommande de porter l'effectif autorisé de la Mission de l'ONU dans le pays à 23 900 personnes, faisant ainsi plus que doubler l'effectif actuel (10 800 soldats, tous grades confondus) tout en fournissant un schéma de déploiement de ces troupes dans les zones sensibles du pays.

La Mission des Nations Unies au Congo (MONUC) comprendrait alors cinq brigades, 230 officiers d'état-major, 760 observateurs militaires et leurs unités de soutien auxquels viendrait s'ajouter la police civile dont l'effectif passerait du stade actuel de 140 membres à 507 personnes.

Ces recommandations s'appuient sur une stratégie exposée en détail dans le rapport. Il importe tout d'abord, aux yeux du Secrétaire général, de reconstituer un bataillon de réserve, celui existant ayant été affecté en avril 2003 à la Brigade de l'Ituri.

La conséquence de ce manque de forces de réserve, fait observer le Secrétaire général, est que, « la MONUC s'est retrouvée dépourvue de capacités de réserve » et « en cas de crise, comme à Bukavu, sa seule option a été de retirer des militaires qui étaient affectés dans des zones plus stables. »

« Cette situation l'a rendue moins apte à accomplir ses tâches essentielles et a de plus abouti à accroître l'insécurité dans les zones que les contingents ont dû quitter. La nécessité de disposer d'une capacité de réserve intégrée suffisante a donc constitué un élément essentiel du réexamen du concept d'opérations de la Mission », est-il indiqué dans le rapport.

Ce renforcement de la MONUC repose par ailleurs sur une stratégie de déploiement qui, dans la mesure où « la MONUC ne peut pas être omniprésente en République démocratique du Congo doit consister principalement à maintenir dans les principales zones susceptibles d'instabilité une présence crédible et sûre. »

Parmi ces zones potentiellement instables, figure l'Ituri où l'effectif actuel de 4 700 Casques bleus se verrait renforcé de 150 éléments qui serviraient à reconstituer sa capacité de réserve absorbée par le déploiement de la brigade dans sept zones à l'extérieur de Bunia et bientôt dans deux zones supplémentaires.

Une grande partie des forces supplémentaires réclamées par le Secrétaire général irait aux Kivus. La brigade du Kivu comprend actuellement deux bataillons, des unités de soutien, un quartier général à Bukavu et une base arrière à Kindu soit au total 3 100 personnes. Le nouveau concept d'opérations envisage de doter le Nord-Kivu et le Sud-Kivu d'une brigade légère disposant de son propre quartier général pour chacune des deux provinces. Ce dispositif serait mis en place grâce à l'inclusion de quatre bataillons, d'éléments de soutien, de personnel d'état-major supplémentaire, soit 3 550 personnes qui porteraient l'effectif total pour les brigades des deux Kivu à quelque 6 650 militaires.

Il est envisagé que la brigade du Nord-Kivu dispose de bataillons stationnés à Beni, Rutshuru et Goma et que son quartier général soit situé à Goma. La brigade du Sud-Kivu aurait deux bataillons déployés à Bukavu, y compris à l'aéroport, un troisième bataillon mis en place dans la zone de Fizi-Uvira-Baraka-Kamanyola et un quartier général situé à Bukavu.

Les brigades du Nord et du Sud-Kivu et celle de l'Ituri relèveront directement d'un quartier général de division situé à Kisangani ou à Kindu où sera stationné un bataillon de réserve afin de pouvoir répondre à des situations d'urgence en Ituri, dans le Nord et le Sud-Kivu et à Maniema.

Deux provinces sont désignées dans le rapport comme « des zones à très haut risque » au moment où la RDC entre en phase électorale : le Katanga et les Kasaïs.

« Le potentiel de violence et de désordre du Katanga a été démontré à maintes reprises depuis l'indépendance, des mouvements armés de sécession ou des hostilités ayant été fréquents dans la province » fait-il observer, précisant que dans l'Est de la province, des tensions règnent entre les Maï Maï et des éléments de l'ex-RCD-Goma tandis que le Nord est témoin de tensions entre divers groupes de Maï Maï et les anciennes FAC.

Au cours des dernières années, certaines villes, telles que Kalemie, Pweto et Moliro, sont devenues des points chauds qui ont menacé le processus de paix, y est-il indiqué. Cette province est également la base de personnalités politiques de premier plan, y compris le Président Kabila.

Egalement instables, les provinces du Kasaï oriental et du Kasaï occidental jouent un rôle essentiel dans l'équilibre du pays, Mbuji-Mayi étant un point de contrôle stratégique pour l'accès aux gisements de diamants, et dans la sécurité des itinéraires d'approvisionnement de Kinshasa et de Lubumbashi. Le Kasaï oriental, en particulier la ville principale de Mbuji-Mayi, devrait être également un centre d'activité politique avant et durant les élections.

Il est donc envisagé de déployer une quatrième brigade de 3 500 personnes au Katanga et dans les Kasaï. Ses principales tâches consisteraient, comme dans les Kivu, à anticiper les problèmes avant qu'ils ne dégénèrent en conflit armé et à aider à les régler lorsque le conflit éclate, à appuyer les activités de désarmement- réinsertion et à aider à assurer la sécurité voulue pour le rétablissement de l'autorité de l'État.

Son quartier général serait basé à Kamina où se trouverait également un bataillon de réserve alors que les autres bataillons seraient stationnés à Kalemie, Lubumbashi et Mbuji-Mayi. La brigade serait située au quartier général de Kamina afin de répondre aux situations d'urgence dans le Katanga et les Kasaï.

Enfin à Kinshasa, où « les incidents de mai et juin 2004 ont souligné les graves lacunes dans les dispositifs de sécurité, notamment l'absence de structure cohérente de commandement », la vulnérabilité des Nations Unies dans la ville ainsi que la multiplicité de ses sites dont sept installations de la MONUC et six entités des Nations Unies, il est envisagé de regrouper ces emplacements et il est fortement recommandé de renforcer l'effectif de la MONUC de deux bataillons supplémentaires, d'un détachement du génie et de deux unités de gendarmerie, portant ainsi son effectif actuel de 928 militaires, tous grades confondus à un effectif total de la Mission à Kinshasa de 2 800 soldats.

La force serait chargée d'aider «à assurer la protection des personnalités officielles et des installations du Gouvernement de transition, d'assurer une protection fixe pour les emplacements de la MONUC et, le cas échéant, les autres installations des Nations Unies, à assurer des moyens d'escorte et d'évacuation/extraction du personnel des Nations Unies et, éventuellement, d'autres personnels internationaux, et enfin à sécuriser l'accès à l'aéroport et les moyens aériens de la MONUC qui s'y trouvent.

Étant donné la superficie de la République démocratique du Congo, il est vraisemblable que le nombre de tâches éventuelles et de crises simultanées dépassent les moyens d'une seule réserve, qui sera stationnée dans l'Est, fait valoir le rapport. Il est par conséquent proposé de déployer à Kinshasa une deuxième réserve comprenant un bataillon capable de positionner des compagnies indépendantes dans des endroits dispersés et d'intervenir rapidement afin d'aider les opérations militaires qui ont besoin d'un soutien dans la zone.

Dans le cadre de ce concept d'opérations révisé qui « repose sur la souplesse et la mobilité » 2 appareils de type C-130, 19 hélicoptères de soutien militaire et 2 hélicoptères Mi-26, 13 hélicoptères d'attaque et 4 hélicoptères de surveillance viendraient s'ajouter aux moyens aériens dont dispose actuellement la MONUC, soit 21 avions et 28 hélicoptères qui sont chargés à temps complet d'assurer le transport des passagers et des marchandises, les évacuations sanitaires, l'appui de réserve à la sécurité et, dans le cas des hélicoptères Mi-17 et Mi-25, l'exécution d'opérations militaires en Ituri et dans les Kivu.

Le Secrétaire général revient également sur les événements survenus en RDC au cours des derniers mois et notamment sur la crise de Bukavu qu'il décrit en détail et qu'il attribue pour partie au manque de progrès dans l'intégration des ex-combattants dans l'armée régulière qui « a constitué un important facteur de déstabilisation durant la période considérée. »

Malgré le déploiement, durant l'automne de 2003, de commandants de région militaire chargés d'assurer l'intégration dans les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), les groupes armés du pays sont encore loin d'être véritablement intégrés, explique-t-il.

A l'exception d'une brigade intégrée qui a été formée aux opérations de soutien de la paix par une équipe dirigée par la Belgique entre janvier et juin 2004, les commandants de région militaire n'ont guère de prise sur les éléments armés qui leur ont été confiés. De plus, les anciens éléments belligérants du Gouvernement de transition continuent de contrôler les diverses factions au moyen de chaînes de commandement parallèles.

La faiblesse de la structure de commandement et de conduite des opérations des FARDC, le manque d'appui régulier et les retards dans le versement des soldes constituent autant de facteurs qui contribuent à l'indiscipline des soldats dont la subsistance dépend de la population locale, souligne le rapport.

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